Chronique hebdomadaire

(Le Journal du Mardi, 1er juin 2004)

 

 

NON A BOLKESTEIN !

 

Revenons sur la proposition Bolkestein, déjà analysée dans un numéro du JdM (n° du 6.04.2003) et dans cette chronique.

 

Rappelons que cette proposition de directive présentée par l’ancien président de l’Internationale libérale a reçu le soutien de tous les commissaires européens, y compris des socialistes Busquin et Lamy.

 

Malgré les éléments qu’elle contient, destructeurs à coup sûr du modèle social européen, cette proposition a reçu le soutien des chefs d’Etat et de gouvernements de l’Union européenne qui ont demandé qu’elle soit examinée « avec la plus grande priorité ».

 

Elle fait actuellement l’objet de discussions en groupes de travail où se retrouvent représentants des gouvernements et représentants de la Commission européenne.

 

Sous la pression de la famille socialiste, la Belgique soulève plusieurs objections de fond : le fait que cette proposition viole les traités européens à la fois sur le principe de subsidiarité et sur les compétences européennes en matière de santé ; le fait que cette proposition ne protège pas les services publics des mécanismes aveugles du marché ; le fait que l’enseignement et la santé ne soient pas explicitement exclus du champ d’application de cette directive ; le fait que le « principe du pays d’origine » légalise les délocalisations et permet de remettre en cause l’essentiel des acquis sociaux. Très bien. Dommage que les socialistes Busquin et Lamy n’aient pas pesé dans le même sens lorsque le collège des Commissaires européens fut amené à adopter la proposition de leur collègue libéral.

 

Car, aujourd’hui, la Belgique est bien seule dans la remise en cause de ces dispositions. Et la position belge, âprement négociée en interne, est défendue mollement par les libéraux qui détiennent tous les postes de la négociation européenne. Et, depuis le 1 mai, la solitude de la Belgique est devenue abyssale avec l’arrivée des huit pays de l’Est reconvertis à l’idéologie de l’Etat minimum et hostiles à toute idée d’Europe sociale.

 

Face à une telle conjoncture, pour tous ceux qui tiennent à une Europe qui se construise certes dans la liberté, mais tout autant dans la solidarité, pour tous ceux qui n’entendent pas que soient détruits les mécanismes opérateurs, régulateurs et redistributeurs susceptibles de mettre en œuvre cette solidarité, pour tous ceux qui constatent la totale déliquescence de la social-démocratie européenne face à la vague néolibérale et sont convaincus qu’ils doivent prendre eux-mêmes en charge la défense de ce qui fut arraché au 19e et au 20e siècle, seule demeure l’action citoyenne.

 

L’action citoyenne, c’est reprendre le patient travail d’information qui conduit à la prise de conscience ; c’est inlassablement dénoncer les doubles langages politiciens qui servent à tromper et à endormir ; c’est user des moyens légaux de la protestation, comme le droit de manifester ou le droit de faire grève ; c’est enfin résister par tous les moyens pacifiques qu’offre la désobéissance civile lorsque l’essentiel est en cause.

 

Pour l’heure, l’agression massive que représente la proposition de directive « sur la libéralisation des services dans le marché intérieur » déposée par Bolkestein, approuvée par la Commission européenne, soutenue par les Chefs d’Etat et de gouvernement appelle à un acte massif de protestation.

Le Front Commun syndical CSC-FGTB, avec le soutien des associations et ONG rassemblées dans le Forum Social de Belgique, appelle à une manifestation samedi 5 juin, gare du Nord à Bruxelles, à 13H30.

 

Il s’agit de dénoncer les conséquences catastrophiques de cette proposition de directive si elle est adoptée. Il s’agit d’exprimer le rejet de cette proposition et du modèle néolibéral de construction européenne dont elle n’est qu’un des reflets. Il s’agit aussi d’interpeller les candidats aux élections européennes en toute lucidité et sans la moindre complaisance : il en est qui annoncent leur présence dans cette manifestation dont la formation politique, au Parlement européen, a soutenu le « principe du pays d’origine » dans une résolution adoptée le 13 février 2003. Il en est qui soutiennent le projet de Constitution européenne qui va consolider, légaliser et pérenniser l’Europe néolibérale. Que feront les élus européens lorsque cette proposition leur sera soumise ? Que feront ces partis qui prétendent défendre l’Europe sociale lorsqu’il s’agira d’adopter une Constitution qui ferme l’avenir pour longtemps à toute possibilité d’Europe sociale ?

 

Soyons très nombreux le 5 juin pour réclamer le retrait de cette proposition de directive et pour exiger des politiques la cohérence entre leurs attitudes et leurs propos en période électorale et leurs comportements en cours de législature.

 

Raoul Marc JENNAR