L’Accord
de Cotonou, présenté comme la forme la plus achevée du partenariat entre l’Union
européenne et 77 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique est conforme
à la plupart des initiatives internationales de celle-ci. Derrière un discours
et une présentation qui font croire à une Europe humaniste, solidaire et généreuse,
se profilent des dispositions aux relents post-colonialistes.
Si l’Union européenne se plait à souligner l’importance de la
participation de la société civile à la définition des grandes orientations
qui engagent la destinée du pays, dans la plupart des cas, cette participation
ne recouvre pas grand chose. De nombreux problèmes se posent en effet : déficit
d’information (qui a entendu parler des accords de Cotonou ? qui en connaît
les grandes orientations ?), définition du concept large de « société
civile », difficulté de structuration, problèmes de représentativité,
doutes quant à la capacité de
peser réellement sur les grandes orientations, etc…
I. UN PROJET DE PARTENARIAT ENTRE ONG FRANCOPHONES BELGES ET ACP
Un
certain nombre d’ONG belges francophones, réunies au sein du Centre National
de Coopération au Développement (CNCD), entendent analyser les véritables
enjeux de l’Accord de Cotonou et partager cette analyse avec les ONG des pays
ACP francophones. Ce projet est dicté par un constat : à la différence
de certains pays ACP anglophones où existent déjà des réseaux d’ONG
locales intégrés eux-mêmes dans des réseaux internationaux (Third World
Network- Africa, Focus on Global South,…) et pan-africain anglophones, les
pays ACP francophones sont à un stade moins avancé de développement de leurs
réseaux associatifs, les informations sur les implications de l’Accord de
Cotonou, sur les échéances qu’il contient, sur les négociations qu’il
appelle sont peu ou mal connues et maîtrisées. Il s’avère qu’un
authentique partenariat pourrait se créer entre ONG francophones belges et ONG
des pays ACP francophones pour surmonter ces faiblesses. C’est l’objet de la
présente note.
La première étape
doit consister à
-
vérifier la pertinence de ce projet auprès des ONG francophones des
pays ACP,
-
procéder aux adaptations du projet en conséquence.
Il
importe donc, en tout premier lieu, pour ce qui concerne la partie belge,
a)
de dresser l’inventaire de tous les partenaires possibles
b)
de les informer de ce projet
c)
de solliciter leurs réactions
d)
de reformuler le projet en conséquence.
Cet
échange préalable avec les ONG partenaires devra permettre de dégager des
pistes pour la communication. Quels sont les outils, les
supports les plus efficaces offrant le taux de pénétration le plus élevé ?
Quelles sont de ce point de vue les performances respectives du courrier électronique,
de la brochure, de la fiche pédagogique, de la conférence-débat, du programme
vidéo ?
La deuxième étape
consistera à mettre en oeuvre un programme de partage des informations par les
moyens de communication les plus appropriés déterminés au terme de la première
étape.
Il
s’agira de fournir une analyse systématique de l’Accord de Cotonou, avec
toutes les implications pour les pays ACP. Cette analyse sera présentée sous
une forme très didactique afin de pouvoir être partagée avec le plus grand
nombre de personnes au sein des ONG des pays ACP. La volonté est de proposer un
outil utilisable auprès de l’audience la plus large.
Il
s’agira également de préparer les négociations programmées par l’Accord.
On pense aux programmes indicatifs nationaux et aux accords de partenariat économique
régionaux. Cette préparation pourrait se faire d’abord par des réponses qui
seraient apportées aux questions formulées par les ONG ACP. Cette façon de
faire permettrait d’identifier les zones d’ombre dans la maîtrise par nos
collègues de cette partie très sensible de l’Accord.
La troisième étape
pourrait prendre la forme d’une rencontre, à la fin 2002, entre diverses ONG
belges francophones et ONG francophones des ACP au cours de laquelle on ferait
le point sur l’action menée et on approfondirait l’examen de la problématique
à partir d’un échange d’informations et d’analyses.
II. LA SORTIE DU
COLONIALISME HISTORIQUE
Il n’est pas inutile pour apprécier le contenu de
l’Accord de Cotonou de rappeler de quel processus il est l’aboutissement. En
voici les étapes principales :
1.
1957 :
« Traité de Rome » instituant la CEE. La Belgique et la France sont
encore des puissances coloniales. Le Traité prévoit un régime d’association
avec les « pays et territoires d’outre-mer. »
2.
1963 :
la décolonisation est terminée. Yaoundé I , premier accord entre la CEE et 18
Etats africains et malgache associés : il porte sur le commerce (préférences
tarifaires), la coopération financière et technique (avec, surtout, des
projets d’infrastructures économiques et sociales).
3. 1968 : Yaoundé II :
prorogation quasi identique de Yaoundé I.
4. 1975 : Lomé I : le concept
de pays ACP est consacré suite à l’entrée de la Grande-Bretagne dans la CEE
et l’arrivée des pays du Commonwealth. L’accord concerne 46 pays et entend
réaliser un modèle de développement fondé sur le partenariat et la solidarité.
Sur le plan institutionnel : création d’un secrétariat ACP. Contenu :
-
commerce : préférences
tarifaires non réciproques pour les exportations ACP vers la CEE
-
Stabex : système de
compensation du déficit des recettes d’exportation, suite à la fluctuation
des prix sur les marchés mondiaux
-
protocoles favorables aux
exportations ACP dans des secteurs comme le sucre, la viande bovine et la banane
-
financement des infrastructures
-
programmes agricoles.
5. 1979 : Lomé II : idem Lomé
I, mais avec 58 pays ACP et auquel
on ajoute le Sysmin : un Stabex adapté aux produits miniers.
6. 1984 : Lomé III : 65 pays
ACP. Abandon progressif de l’approche par projets pour privilégier une
approche sectorielle, le but annoncé étant l’autosuffisance et la sécurité
agroalimentaires.
7. 1989 : Lomé IV : 68 pays ACP.
Durée 10 ans révisable après 5 ans ; grande nouveauté : la
conditionnalité. Droits humains et respect des plans d’ajustement structurel
du FMI. Appui au développement du secteur privé.
8. 1995 : Lomé IV bis : 70 pays ACP.
Droits humains et Etat de droit deviennent des conditions suspensives.
Introduction du concept de développement durable, de la nécessité de s’insérer
dans l’économie mondiale ; lutte contre la pauvreté. L’Europe lie développement
et PESC.
9. 1996 : Livre Vert de la Commission
européenne : prendre en compte la fin de la guerre froide, la création de
l’OMC, l’impact des conflits et des catastrophes naturelles, le contexte
institutionnel interne des pays ACP. Invitation à négocier un nouvel accord.
Quatre scenarii pour remplacer l’Accord de Lomé.
23 juin
2000 : signature de l’Accord de Cotonou entre l’UE et 77 pays ACP
* durée :
20 ans, révisable tous les 5 ans
* montant global des ressources allouées
par le FED pour la période 2000-2005 : 15,2 milliards €
* 4 principes fondamentaux :
* 2 piliers :
-
développement économique :
investissement et développement du secteur privé, politiques macro-économiques ,
développement économique sectoriel et tourisme
-
développement humain et social :
couverture, qualité et accès aux services de base, formation aux politiques
sociales, questions liées à la jeunesse et au développement culturel…
-
intégration régionale , en
matière de transport, de santé, d’environnement etc..
La coopération
doit s’appuyer sur des programmes indicatifs nationaux (PIN) à la conception
et au suivi desquels la société civile a été ou doit être associée. Une révision
de ces PIN est prévue régulièrement et notamment à mi-parcours.
1.
l’Accord traduit l’inégalité
profonde entre l’UE et les pays ACP. L’UE, possédant des ressources
institutionnelles et économiques très supérieures, a pesé jusqu’à l’indécence
pour obtenir un accord à sa convenance. L’Accord de Cotonou est le résultat
d’un spectaculaire abus de pouvoir.
2. l’Accord traduit une évolution radicale : on
passe de la notion de développement durable dans la souveraineté au dogme de
la croissance entraînée par le marché. On entérine les déséquilibres des
échanges mondiaux. Les règles de la finance et du commerce internationaux sont
imposées aux pays ACP : article 41 de l’Accord : obligation de
mettre en œuvre l’AGCS ; article 46 : obligation de mettre en œuvre
l’ADPIC ; article 67 : respect des plans d’ajustement structurel
du FMI. Or, ces dispositions privilégient les intérêts économiques et
financiers des pays industrialisés qui font la loi à l’OMC, au FMI et à la
BM. Le vrai bilan du « partenariat » des pays ACP avec l’Europe
est parfaitement observable : la part des ACP dans les importations européennes
est passée de 6,7% en 1976 à 3% en 1998.
3. le
découpage arbitraire ou incertain des territoires ACP ne correspond pas nécessairement
aux organisations régionales existantes dans les pays ACP.
4. l’Accord ne remet
pas en cause les clauses de sauvegarde et les mécanismes protectionnistes que
se sont octroyés les Européens.
Aux termes des Articles 4-5-6-7 des Accords, la société civile a
clairement une place à prendre dans la définition des programmes et stratégies
de développement de leur Etat ou région. Mais cela implique une structuration
en réseaux représentatifs de la société civile dans toute sa complexité,
et d’autre part la transparence du processus de programmation. Cela
n’est pas chose gagnée, même si certaines expériences (Zimbabwé, Bénin)
ont démontré que ce processus pouvait connaître un certain succès.
Une chose est sure en tout cas :
il n’y pas de modèle unique, et chaque pays doit trouver les ressources et
les compétences lui permettant de peser sur la programmation de sa stratégie
de développement.
I V. COMMERCE : QUELQUES
ECHEANCES IMPORTANTES
En vertu de l’Accord de Cotonou (articles 36 à 38), des
négociations commerciales doivent avoir lieu entre l’UE et les pays ACP. Il
s’agit d’élaborer de nouveaux accords commerciaux compatibles avec les règles
de l’OMC qui remplaceront les dispositions tarifaires préférentielles à
partir du 1 janvier 2008. Ces négociations commenceront en septembre 2002 au
terme d’une série de réunions préparatoires au cours desquelles les deux
parties, chacune de leur côté, définiront leur mandat de négociation. Il
sera donc très important de suivre ces réunions préparatoires respectivement
du côté UE et du côté ACP. En voici le calendrier non exhaustif :
- 9-11 avril :
Bruxelles : Forum du secteur privé ACP
- 15-16 avril :
Conseil des ministres UE : discussion du mandat de négociation UE avec les
ACP
- 23-24 avril :
Samoa : Comité ministériel ACP des ministres du commerce
en avril : négociations finales au sein des ACP sur
le mandat de négociation ACP
- en avril ou
en mai : réunion du Comité économique et social ACP-UE
- 13 mai :
Conseil des ministres UE : discussion du mandat de négociation UE avec les
ACP
- 17-18 mai :
Madrid : Sommet UE-Amérique latine
- 28-29 mai :
Bruxelles : réunion des ministres des finances et du commerce ACP
- 30 mai : Bruxelles : Conseil des ministres UE
du développement ; réunion des ministres ACP du commerce ; réunion
du comité ministériel mixte ACP-UE du commerce
- 10-11 :
Conseil des ministres UE : discussion du mandat de négociation UE avec les
ACP
- 21-22 juin :
Séville : Sommet européen fin de présidence espagnole
- 25-27 juin :
République Dominicaine : Conseil des Ministres ACP suivi de la 27e
réunion des Groupes d’intérêts
économiques et sociaux ACP-UE
- 28 juin :
Saint-Domingue : Conseil des Ministres ACP-UE
- 1 septembre :
Conseil des ministres UE : discussion du mandat de négociation UE avec les
ACP
- 27 septembre : lancement des négociations ACP-UE.
GLOSSAIRE
ACP
Afrique, Caraïbes, Pacifique
ADPIC
Aspects de droit de propriété intellectuelle qui touchent au commerce
AGCS
Accord général sur le commerce des services
APER
Accords de partenariats économiques régionaux
BM
Banque mondiale
CEE
Communauté économique européenne
FED
Fond européen de développement
FMI
Fond monétaire international
OMC
Organisation mondiale de commerce
ONG
Organisation non gouvernementale
PESC
Politique européenne de sécurité commune
PIN
Programme indicatif national
UE
Union européenne