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Campagne AGCS - 09-02-03
Déclaration
de Brixen/Bressanone
sur la
Diversité culturelle
et l'AGCS
(adoptée à l'unanimité - moins deux abstentions concernant le paragraphe 24 -
par les Ministres régionaux européens de la Culture et de l'Education)
(Brixen/Bressanone, 18 octobre 2002)
L’Assemblée
des Régions d’Europe (ARE), l’organisation politique des Régions en
Europe, réunit les responsables des pouvoirs publics régionaux de 250 Régions
qui font partie de 25 Etats européens. Il s’agit donc de mandataires publics
issus du suffrage universel à un niveau plus proche des citoyens que le niveau
des Etats et infiniment plus démocratique que le niveau de la Commission européenne.
Dans la plupart des pays d’Europe, les Régions exercent des responsabilités
importantes en matière d’enseignement et de culture. Les ministres régionaux
en charge de ces politiques viennent de se réunir dans le cadre de l’ARE et
ont adopté à propos de l’AGCS et de son impact sur l’enseignement et la
culture une forte déclaration qui contredit radicalement les affirmations
mensongères du Commissaire européen Pascal Lamy. Qui va-t-on désormais écouter ?
Des élus investis de la plus haute légitimité démocratique ou un technocrate
aussi arrogant qu’irresponsable ? A vous d’apprécier.
Nous,
Ministres et responsables politiques de la culture, de l'éducation et des médias
des Régions d'Europe, réunis à Brixen/Bressanone, à l'invitation de
l'Assemblée des Régions d'Europe (ARE) et du Gouvernement de la Province
autonome de Bozen-Südtirol, avons adopté, lors de notre 2ème conférence
européenne (18 octobre 2002) et sur la base de notre précédente Conférence
de la Culture, la Déclaration suivante:
1. Nous exprimons notre gratitude envers l'Assemblée des Régions d'Europe d'avoir soulevé le thème de "La mondialisation de la culture et de l'éducation – OMC et AGCS". Nous considérons qu'il s'agit d'une question complexe ayant des conséquences multiples et qui est particulièrement pertinente pour les structures démocratiques des gouvernements régionaux. Nous sommes convaincus que cette question revêt une importance mondiale.
2.
Nous considérons comme une grande réussite le fait qu'au travers cette conférence,
les Régions européennes répondent ensemble à l'intérêt et aux attentes
croissants de nos citoyens. Nous formulons le souhait de lancer un débat dans
toute l'Europe qui soit à la hauteur de l'importance de ce sujet.
3.
Nous doutons qu'il soit opportun, nécessaire et au plus grand bénéfice pour
nos sociétés de soumettre les secteurs de l'éducation, de la culture et des médias
aux réglementations de l'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS).
Cet accord a pour objectif principal d'accroître le libre-échange et d'étendre
l'accès au marché en soumettant les monopoles étatiques et les services
publics protégés à une libéralisation progressive et à la concurrence de
fournisseurs et d'industries privés par le biais de règles d'accès et des
engagements pris à échelle mondiale.
4.
Nous sommes conscients que toute réponse à cette question sera décisive quant
à la future orientation des politiques de la culture, de l'éducation et des médias
et à la définition, aux caractéristiques et attributions des services
publics. Les décisions prises dans le cadre de l'AGCS ont également une
influence considérable sur la capacité des Régions à agir de façon
autonome.
5.
Nous nous appuyons sur une large consultation des Régions de l'Europe et hors
de l'Europe, sur les positions des organes et institutions internationaux -
Organisation Mondiale du Commerce (OMC), UE et Conseil de l'Europe -, sur celles
des gouvernements nationaux, des groupes d'intérêts du secteur privé dans le
domaine du commerce et de l'industrie de services, d'organisations représentatives
de professionnels de la culture, de l'éducation et des médias - enseignants,
artistes, journalistes et producteurs de films, curateurs de musées et bibliothécaires
6. Nous constatons avec regret que la décision d'inclure les services culturels, éducatifs et des médias comme partie intégrante de l'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) a été prise sans information et consultation approfondies d'un large public, sans réelle délibération au sein des parlements nationaux et souvent sans implication des gouvernements régionaux, dans le cas des Régions qui disposent constitutionnellement de compétences législatives exclusives ou partagées dans le domaine de l'éducation, de la culture et des médias.
7. Nous soulignons le fait que l'article I-3a de l'AGCS qui énonce la portée et la définition de l'accord, inclut explicitement sous le terme "membres" tous les niveaux d'autorités étatiques, les gouvernements central, régional et local ainsi que toutes les instances non gouvernementales déléguées par les gouvernements et autorités centraux, régionaux et locaux. Etant donnée notre implication, nous insistons pour être intégrés à part entière au processus de l'AGCS. Nous insistons également sur le rôle des autorités régionales en tant que fournisseurs d'un large éventail de services importants et essentiels. L'expression "mesures des membres" couvrant pratiquement toutes les mesures qui affectent le commerce des services, décrit comme "fourniture de services", nous ne pouvons ignorer son importance pour le niveau régional.
8.
Par conséquent, nous demandons avec force que le niveau régional participe à
toute négociation ultérieure ayant trait à la culture, l'éducation et les médias.
A chaque fois que des questions portant sur les services en matière de culture,
éducation et médias sont soulevées, les autorités régionales de l'UE ayant
des compétences législatives dans ces domaines devraient participer au
"Comité Ad Hoc de l'article 133 (services)".
9.
Nous considérons qu'il n'est pas acceptable de priver le public d'un accès
large et complet à l'information sur les contenus des négociations en cours,
en particulier sur les demandes et les offres soumises par les Etats
participants, puisqu'elles touchent directement chaque citoyen. Ceci nous inquiète
d'autant plus quand il est exclu par les parties et organes négociants sous le
prétexte qu'il est nécessaire de garder le secret dans le cadre de négociations
diplomatiques internationales.
10.
Nous sommes conscients de nos responsabilités spécifiques et confirmons notre
engagement à maintenir et améliorer les politiques culturelles, de l'éducation
et des médias des Régions comme conditions préalables au développement de
l'humanité et de la démocratie. Par ailleurs, elles peuvent stimuler la compréhension
interculturelle globale et construire des communautés économiquement et
socialement viables ainsi qu'un monde de paix et de justice.
11. Nous réaffirmons notre conviction selon laquelle les sociétés démocratiques, de par leur approche multiple pour respecter, encourager mais également équilibrer en permanence les droits et les aspirations individuels et collectifs, impliquent l'existence d'un système d'éducation ouvert à tous les enfants et jeunes sans distinction de sexe, milieu social, appartenance ethnique, confession ou situation financière.
12.
Nous réaffirmons notre engagement à continuer de fournir des cours de la plus
haute qualité, un éventail le plus large possible de programmes de formation
en quête d'innovation en matière d'enseignement, d'ouverture aux influences
mondiales et qui tiennent également compte des besoins et situations spécifiques
des niveaux local, régional et national.
13. Nous reconnaissons la dimension internationale de l'éducation. Nous sommes ouverts aux étudiants désireux d'étudier à l'étranger. Nous soutenons la multiplication des échanges entre les personnels enseignants et des projets conjoints entre les établissements de tous les pays. Nous sommes par contre préoccupés par le fait que les investissements en matière de recherche et de développement pourraient pâtir d'une conception trop étroite de la notion de profit.
14.
Nous pensons que la demande croissante en matière d'éducation des pays
n'appartenant pas à l'OCDE implique davantage d'efforts pour renforcer leur
infrastructure éducative et culturelle locale. Nous mettons en question
l'approche qui tend à utiliser les industries éducatives, culturelles et médiatiques
privées à but lucratif pour résoudre ces problèmes.
15. Nous rejetons l'idée de promouvoir l'éducation, la culture et les médias en tant que secteurs du marché. Nous nous opposons à la suppression des barrières restreignant le commerce des services éducatifs, culturels et des médias comme réponse adéquate aux besoins des individus et de la société, tel que cela est proposé dans les objectifs de l'AGCS.
16.
Nous sommes entièrement d'accord sur le fait que la diversité culturelle,
telle que reconnue dans la Déclaration universelle sur la diversité culturelle
adoptée par la Conférence générale de l'UNESCO (2 novembre 2001) et dans la
Déclaration sur la diversité culturelle adoptée par le Comité des ministres
du Conseil de l'Europe (7 décembre 2000), est aussi nécessaire à l'humanité
que l'est la diversité biologique à la nature et que les politiques visant à
promouvoir et à protéger la diversité culturelle font partie intégrante du développement
durable. Nous approuvons également le fait que les biens et services culturels
qui, en tant que vecteurs d'identité, de valeur et de sens, ne peuvent pas être
traités comme de simples marchandises ou biens de consommation, et que les
politiques culturelles et audiovisuelles, qui mettent en valeur et respectent la
diversité culturelle, sont un complément nécessaire aux politiques
commerciales.
17.
Nous sommes fermement opposés à toute transformation de l'actuel système
public d'éducation, qui sert l'intérêt général, contre un autre axé sur
les besoins du marché qui, même si cela était avec les meilleures intentions
du monde, ferait le jeu des groupes d'intérêts, que leurs motivations soient
commerciales ou idéologiques.
18.
Nous renouvelons notre conviction selon laquelle les bibliothèques publiques
sont une composante vitale d'une société démocratique et la nécessité de
les maintenir sous contrôle public n'a de cesse d'être soulignée. Leur rôle
de fournisseur d'accès gratuit, équitable, ouvert et accessible pour tous, à
la culture, au savoir et à l'information et d'instrument de l'intégration
sociale devrait être reconnu.
19.
Nous considérons que le service public de radio-télé-diffusion joue un rôle
important en matière de sauvegarde de l'identité et de diversité culturelle,
de dialogue démocratique, de pluralité médiatique et d'accès de tous les
citoyens à un contenu de qualité et aux connaissances essentielles pour leur
participation fructueuse à la société de l'information. Par conséquent, le régime
du commerce international ne doit pas empêcher ou gêner de quelque manière
que ce soit la capacité des gouvernements régionaux de créer, organiser et
financer des services publics de radio-télé-diffusion et de leur confier toute
mission de service public qu'ils estiment souhaitable.
20.
Nous sommes, par conséquent, loin d'être convaincus que la phrase énoncée à
l'article I-3 de l'AGCS "services fournis dans l'exercice du pouvoir
gouvernemental" introduit une garantie. Une garantie qui permettrait à
l'autorité gouvernementale de décider au final des domaines éducatifs,
culturels et de médias qu'elle souhaite ouvrir à la concurrence privée ou
encore d'autoriser ou refuser l'accès des entreprises privées aux fonds
publics, y compris l'implantation de filiales étrangères, est primordiale. Il
est également mentionné que ceci s'applique uniquement à "tout service
qui n'est ni fourni sur une base commerciale, ni en concurrence avec un ou
plusieurs fournisseurs de services". Partant du constat qu'il n'est aucun
Etat dans lequel les structures offrant des services d'éducation, de culture et
de médias sont exclusivement soumises à son autorité, il nous faut conclure
que la clause d'exception est ouverte à toutes les
interprétations.
Ceci représente à notre avis, un danger permanent pour le statut des services
publics puisqu'ils pourraient être mis en question par le secteur privé.
21.
Par ailleurs, nous attirons l'attention sur l'expression "sur une base
commerciale" qui implique que le consommateur paie un certain prix pour le
service. Nous supposons donc que chaque service, à l'exception de ceux qui ne
coûtent rien, doit être considéré comme étant fourni sur une base
commerciale. Puisque presque tous les services publics impliquent un coût à
payer par le consommateur, nous serions donc contraints d'accepter les règles
de l'AGCS.
22.
De ce fait, nous demandons que les domaines de l'éducation, de la culture et
des médias soient exclus des futures négociations de l'AGCS et qu'aucune offre
ou demande ne soit formulée jusqu'à ce qu'un accord clair, indiscutable,
engageant toutes les parties, soit trouvé sur l'interprétation de l'article
I,3. Ceci permettrait à nos membres, y compris aux autorités locales et régionales,
de décider des services qu'ils considèrent comme étant fournis dans
l'exercice du pouvoir gouvernemental et dans le respect des lois et directives
internes à chaque Etat.
23.
Nous sommes conscients du fait que la Commission européenne, en tant que futur
24. Nous réaffirmons notre attachement au principe de subsidiarité et réitérons notre ferme opposition à toute modification des Traités de l'UE qui transférerait des compétences en matière d'éducation, de culture et de médias au niveau européen et impliquerait le vote à la majorité qualifiée. Nous considérons que le vote à l'unanimité sur les questions de culture, d'éducation et de médias est une garantie sûre pour lutter contre l'incorporation de ces matières dans l'AGCS. Nous réaffirmons la nécessité d'un vote à l'unanimité en matière de politique commerciale commune sous l'article 133 du Traité de Nice. Ceci concerne toutes les questions relatives à la culture, l'éducation et les médias et protège la nature spécifique de ces secteurs par rapport aux négociations internationales dans le cadre de l'OMC et de l'AGCS.
25.
Nous demandons enfin un accord international en faveur de la protection de la
diversité, incluant la dimension régionale, dans le domaine de l'éducation,
de la culture et des médias.
(On
trouvera plus de détails sur l’ARE et sur cette Déclaration en consultant le
site http://www.a-e-r.org.)