LES ACCORDS DE COTONOU

Bulletin d’infos n° 2

 

 

I. Vos réactions

 

Voici un petit résumé des réactions reçues en réponse au questionnaire « Quelques questions de base pour mieux cerner les besoins et attentes réciproques » (texte annexé au premier bulletin sur les Accords de Cotonou).

 

Sur plus de 160 envois du 1er bulletin par mail et une cinquantaine par voie postale, vous avez été une cinquantaine d’associations à réagir et participer à notre initiative. La plupart des réponses nous sont parvenues par mail et à peine une dizaine par fax et courrier postal. Des réponses continuent à nous parvenir jusqu’à présent.

 

Dans la plus part des réponses, un sentiment d’enthousiasme, suscité par l’envoi d’informations sur les Accords de Cotonou, est manifeste. Documents de références, brèves informations en relation avec l’actualité, expériences de consultation de la société civile (SC) dans d’autre pays ACP etc… : toutes ces informations proposées suscitent un vif intérêt.

 

Il est vrai que malgré le fait que la dénomination même des Accords de Cotonou est connue de tous, le manque ou/et les difficultés d’accès à des informations officielles et surtout critiques sur ce sujet restent bien réels.

 

Au niveau de la consultations de la société civile ACP dans le cadre des accords de Cotonou, il apparaît, le plus souvent, que seules les associations ayant participé à une de ces consultations sont au courant de telles entreprises dans leur pays. Le reste de la société civile n’ayant pas été associée à ces démarches ne fût généralement pas mis au courant.

 

A titre informatif,  voici un éventail des (18) associations ayant répondu à notre courrier et ayant participé à une consultation de la société civile dans leur pays: Sénégal (Interface Tradins, FONGS, COFDEF), Niger (CSCN/UE-ACP), R.D.Congo (FID, IDEF, GRAPR, ADDE, OSD, LIEF), Togo (GARED, Vredeseilanden-Coopibo-Togo), Rwanda (CCOAIB, Association  Rwandaise des Artisans, POER), Haïti (PADA) , Bénin (FOSAC).

 

Parmi ces associations, des témoignages relatifs à la qualité de la consultation de la société civile à laquelle ils ont participé, sont plus explicites. Certaines associations paraissent satisfaites de l’écoute dont elles ont bénéficié et d’autres non. (Voir point IV Courrier des lecteurs). Cependant, il est à constater, que la plus part des associations consultés ne donnent par leur avis sur la qualité de la consultation mais relatent plutôt le chemin qu’elles ont parcouru pour y être associées.

 

A titre informatif également, voici un éventail des autres associations (24) ayant répondu à notre courrier mais n’ayant pas participé à une consultation de la société civile : Bénin (GRAM, UDP, OPRACA), Tchad (Songes), Burkina Faso (FONADES, Ligue des consommateurs, DPRAS), Mauritanie (Association des droits de l’homme), Niger (CADTM), Sénégal (Enda, CADTM, CARAF, étudiant universitaire), Mali (jubilée 2000), Madagascar (FNJA, CPM, COMODE), Congo Brazza (Solidaires), Burundi (AFJ), Congo Brazza (CLONG), Rwanda (ADENYA), Gabon (GEDSF), Togo (CREMA, RAFIA).

 

Un mot encore pour signaler que le relais de l’information a bien fonctionné. Beaucoup des partenaires ACP contactés, nous ont fourni de nouvelles adresses d’associations susceptibles d’être intéressées par notre initiative. Une vingtaine de nouvelles adresses mail ont été alors intégrées à notre fichier.

 

Merci pour votre collaboration ! Nous espérons qu’en regard de l’attention que nous avons porté à vos réponses, vous trouverez dans cette deuxième édition du bulletin, vos attentes et préoccupations exprimées. Mais le dialogue doit se poursuivre : nous attendons une nouvelle fois vos remarques, témoignages et commentaires. Dans ce numéro, nous vous proposons notamment une brève analyse d’une expérience positive de consultation au Zimbabwe et une présentation de la dynamique officielle en cours sur le volet commercial des accords.

 

 

II. Consultation de la société civile au Zimbabwe

 

 

The Zimbabwe non state actors forum. Une expérience positive

 

Si sur papier les Accords de Cotonou reconnaissent explicitement le rôle de la société civile dans les stratégies nationales de développement, la situation est souvent toute autre sur le terrain. L’Union européenne en effet est loin de créer les conditions idéales pour une participation effective de la société civile. L’information est déficiente, les modalités pour l’accès aux ressources financières sont floues, etc. Est- ce à dire que les articles relatifs à la participation de la société civile sont de la poudre aux yeux ? Pas forcément. Ca et là, surtout dans les pays ACP anglophones, certaines expériences ont permis des résultats intéressants. Le Forum zimbabwéen des acteurs non étatiques (Zimbabwe non state actors forum) en est un exemple.  

 

Dès 1996, la société civile zimbabwéenne avait tenté de ses structurer pour établir un programme de coopération décentralisée, à même de mener un véritable dialogue avec les autorités. Mais faute d’une représentative suffisante, la plate-forme n’avait pas  vraiment atteint des résultats tangibles, et l’initiative avait échoué.

 

Le tournant se situe en 1999 lorsque le « Forum zimbabwéen des acteurs non étatiques » voit le jour. Il vise à engager le dialogue avec le gouvernement national et les représentants de l’Union européenne, dans la perspective de la négociation du 9° Fonds européen de développement (FED). Le point de départ fut les dispositions de la quatrième convention de Lomé, donnant une définition assez large de ce qu’était un acteur non étatique. Par ailleurs, au niveau national, une enquête globale avait été menée quelques années plus tôt pour recenser les acteurs non étatiques. Une question lancinante restait pourtant : le sort réservé aux organes commerciaux et privés. Si la convention de Lomé (IV) ne les prenait pas spécifiquement en compte, les accords de Cotonou au contraire les faisaient rentrer dans le spectre des acteurs non étatiques. Finalement, on décida qu’un des secteurs du Forum zimbabwéen représenterait les organisations commerciales. Le forum zimbabwéen est effectivement composé d’une douzaine de constituantes, qui fédèrent des secteurs tels que les Eglises, les organisations de femmes, les Unions de consommateurs, les ONG, etc.

 

Une fois tous ces acteurs sélectionnés, chacun d’eux élisent ou nomment un représentant au national, à Harare. L’heureux élu doit être représentatif et engage la responsabilité de son secteur. Cependant, chaque représentant de groupe constituant travaille en étroite relation avec un bureau provincial avec qui il entretient des consultations suivies.

 

La constitution du forum ne s’est pas fait sans heurts. Au début, il y avait une forte suspicion entre les différents partenaires et secteurs de la plate-forme, et une série de conflits ont vu le jour, sur le nombre de représentants des différents secteurs, sur l’agenda, sur l’accès au budget. Mais à partir du moment où la coordination s’est rendu compte qu’elle pouvait avoir une certaine influence sur le gouvernement, elle a été plus stable et plus assurée. Réciproquement l’UE et gouvernement l’ont alors perçue comme un partenaire fiable avec qui ils étaient désireux de travailler. Pour l’Union européenne, en effet, ce fonctionnement  tripartite lui permettait de travailler au-delà du secteur d’influence ou contrôlé par l’Etat, et de mieux atteindre la société civile. Du point de vue du gouvernement, il est plus facile de traiter avec des acteurs non étatiques lorsqu’ils sont suffisamment organisés en plates-formes (représentatives), plutôt que de les voir arriver en ordre dispersé. Le gouvernement voyait donc d’un bon œil cette constitution du forum. Mais d’un autre côté, on pouvait également se demander si cette constitution en plate-forme ne rendait pas également plus aisé pour le gouvernement de tenter d’instrumentaliser, de contrôler le forum…

Quant aux intérêts poursuivis par la plate-forme, ils sont multiples : recevoir des moyens, nouer le dialogue avec le gouvernement ou l’UE, monter des programmes spécifiques, ou une combinaison de ces différents objectifs.

 

Tout en soulignant la spécificité de chaque pays ACP, qui fait qu’une expérience réussie quelque part n’est pas nécessairement reproductible ailleurs, le Forum zimbabwéen tire diverses leçons de son expérience.

 

-          Il prône une plate-forme représentative, allant bien plus loin que les ONG, ouverte à tous les secteurs de la société civile. Ceci ramène la question de la place et de la présence du secteur privé

-          Le forum doit assurer la transparence et la représentativité de ses constituantes (même si on peut se demander comment il a pu éviter que certains secteurs –notamment commercial-  prennent trop d’influence et que d’autres soient minorisés)

-          La représentation de cette plate forme d’un point de vue institutionnel et géographique (via l’organisations systématiques de forum provinciaux équilibrés et représentatifs). Cette organisation va de pair avec un certain degré d’institutionnalisation, permettant aux provinces de définir le mandat vis à vis de leurs représentants au forum national, lesquels sont à la fois les relais des différents secteurs et les interlocuteurs de l’Union européenne et du gouvernement. 

-          Enfin, travailler en fonction d’un objectif est un puissant facteur de cohésion.

 

(D ’après The non state actor Forum, making a reality of non state actor involvement in Policy dialogue, Harare, Zimbabwe).

 

III. Les Accords de Partenariat Economiques Régionaux (APER)

 

La Commission européenne manifeste de grands talents dans la maîtrise des subtilités sémantiques : pour désigner son objectif prioritaire de politique étrangère, elle ne parle plus de « zones de libre-échange, » comme elle le faisait au moment de l’accord avec l’Afrique du Sud. Elle a imposé la formule, plus équivoque mais plus alléchante, de « partenariat économique. »

 

A partir du 27 septembre vont commencer des négociations sur ces futurs APER. D’ores et déjà, pour les pays ACP, ces négociations soulèvent plusieurs questions :

 

          La Commission européenne exerce une forte pression en faveur d’un calendrier extrêmement serré pour ces négociations qui, normalement peuvent s’étaler de fin 2002 à fin 2007, la dérogation accordée par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) sur les préférences tarifaires unilatérales cessant d’être valable le 1 janvier 2008. Les pays ACP voudraient une négociation en deux phases : a) la période 2002-2004 pour débattre des principes, des objectifs ainsi que des questions d’intérêt commun ; b) la période 2004-2007 pour traiter des questions régionales spécifiques. La pression européenne n’est pas innocente. La Commission européenne entend coupler le calendrier ACP avec le calendrier fixé à Doha pour les négociations du nouveau round de l’OMC qui, elles, doivent se terminer le 1 janvier 2005. Pascal Lamy, le commissaire européen au Commerce,  l’a déclaré au Parlement européen le 14 mai : « les négociations ACP doivent tenir compte des négociations multilatérales dans le cadre de Doha ». On observe, une fois de plus, l’intensité avec laquelle l’Union européenne veut imposer les contraintes de l’OMC aux pays ACP.

 

          La Commission européenne insiste pour obtenir, de la part des pays ACP, une décision rapide sur la configuration géographique des futures régions concernées par ces APER. La Commission a fait une proposition qui n’emporte pas l’adhésion spontanée des pays concernés. Ceux-ci avancent des propositions dont ils débattent entre eux. Pascal Lamy attend pour fin juin une décision qui ne peut cependant être prise à la légère puisqu’elle aura des conséquences durables. Cette question est d’autant plus importante que les pays ACP craignent, si on n’y prend garde, que les APER concurrencent et déstabilisent les programmes d’intégration régionale qui privilégient les intérêts nationaux légitimes et qui ont été arrêtés par les pays ACP eux-mêmes.

 

          Ce qui préoccupe le plus les pays ACP, c’est la définition d’un processus original d’intégration dans l’économie mondiale qui tienne compte de leurs spécificités, de leurs besoins et de leurs attentes et qui n’est pas nécessairement compatible avec le respect des règles de l’OMC voulu par l’Union européenne.  Un tel processus réclame plus qu’une mise en oeuvre flexible des accords de l’OMC telle qu’elle est proposée. par la Commission. Selon les pays ACP, il s’agit d’inventer un traitement différencié adapté aux contraintes auxquelles chacun des pays doit faire face. C’est l’enjeu                                                                                                                 fondamental de ces négociations. Il représente à la fois une opportunité et un défi. Une opportunité, parce que la négociation qui va commencer peut, si l’Union européenne ne s’y oppose pas, offrir aux pays ACP l’occasion de formuler ce qui pourrait constituer un modèle de développement dont ils auront défini eux-mêmes les objectifs, les caractéristiques et les modes opératoires. Un défi, parce qu’il s’agit de prendre en compte des réalités plurielles, de les intégrer dans un contexte contraignant à maints égards et de faire accepter par les pays industrialisés qu’ils renoncent à leurs pratiques néo-coloniales. Mais les travaux des pays africains sur des dossiers comme le brevetage du vivant ont montré qu’existent non seulement une capacité critique pertinente, mais une expertise en mesure de fournir des alternatives opérationnelles qui répondent aux attentes légitimes de ces pays.

 

 

IV. Courrier des lecteurs

 

Aux deux questions suivantes extraites du questionnaire « Quelques questions de base pour mieux cerner les besoins et attentes réciproques », voici certaines réponses reçues et présentées sous forme de témoignages.

Q : Avez-vous vous-mêmes été associé à une consultation de la société civile ?                                             

Q : Si oui, comment s’est passée cette consultation ? Dans quelle mesure votre position a t-elle été prise en compte?

 

Interface tradins

Moctar FALL (Dakar-Sénégal)        

Avez-vous vous-mêmes été associé ? Oui                           

J’ai été consulté dans le cadre de l’élaboration des documents de stratégie de coopération entre la Sénégal et UE. La démarche était participative et je dois dire que toutes nos préoccupations ont été prises en compte tant dans la rédaction du document que dans la stratégie pour la mise en œuvre.

 

CSCN /UE – ACP    

Mariama Gamatié BAYARD (Niamey-Niger)                         

Avez-vous vous-mêmes été associé ?  Oui                          

Mille mercis pour votre message car cela fait bien longtemps que nous essayons avec nos maigres moyens de mobiliser la société civile de chez nous sur les enjeux des relations UE ACP mais nous trouvons face à un véritable mur de béton tant du côté du gouvernement qui ne veut pas consentir à nous appuyer dans le cadre du 8° et du 9° FED conformément aux accords qui prévoient cet appui et du côté de la Délégation de l'Union Européenne qui ne fait rien pour soutenir notre initiative de coordination et cela malgré la connaissance qu'ils ont de l'existence de notre coordination. (…). Votre message me permets véritablement d'espérer.

 

Association Mauritanienne des Droits de l'Homme         

Cheikh Saad Bouh KAMARA (Nouakchott-Mauritanie)                 

Avez-vous vous-mêmes été associé ?           Non

En général le gouvernement mauritanien n'associe que les ONGS "dociles" voire celles qu'il crée !!!

 

Ligue des consommateurs du Burkina Faso               

Jean-Pierre OUEDRAOGO (Ouagadougou-Burkina Faso)

Avez-vous vous-mêmes été associé ?            Non

J'apprécie et suis intéressé par la démarche que vous avez initiée en direction des ONG du Sud à propos d'un dossier aux enjeux cruciaux comme celui de l'Accord de Cotonou.

Je voudrais prolonger la réflexion que vous avez entamée en vous indiquant, qu'à mon sens, l'initiative que vous avez lancée atteindra pleinement ses objectifs si elle est conçue dans le cadre d'un processus de renforcement des capacités des ONG du Sud.

En effet, l'effectivité de la participation des ONG du Sud au processus mise en oeuvre de l'Accord, l'efficacité du lobbying que devra mener la société civile ACP dans le cadre des négociations à venir et l'étendue de l'impact des actions conjointes ONG du Nord et du Sud dépendront de la capacité des ONG du Sud à maîtriser les dispositions de l'Accord et à définir et mettre en oeuvre une stratégie de défense des intérêts des populations au cours de la mise en oeuvre de l'Accord et durant les négociations.

Si une telle démarche rencontrait votre adhésion, il serait opportun que nous réfléchissions ensemble, dès à présent,  sur la nature et les modalités du renforcement des capacités des ONG du Sud afin qu'elles puissent jouer efficacement leur rôle, en synergie avec celles du Nord.

 

Forum des ONG béninoises pour le suivi de l’accords de Cotonou            

Aurélien C. ATIDEGLA (Cotonou-Bénin)

Avez-vous vous-mêmes été associé ?              Oui

Après avoir fait des investigations dans ce sens,  (confère étude GRAPAD – ONG et EUROSTEP) on s’est rendu compte qu’il n’y a pas eu véritablement de consultation de la société civile en rapport avec la Stratégie de Coopération ou l’élaboration du PIN. Il semblerait que quelques ateliers de validation du document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) ont eu lieu au niveau des départements du pays, mais les efforts effectués pour disposer de la liste des participants afin d’apprécier tout au moins la participation de la société civile ont été vains.       

Donc en définitive à part les bonnes intentions qui sont exprimées, la consultation de la société civile n’est pas encore une réalité. Toutefois, la situation est en train d’évoluer avec le niveau d’organisation atteint et la dynamique mise en place par les acteurs nons étatiques, en particulier les ONG et les Syndicats pour suivre et participer efficacement à la mise en œuvre de l’Accord de Cotonou. 

 

NB : Il faut noter que la position de la société civile béninoise a quand même été signalée aux acteurs étatiques à travers un document rédigé et adressé aux instances compétentes.  Même si cette position n’a pas pu être prise en compte aujourd’hui, il est clair que toute occasion de revue de la stratégie et / ou du PIN permettrait de remettre ces questions sur la table. Une veille attentive se fait pour que le dialogue politique puisse véritablement s’instaurer.