Document URFIG - Analyse relative à l'Accord de Cotonou
(Dr
Raoul Marc JENNAR, 20 mars 2002)
L’Accord de Cotonou, présenté comme la forme la plus achevée du partenariat entre l’Europe et les 77 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique est conforme à la plupart des initiatives internationales de l’Union européenne. Derrière un discours et une présentation qui font croire à une Europe humaniste, solidaire et généreuse, se profilent des dispositions qui expriment un post-colonialisme où l’Europe, fer de lance de la mondialisation néo-libérale impose ses vues à ceux qu’elle enferme dans une dialectique partenariale pour mieux les maintenir dans un état de dépendance.
I. LA SORTIE DU COLONIALISME HISTORIQUE
Il
n’est pas inutile pour apprécier le contenu de l’Accord de Cotonou de
rappeler de quel processus il est l’aboutissement. En voici les étapes
principales :
1.
1957 :
« Traité de Rome » instituant la CEE. La Belgique et la France sont
encore des puissances coloniales. Le Traité prévoit un régime d’association
avec les « pays et territoires d’outre-mer. »
2.
1963 : la
décolonisation est terminée. Yaoundé I , premier accord entre la CEE et 18
Etats africains et malgache associés : il porte sur le commerce (préférences
tarifaires), la coopération financière et technique (avec, surtout, des
projets d’infrastructures économiques et sociales).
3.
1968 : Yaoundé II : prorogation quasi identique de Yaoundé I.
4.
1975 : Lomé I : le concept de pays ACP est consacré suite à l’entrée
de la Grande-Bretagne dans la CEE et l’arrivée des pays du Commonwealth.
L’accord concerne 46 pays et entend réaliser un modèle de développement
fondé sur le partenariat et la solidarité. Sur le plan institutionnel :
création d’un secrétariat ACP. Contenu :
-
commerce : préférences tarifaires non réciproques pour les
exportations ACP vers la CEE
-
Stabex : système de compensation du déficit des recettes
d’exportation, suite à la fluctuation des prix sur les marchés mondiaux
-
protocoles favorables aux exportations ACP dans des secteurs comme le
sucre, la viande bovine et la banane
-
financement des infrastructures
-
programmes agricoles.
5.
1979 : Lomé II : idem Lomé I, mais
avec 58 pays ACP et auquel on ajoute le Sysmin : un Stabex adapté aux
produits miniers.
6.
1984 : Lomé III : 65 pays ACP. Abandon progressif de l’approche
par projets pour privilégier une approche sectorielle, le but annoncé étant
l’autosuffisance et la sécurité agroalimentaires.
7.
1989 : Lomé IV : 68 pays ACP. Durée 10 ans révisable après 5
ans ; grande nouveauté : la conditionnalité. Droits humains et
respect des plans d’ajustement structurel du FMI. Appui au développement du
secteur privé.
8.
1995 : Lomé IV bis : 70 pays ACP. Droits humains et Etat de droit
deviennent des conditions suspensives. Introduction du concept de développement
durable, de la nécessité de s’insérer dans l’économie mondiale ;
lutte contre la pauvreté. L’Europe lie développement et PESC.
9. 1996 : Livre Vert de la Commission européenne : prendre en compte la fin de la guerre froide, la création de l’OMC, l’impact des conflits et des catastrophes naturelles, le contexte institutionnel interne des pays ACP. Invitation à négocier un nouvel accord. Quatre scenarii pour remplacer l’Accord de Lomé.
II. LES PIEGES D’UN ACCORD POST-COLONIAL
23
juin 2000 : signature de l’Accord de Cotonou entre l’UE et 77 pays ACP
-
durée : 20 ans, révisable tous les 5 ans
-
montant global des ressources allouées par le FED pour la période 2000-2005 :
15,2 milliards €
-
4 principes fondamentaux :
-
2 piliers :
-
développement économique : investissement et développement du
secteur privé, politiques macro-économiques , développement économique
sectoriel et tourisme
-
développement humain et social : couverture, qualité et accès
aux services de base, formation aux politiques sociales, questions liées à la
jeunesse et au développement culturel…
-
intégration régionale , en matière de transport, de santé,
d’environnement etc..
La
coopération doit s’appuyer sur des programmes indicatifs nationaux (PIN) à
la conception et au suivi desquels la société civile a été ou doit être
associée. Une révision de ces PIN est prévue régulièrement et notamment à
mi-parcours.
2. l’Accord traduit une évolution radicale : on passe de la notion de développement durable dans la souveraineté au dogme de la croissance entraînée par le marché. On entérine les déséquilibres des échanges mondiaux. Les règles de la finance et du commerce internationaux sont imposées aux pays ACP : article 41 de l’Accord : obligation de mettre en œuvre l’AGCS ; article 46 : obligation de mettre en œuvre l’ADPIC ; article 67 : respect des plans d’ajustement structurel du FMI. Or, ces dispositions privilégient les intérêts économiques et financiers des pays industrialisés qui font la loi à l’OMC, au FMI et à la BM. Le vrai bilan du « partenariat » des pays ACP avec l’Europe est parfaitement observable : la part des ACP dans les importations européennes est passée de 6,7% en 1976 à 3% en 1998.
3. le découpage arbitraire ou incertain des territoires ACP ne correspond pas nécessairement aux organisations régionales existantes dans les pays ACP.
4.
l’Accord ne remet pas en cause les clauses de sauvegarde et les mécanismes
protectionnistes que se sont octroyés les Européens.
Aux
termes des Articles 4-5-6-7 des Accords, la société civile a clairement une
place à prendre dans la définition des programmes et stratégies de développement
de leur Etat ou région. Mais cela implique une structuration
en réseaux représentatifs de la société civile dans toute sa complexité,
et d’autre part la transparence du
processus de programmation. Cela n’est pas chose gagnée, même si certaines
expériences (Zimbabwé, Bénin) ont démontré que ce processus pouvait connaître
un certain succès.
Une
chose est sure en tout cas : il n’y pas de modèle unique, et chaque pays
doit trouver les ressources et les compétences lui permettant de peser sur la
programmation de sa stratégie de développement.
D. Commerce : quelques échéances
importantes
En
vertu de l’Accord de Cotonou (articles 36 à 38), des négociations
commerciales doivent avoir lieu entre l’UE et les pays ACP. Il s’agit d’élaborer
de nouveaux accords commerciaux compatibles avec les règles de l’OMC qui
remplaceront les dispositions tarifaires préférentielles à partir du 1
janvier 2008. Ces négociations commenceront en septembre 2002 au terme d’une
série de réunions préparatoires au cours desquelles les deux parties, chacune
de leur côté, définiront leur mandat de négociation. Il sera donc très
important de suivre ces réunions préparatoires respectivement du côté UE et
du côté ACP. En voici le calendrier non exhaustif :
-
9-11 avril : Bruxelles : Forum du secteur privé ACP
-
15-16 avril : Conseil des ministres UE : discussion du mandat de négociation
UE avec les ACP
-
23-24 avril : Samoa : Comité ministériel ACP des ministres du
commerce
en
avril : négociations finales au sein des ACP sur le mandat de négociation
ACP
-
en avril ou en mai : réunion du Comité économique et social ACP-UE
-
13 mai : Conseil des ministres UE : discussion du mandat de négociation
UE avec les ACP
-
17-18 mai : Madrid : Sommet UE-Amérique latine
-
28-29 mai : Bruxelles : réunion des ministres des finances et
du commerce ACP
-
30 mai : Bruxelles : Conseil des ministres UE du développement ;
réunion des ministres ACP du commerce ; réunion du comité ministériel
mixte ACP-UE du commerce
-
10-11 : Conseil des ministres UE : discussion du mandat de négociation
UE avec les ACP
-
21-22 juin : Séville : Sommet européen fin de présidence espagnole
-
25-27 juin : République Dominicaine : Conseil des Ministres ACP suivi
de la 27e réunion des Groupes d’intérêts économiques et sociaux
ACP-UE
-
28 juin : Saint-Domingue : Conseil des Ministres ACP-UE
-
1 septembre : Conseil des ministres UE : discussion du mandat de négociation
UE avec les ACP
- 27 septembre : lancement
des négociations ACP-UE.