LES ACCORDS DE COTONOU

Bulletin d’infos n 0 3 - Juillet 2002

 

 

 

Et de trois !

 

 

Voici déjà le troisième numéro de notre bulletin destiné à susciter réflexions et échanges d’informations sur la participation de la société civile aux accords de Cotonou. Vos réactions sont encourageantes. Mais nous avons aussi besoin de vos contributions pour donner au bulletin son rôle de carrefour : entre les questions qui se posent et les informations disponibles, entre les expériences vécues dans chaque pays… Alors, nous comptons sur toutes et tous : faîtes-nous savoir quelles sont les thèmes que vous voudriez approfondir, racontez-nous comment cela se passe dans vos pays : les consultations de la société civile, les relations avec l’Union Européenne, les réflexions sur Cotonou… Les enjeux sont énormes, tant au niveau de la coopération que des échanges commerciaux. Ce n’est qu’en contribuant au débat, organisations ACP et européennes que nous pourrons renforcer mutuellement nos capacités et jouer pleinement notre rôle d’acteur. Alors, à vos claviers ou à vos crayons …, vos analyses et témoignages sont indispensables à la poursuite de cette action.

 

 

 

I. Etat des lieux sur les accords de Cotonou

 

 

La signature des accords de Cotonou le 23 juin 2000 au Bénin a suscité un grand soulagement du côté des Etats ACP et de l’Union Européenne. Cet accord est perçu comme une victoire, car la poursuite de la coopération entre l’Union Européenne et les pays ACP n’était pas gagnée d’avance.

Ces nouveaux accords comportent de nouvelles dispositions, tout à fait fondamentales pour la réalisation d’un véritable partenariat. Cependant, sa philosophie d’essence libérale, en rupture totale avec la vision initiale de Lomé, risque d’aller à l’encontre d’un véritable développement économique et social durable des pays ACP.

 

Objectifs et principes

 

Les accords de Cotonou posent comme objectif principal la réduction de la pauvreté. L’idée n’est pas neuve, elle correspond aussi au discours choisi par la Banque mondiale ces dernières années.

Les accords de Cotonou précisent de plus que cette lutte se fera « en cohérence avec (…) une intégration progressive des Etats ACP dans l’économie mondiale ». C’est un changement radical d’orientation par rapport à Lomé qui visait à réformer l’ordre économique international. Alors que la coopération sous Lomé avait pour but « un développement global autonome et auto-entretenu (des Etats ACP) fondé sur leurs valeurs sociales et culturelles, leur capacité humaine, leurs ressources naturelles, leurs potentialités économiques, etc. », les accords de Cotonou souscrivent au concept de développement à sens unique, dans la logique du marché et du libéralisme. Il a pourtant été démontré que la libéralisation sauvage ne fait qu’accroître les inégalités entre riches et pauvres.

 

Un principe novateur et essentiel fait son apparition, celui de la « participation » et de l’ouverture du partenariat à différents types d’acteurs, notamment issus de la société civile. Par ailleurs, le rôle central du dialogue est mis en exergue.

En reconnaissant le rôle de la société civile, les accords de Cotonou apportent une innovation importante et très positive. Le texte adopté retient deux principes essentiels. Les acteurs non étatiques « sont informés et impliqués dans la consultation sur les politiques et stratégies de coopération ainsi que sur le dialogue politique », ce qui signifie qu’ils participent à la définition des priorités du pays dans le cadre de la programmation en amont. D’autre part, « ils reçoivent des ressources financières », ce qui leur donne la possibilité d’avoir un accès direct aux possibilités de financement communautaire.

Néanmoins, le concept de « société civile » couvre des acteurs très variés : des associations aux syndicats et organisations professionnelles. On reproche ainsi souvent leur manque de représentativité. De plus, rien ne prévoit, dans Cotonou, les modalités de consultation avec la société civile. L’imprécision du concept laisse craindre des abus, en particulier l’instrumentalisation de la société civile, par l’Union européenne d’une part, qui pourrait y voir un moyen d’affaiblir un peu plus les Etats, par les gouvernements des pays ACP d’autre part, qui craignent une concurrence avec la société civile, pour l’accès aux fonds notamment, et une perte de crédibilité.

 

La réforme de la coopération financière

 

La convention de Lomé était dominée par trois types d’aide : l’aide programmable, l’aide non programmable et les prêts.

Dans les accords de Cotonou, les instruments du FED (Fonds Européen de Développement) ont été regroupés et rationalisés. Cela signifie que le Stabex et le Sysmin n’existent plus en tant qu’instruments séparés disposant d’un budget spécifique. Il sera possible d’aider les pays ACP à faire face aux fluctuations des recettes d’exportations, mais seulement dans le cadre de la programmation par pays, et en fonction également de critères macro-économiques tels que l’aggravation du déficit budgétaire.

Les enveloppes quinquennales ont dorénavant un caractère purement indicatif ; elles seront sujettes à révision en fonction de l’évolution des besoins et des performances des pays ACP. Ces nouvelles dispositions vont donc à l’encontre des concepts de sécurité et de prévisibilité des ressources, et entravent ainsi la programmation sur le long terme.

 

La libéralisation du commerce

 

Les préférences commerciales non-réciproques de la Convention de Lomé ont fait l’objet de vives critiques pour n’avoir pas amélioré la situation économique des pays ACP. Partant de ce constat, les accords de Cotonou ont programmé la fin de ce système pour 2008 et son remplacement par le libre-échange commercial, qui permet de respecter les règles de non-discrimination et de réciprocité de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce).

L’OMC prévoit que l’ouverture du marché doit s’effectuer selon des règles de réciprocité. Les ACP seront donc obligés d’ouvrir leur marché aux produits de l’UE, en échange de quoi l’UE leur accorde une aide financière pour compenser le coût de l’ouverture. Même les systèmes de quota avec des prix garantis dans le cadre des Protocoles de Lomé sur les produits de base, tels la banane, le sucre, la viande bovine et le rhum, sont promis à terme au démantèlement.

A partir de septembre 2002, les Etats ACP et la commission européenne (DG commerce) commenceront les négociations sur la mise en place des Accords de Partenariats Economiques Régionaux (APER). Les APER s’alignent sur les exigences de l’OMC, en régionalisant la relation commerciale et en mettant fin à la discrimination dont bénéficiait les pays ACP, mais peuvent être adaptés en fonction du niveau de développement et des besoins des régions. Le but est de faciliter, à terme, vers le régime général de l’OMC.

Ainsi, Cotonou prône la libéralisation comme cadre de développement et comme instrument de lutte contre la pauvreté, se conformant en cela aux postulats développés par les organisations internationales.

 

La mise en œuvre

 

Les accords de Cotonou, aussi novateurs ou critiquables soient-ils, comportent une grande part d’inconnu. Tout reste à faire, tant dans les négociations à venir en matière commerciale, que dans la mise en œuvre de dispositions souvent vagues et laissant une large part à l’interprétation. Leur portée et leurs contributions réelles au développement durable des pays ACP tiendront donc beaucoup aux modalités de leur mise en œuvre. Les critères d’évaluation et de performances restent à définir, les modalités pratiques d’application demandent à être précisées sur les plans qualitatifs comme quantitatifs. Les négociations ultérieures détermineront les avancées, et l’ensemble des acteurs ont un rôle capital à jouer pour son succès.

 

 

 

II.  Les Accords de Partenariat Economiques Régionaux (suite)

 

 

Les négociations qui vont commencer le 27 septembre entre l’UE et les pays ACP soulèvent un grand nombre de questions au-delà des préoccupations exprimées dans la note précédente.

 

L’Union européenne vient d’arrêter le mandat de ses négociateurs. D’emblée, elle décrète que les APER constituent la « réponse globale » aux besoins des pays ACP. La lecture de ce mandat  confirme ce qu’on avait déjà constaté : l’objectif prioritaire de l’UE n’est pas de faciliter le commerce des biens en vue d’aider les économies des pays ACP à se développer. La volonté européenne consiste à contraindre les pays ACP à se plier aux règles de l’OMC avec tout ce qu’elles contiennent de profitable aux pays industrialisés et de préjudiciable pour les pays en développement (le dossier agricole, si important pour les pays ACP, offre l’exemple le plus spectaculaire de l’unilatéralisme européo-américain). Lire le mandat européen équivaut à énumérer les intitulés des accords de l’OMC : commerce des services, normes et mesures sanitaires et phytosanitaires, marchés publics, investissement, concurrence, droits de propriété intellectuelle, …alors que les pays ACP observent dans le quotidien à quel point les règles de l’OMC ne contribuent pas aux améliorations promises. Il convient dès lors de soumettre à un examen critique les avantages invoqués par l’UE dont bénéficieraient les pays ACP suite à la création des APER  Passons en revue les cinq avantages principaux présentés par les Européens pour justifier ces APER

 

1.       Les bénéfices d’une économie d’échelle. Ils ne peuvent être réalisés qu’à la condition que les pays ACP surmontent un certain nombre de contraintes (fourniture d’eau et d’électricité ; infrastructures routières et ferroviaires ; cadres institutionnels ; faible productivité consécutive aux insuffisances en matière d’éducation, de santé et de logement). Prendre en compte ces contraintes est une condition incontournable si on prétend transformer les économies ACP et si on veut qu’elles profitent effectivement des économies d’échelle que permet une production accrue pour un marché élargi. On chercherait en vain des programmes européens de développement mettant en oeuvre une approche systématique, cohérente et intégrée de ces contraintes.

2.       La spécialisation des productions ACP. La question se pose de savoir dans quels secteurs les pays seront encouragés à se spécialiser. Alors que la tendance actuelle est à la diversification, permettra-t-on que les pays ACP se spécialisent dans des secteurs où la demande est en plus forte croissance et où les prix sont plus stables que dans ceux où se pratique actuellement la monoculture ?

3.       L’augmentation des investissements. Les APER vont-ils effectivement favoriser les investissements dans les pays ACP ou vont-ils simplement participer à la mise en place d’un ensemble de zones de libre-échange initiées par l’UE dont elle jouera en quelque sorte le rôle de « hub » permettant aux investisseurs – européens – de combiner les avantages fiscaux de ce réseau de zones de libre-échange, sans que les APER des pays ACP aient la garantie d’être la destination exclusive,  ni même principale de ces investisseurs ?

4.       L’augmentation des échanges régionaux. L’UE souligne que les APER vont contribuer à l’abaissement des barrières tarifaires entre pays ACP associés dans un même APER, puisque toute préférence commerciale dont jouirait un pays sera automatiquement étendue à tous les pays de l’APER dont fera partie ce pays. Mais, comme le soulignent des représentants des pays ACP, cet avantage peut être atteint par des accords volontaires entre pays ACP sans devoir se soumettre à un APER avec l’UE.

5.       L’augmentation du commerce avec l’Europe. S’il est manifeste que les APER vont favoriser les exportations européennes vers les pays ACP, les produits européens n’étant plus soumis à des barrières tarifaires et étant plus compétitifs que les produits ACP équivalents, rien n’indique que les APER vont favoriser une augmentation des exportations des pays ACP vers le marché européen.

 

Sans réponse précise à ces questions qui devraient être soulevées lors des négociations, la crainte est justifiée de voir les APER bénéficier en premier lieu aux firmes européennes et contribuer fort peu au développement structurel et à la transformation des économies des pays ACP.

 

 

 

III.  République Démocratique du Congo :

Le Conseil Consultatif de la société civile va être impliqué …

 

 

Pendant deux semaines, Rein Antonissen (Coalition du mouvement nord-sud en Flandre –11.11.11) s’est rendu à Kinshasa en R.D.Congo afin de recueillir des informations sur l’évolution de la programmation dans le cadre des accords de Cotonou ainsi que sur la participation de la société civile dans ce processus.

 

Depuis, la conférence de juillet 2001, organisé sous la présidence Belge de l’UE, un nouveau processus de structuration de la société civile s’est mis en place à Kinshasa et ce, également au niveau régional. Il se nome Conseil Consultatif de la société civile. « Il est clair – comme c’est le cas en Europe et dans d’autres pays ACP – qu’il y a beaucoup de problèmes. Manque de moyens financiers, d’informations spécifiques et persistance de problèmes internes des structures. Mais en même temps, ce nouveau conseil consultatif, offre des opportunités aux différents participants de dialoguer plus facilement avec leur Ministère du plan et avec la délégation de la Commission Européenne sur la programmation et les autres dossiers comme ceux du commerce, de l’efficacité de l’aide etc.» confirme Rein Antonissen .

 

Au niveau national, ce conseil consultatif est constitué d’églises, de syndicats, de groupements de femmes et de différentes ONG de développement. La plupart des participants sont originaires de Kinshasa, mais la restitution vers les provinces est un élément d’attention constant. Les mois prochains il serait important de créer encore des liens étroits avec d’autres organisations – au niveau régional et avec les organisations en Europe – sur des dossiers très concrets. En même temps, il est important qu’en Europe les organisations congolaises et leur expertise soient de plus en plus prises en compte. Il nous semble, par exemple, nécessaire que les documents sur la commerce soient traduits en français.

 

Au niveau régional, une structuration de la société civile a pris place également. Ceci est présent dans la déclaration de N'Djaména. Le CNONGD (via son président Félicien Malanda) va être le point focal dans la région pour le suivi des accords de Cotonou. Différentes organisations se sont engagées à élaborer d’autres dossiers (DRSP, NEPAD, etc).

 

Un dernier élément est l’attitude plutôt “sceptique” de la part des bailleurs de fonds des différents pays présents au Congo. Ils s’inquiètent de la grande diversité au sein de la société civile. Il semble que pour eux, il soit difficile de s’y retrouver parmi toutes ces organisations. La Commission européenne, elle même, témoigne de ses difficultés quant au choix des personnes inviter à participer au processus de programmation.

 

Les prochains mois 11.11.11. et le CNCD/11.11.11. vont suivre de plus près les évolutions en Afrique centrale, surtout en relation avec la programmation dans le cadre du 9ème FED.

Pour plus d’informations sur sa visite au R.D.Congo, veuillez contacter Rein.Antonissen@11.be

 

 

Rwanda: document de stratégie de coopération du 9ème FED

Au Rwanda, les choses ont évolué dans le cadre du suivi des accords de Cotonou. Différentes organisations de la société civile regroupant des organisations de droits de l’homme, syndicats, religieux, etc. ont élaboré leurs commentaires pour le 9ème FED. Leurs stratégies se focalisent surtout dans le domaine des droits de l’homme, la promotion de la culture de paix et la bonne gouvernance.

Les derniers documents sont disponibles en envoyant un e-mail à Rein.Antonissen@11.be

 

 

Suivre le dossier des négociations commerciales sera vitale…

Dès le 27 septembre 2002 les négociations entre l’Union Européenne et les Pays ACP vont commencer. Ces négociations vont avoir des changements profonds sur le terrain de la fiscalité, le commerce et l’agriculture. L’information qui existe est très spécialisée et difficile (en plus très peu en est disponible en français).Nous avons essayé de vous présenter quelques sources d’information sur ces négociations.

En français :    http://www.odi.org.uk/acp_eu/ ,       http://www.ecdpm.org

En anglais :     http://www.epawatch.org 

 

 

 

IV. Courrier des lecteurs

 

 

USTG (Union syndicale des travailleurs de Guinée)                         

Ibrahima Fofana (Guinée)

Au sujet de la consultation nationale de la société civile en Guinée :

                                                 

Cette consultation a été organisée par la représentation de l’Union européenne en Guinée dans le simple but de représenter le document du nouvel accord de Cotonou. Notre proposition n’a pas été prise en compte…

 

 

CDTN (Confédération démocratique des travailleurs du Niger)     

Ibrahim Yacouba (Niger)

           

Bonjour,

je vous remercie de la poursuite du contact que nous entretenons par rapport aux accords de Cotonou. Je voudrais vous demander de rectifier la liste des organisations de la société civile qui n'ont pas participé a la consultation. Pour le Niger, il faut écrire CDTN et non CADTM. Nous sommes bien partenaires du CADTM mais notre organisation s'appelle CDTN (Confédération démocratique des travailleurs du Niger).

En outre, sur la question des accords de Cotonou, la CDTN a initié la mise en place d'une plate-forme qui regroupe 17 syndicats (32 000 membres) autour des enjeux tels que les accords de Cotonou et la question du financement du développement des pays du sud. Donc pour la question des accords de Cotonou, veuillez remplacer pour le Niger-cadtm par Réseau National Dette et Développement (RNDD). Je vous remercie et à bientôt.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Groupe accords de Cotonou: Centre National de Coopération au Développement (opération 11.11.11), Koepel van de Vlaamse Noord-Zuidbeweging - 11.11.11, OXFAM Solidarité, SOS Faim, Groupe de Recherche pour une Stratégie Economique Alternative

Adresse de correspondance:

CNCD. Cécile Vanderstappen. Quai du Commerce n°9. 1000 Bruxelles. Belgique.

Téléphone :  + 0032 2 250 12 30. Fax : + 00 32 2 250 12 63. Email : cecile.vanderstappen@cncd.be