URFIG

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DECLARATION AU NOM DES ASSOCIATIONS ET DES ONG

(Manifestation contre l’AGCS - Bruxelles, 9 février 2003)

 

Le patronat et la Commission européenne déploient des efforts immenses pour présenter l’AGCS comme un accord anodin et indolore, insipide, incolore et inodore.

Le patronat et la Commission européenne se servent de la technicité et de la complexité des textes pour faire croire, avec l’appui de quelques universitaires de service, que nous n’avons pas compris et que nous nous trompons.

Ils affirment que nous n’avons aucune raison de craindre cet accord de l’OMC. Ils veulent faire croire que l’AGCS serait sans effet sur la vie démocratique. Ils veulent faire croire que l’AGCS serait sans effet sur la capacité des pouvoirs publics à privilégier des normes sociales, des normes environnementales, des normes éthiques par rapport aux règles de la concurrence commerciale.

Ce faisant, le patronat et la Commission européenne nous trompent et trompent le monde. Les textes eux-mêmes disent le contraire

Mais le patronat et la Commission européenne nous trompent avec d’autant plus de facilité qu’ils ont pu compter jusqu’ici sur l’indifférence, l’incrédulité ou la complicité des mandataires politiques qui

- en 1995, ont ratifié l’AGCS en même temps que tous les accords de l’OMC,

- en 1999, ont donné à la Commission européenne un véritable chèque en blanc pour libéraliser à outrance et

- en 2001, après la conférence de Doha, ont donné leur feu vert à une négociation visant à étendre les pouvoirs de l’OMC d’ici à 2005.

Alors, aux mandataires politiques, les associations et les ONG, aux côtés des organisations syndicales au sein du Forum Social de Belgique, nous disons ceci :

Nous les citoyens, qui vous choisissons pour nous représenter, nous ne vous avons pas donné un mandat pour que le politique s’efface devant le commercial, l’économique et le financier. Nous vous avons donné un mandat pour que le politique soit le gardien vigilant de l’intérêt général contre la voracité des intérêts particuliers. Nous ne vous avons pas donné mandat pour affaiblir la démocratie. Nous vous avons donné un mandat pour la protéger et la renforcer. Aux mandataires politiques, je pose la question : qu’avez-vous fait de ce mandat ?

Nous attendons de vous que les droits fondamentaux de tous les humains, ici en Europe, mais aussi là-bas, dans ces pays que nous avons tant exploités et qu’on veut mettre sous la coupe de nos firmes transnationales, que le droit à l’alimentation et à l’eau, le droit à l’éducation, le droit à la santé, le droit à des normes sociales, à un salaire garanti, à un minimum d’existence, à une protection sociale, le droit à un cadre de vie durable, nous attendons de vous, mandataires politiques, que ces droits pour tous ne soient plus de fragiles promesses de campagne électorale, mais l’exigence prioritaire de véritables mandataires publics.

Et aux élus qui, aujourd’hui, sont ici, avec nous, je veux dire à quel point nous apprécions que vous ayez, enfin, compris que ce qui est en cause, ce ne sont pas des dispositions techniques d’un banal accord commercial, mais bien un véritable choix de société. Merci de nous avoir rejoints. Mais votre présence vous engage. Parce que vous avez compris et parce que vous êtes ici, vous êtes désormais comptables de l’attitude que vous adopterez, dans les jours et les années à venir, à l’égard de l’AGCS, comme à l’égard de l’ensemble des accords de l’OMC.

Il vous appartient, et vous en avez le pouvoir, de revoir le mandat de la Commission européenne. Il vous appartient, et vous en avez le pouvoir, d’exiger la réforme de l’OMC et des accords qu’elle gère. Il vous appartient,et vous en avez le pouvoir, de neutraliser l’AGCS.

Sachez dire NON ! 

Prenez, avec nous, le chemin de la résistance !

 

Dr Raoul Marc JENNAR

Chercheur auprès d'Oxfam Solidarité (Bruxelles) et de l'URFIG (Bruxelles-Paris-Genève)

Tél : +32 (0) 478 913 812 - Email : raoul.jennar@oxfamsol.be - Site web : www.urfig.org