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Campagne AGCS - 09-02-03
La position belge concernant les relations
entre Education et Accord Général sur le Commerce des Services
(30 août 2002)
ROYAUME
DE BELGIQUE
Bruxelles,
le 30 AOUT 2002
Madame
Viviane REDING
Commission
européenne
Rue
de la Loi, 200
1049
BRUXELLES
Nos
réf. : 2002/FD/CK/av/RE-25192
Madame
la Commissaire,
Objet:
La position belge concernant les relations entre Education et Accord Général
sur le Commerce des Services
Lors
du dernier Conseil Education de la Présidence espagnole, vous avez exprimé le
souhait d'obtenir, des différents Pays membres, une position concernant le
dossier de la «commercialisation des services éducatifs».
La
Belgique a déjà, dans plusieurs enceintes - la dernière étant celle du
Conseil «Education » du 30 mai dernier - et de manière systématique, défendu
sa position. Elle marque son plus net refus de voir les règles du commerce mondial
s'appliquer aux services éducatifs, à quelque niveau d'enseignement que ce
soit et pour tous les secteurs visés par I'AGCS (enseignement primaire,
secondaire, tertiaire (supérieur), pour adultes et «autres»). En effet,
les dangers d'une telle application, pour l'enseignement organisé et/ou
subventionné par les pouvoirs publics, sont, à nos yeux, trop importants en
comparaison des avantages qui pourraient en découler.
Nous
tenons à rappeler que, lors de la conférence ministérielle de Prague (mai
2001), les 32 Ministres de l'Enseignement supérieur ont tenu à réaffirmer le
principe suivant :
«
L 'enseignement supérieur est un bien public, relevant de la
responsabilité publique, dont l'évolution est gérée démocratiquement, en
association avec les établissements et les étudiants ».
Les
procédures de décision applicables à I'OMC sont incompatibles avec cette déclaration.
Notre
position est en parfaite symbiose avec celle que nos institutions d'enseignement
supérieur ont prise le 28 septembre 2001 et qu'ils ont, d'ailleurs, réaffirmée
avec les étudiants le 6 mars 2002 ;
En
résumé, notre position est donc la suivante :
1)
Les règles du commerce mondial ne sont pas adéquates pour un secteur
tel que celui de I'éducation. Il existe d'autres instruments internationaux
qui, par les principes qu'ils défendent, mettent I'accent sur le droit à I'éducation
comprenant notamment une ouverture de l'accès, le principe de la gratuité (y
compris pour I'enseignement supérieur),... Le Pacte International relatif aux
droits économiques, sociaux et culturels du 19 décembre 1966 en est un bon
exemple. Le postulat de la gratuité n'est par ailleurs pas compatible, selon
nous, avec le postulat du service commercial.
2)
Une citation de la Déclaration des institutions d'Enseignement supérieur
d'Europe, des Etats-Unis et du Canada est claire: «Our
respective countries should not make commitments in Higher Education Services
(including Adult Education and other Education Services) in the context of the
GATS. Where such commitments have already been made in 1995, no further ones
should be forthcoming.». Il faut donc éviter d'enclencher une dynamique de
libéralisation dans ce secteur qui aille à l'encontre des positions défendues
par les acteurs du secteur et la société civile de manière plus générale.
3)
Les engagements pour le «privately funded education» ont été pris en 1995
dans le cadre des négociations de Marrakech sans
que les acteurs de l'enseignement n'y aient été véritablement associés, ce
qui a conduit à ne pas prendre en compte les caractéristiques fondamentales de
ce secteur.
Les
différentes questions qui sont contenues dans votre courrier nous amènent à
formuler les remarques suivantes :
A.
Situation actuelle:
La
Belgique a défendu, au sein du Comité 133, qu'il ne fallait pas faire de
demande vis-à-
vis
des Etats-Unis dans ce domaine. La Belgique, n'étant pas suivie par les autres
Etats membres, a fait une déclaration annexée à la décision en note:
«
Dans un souci de cohésion, Ie Royaume de Belgique ne s'oppose plus à
I'introduction de la requête relative aux services éducatifs. Elle rappelle, néanmoins,
qu'elle n'acceptera aucun engagement nouveau, sous quelque mode que ce soit, en
matière d'enseignement, lors de la phase des offres ».
La
Finlande, l'Autriche et la Suède se sont joints à cette Déclaration.
Nous
ne devons donc, en aucune manière, demander que d'autres Etats ouvrent leur «marché».
Compte tenu de ses finalités, l'éducation ne peut être régie par les règles
d'un marché à caractère commercial.
B.
Cadre des négociations :
Puisque
nous pensons que l'OMC n'est pas l'enceinte adaptée pour discuter d'éducation
(privée ou publique), les différentes contributions déposées à l'OMC sur le
sujet ne nécéssitent pas de réaction de notre part. En ce qui concerne les définitions
concernant la nomenclature, il y a lieu de prendre en compte les instruments
actuellement fiables et reconnus par les milieux professionnels, comme ceux établis
sous l'égide de l'Unesco (par exemple, la classification ISCED).
C.
Autres questions à évoquer :
1)
Vu l'inexistence de demandes d'application de nos engagements dans ce secteur,
il semble délicat de répondre à la question en l'état. Cela étant, il faut
souligner le risque qui existe tant qu'une clarification ne sera pas apportée
à la notion du « service public », étant entendu que le secteur de l'éducation
(privé et/ou public), quel que soit son statut, relève de la responsabitité
publique.
2) Nous remercions la Commission de permettre un débat ouvert et transparent sur ces deux questions:
a.
La définition du service public et sa portée, appliquées au secteur de l'éducation
;
b.
La possibilité, dans le cadre des futures négociations, de pouvoir
revenir sur les engagements pris en 1995. Une analyse juridique indépendante,
commanditée en Belgique dernièrement, a bien montré les risques liés à ces
engagements notamment en termes de défense du service public, garant d'un
enseignement de qualité accessible à tous.
3)
Il faut rappeler que les politiques publiques d'éducation visent des objectifs
de service public qui sont incompatibles avec les règles en vigueur dans le
cadre du GATS. L'accent doit donc être mis sur la définition de la qualité,
sur les accords internationaux pour la coopération sur la qualité dans un
climat de confiance mutuelle. Ces approches doivent être privilegiées en
s'inspirant de la démarche adoptée précédemment comme celle portant sur le
renforcement de la coopération avec les pays tiers en matière d'enseignement
supérieur.
4)
La Convention de Lisbonne ayant un champ d'action plus spécifique, elle prime,
dans la sphère qui est la sienne, les règles générales du GATS.
5)
Le GATS ne semble pas être l'instrument approprié pour développer
l'attractivité de notre enseignement et nous préférons utiliser les
instruments que nous mettons en place collectivement au sein de l'Union ou dans
d'autres enceintes (cf. Processus de Bologne).
6)
L'éducation est un tout et il ne faut pas dans ce cadre le segmenter. Nous désirons
privilégier une coopération et une concertation européennes qui replacent
l'enseignement dans son contexte plus large. La coopération en cours de développement
en atteste, notamment le programme de travail sur des systèmes d'éducation et
de formation ainsi que les processus qui en découlent.
Nous
espérons avoir pu contribuer de manière constructive à ce débat où il est
important de travailler en parfaite harmonie avec tous les acteurs de
l'enseignement (associations d'étudiants, pouvoirs organisateurs, associations
des universités et hautes écoles, associations de parents, syndicats
d'enseignants, ...).
Nous
vous prions d'agréer, Madame la Commissaire, l'assurance de nos sentiments les
meilleurs.
HAZETTE
Pierre
Ministre
del’Enseignement secondaire et de l’Enseignement spécial de la Communauté
française de Belgique
DUPUIS
Françoise
Ministre
de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique de la Communauté
française de Belgique
NOLLET
Jean-Marc
Ministre
de l’Enfance, chargé de l’Enseignement fondamental de la Communauté française
de Belgique
VANDERPOORTEN
Marlène
Ministre
de l’Enseignement de la Communauté flamande de Belgique
GENTGES
Bernd
Ministre
de l’Enseignement de la Communauté germanophone de Belgique