Document URFIG - Analyse relative à l'Accord de Cotonou

 

 

 LES ACCORDS DE PARTENARIAT ECONOMIQUES REGIONAUX (APER) (suite)

(Dr Raoul Marc JENNAR, 28 juin 2002)

 

 

Les négociations qui vont commencer le 27 septembre entre l’UE et les pays ACP soulèvent un grand nombre de questions au-delà des préoccupations exprimées dans la note précédente.

L’Union européenne vient d’arrêter le mandat de ses négociateurs. D’emblée, elle décrète que les APER constituent la « réponse globale » aux besoins des pays ACP. La lecture de ce mandat  confirme ce qu’on avait déjà constaté : l’objectif prioritaire de l’UE n’est pas de faciliter le commerce des biens en vue d’aider les économies des pays ACP à se développer. La volonté européenne consiste à contraindre les pays ACP à se plier aux règles de l’OMC avec tout ce qu’elles contiennent de profitable aux pays industrialisés et de préjudiciable pour les pays en développement (le dossier agricole, si important pour les pays ACP, offre l’exemple le plus spectaculaire de l’unilatéralisme européo-américain). Lire le mandat européen équivaut à énumérer les intitulés des accords de l’OMC : commerce des services, normes et mesures sanitaires et phytosanitaires, marchés publics, investissement, concurrence, droits de propriété intellectuelle … alors que les pays ACP observent dans le quotidien à quel point les règles de l’OMC ne contribuent pas aux améliorations promises. Il convient dès lors de soumettre à un examen critique les avantages invoqués par l’UE dont bénéficieraient les pays ACP suite à la création des APER. Passons en revue les cinq avantages principaux présentés par les Européens pour justifier ces APER.

1.     Les bénéfices d’une économie d’échelle. Ils ne peuvent être réalisés qu’à la condition que les pays ACP surmontent un certain nombre de contraintes (fourniture d’eau et d’électricité ; infrastructures routières et ferroviaires ; cadres institutionnels ; faible productivité consécutive aux insuffisances en matière d’éducation, de santé et de logement). Prendre en compte ces contraintes est une condition incontournable si on prétend transformer les économies ACP et si on veut qu’elles profitent effectivement des économies d’échelle que permet une production accrue pour un marché élargi. On chercherait en vain des programmes européens de développement mettant en oeuvre une approche systématique, cohérente et intégrée de ces contraintes.

2.     La spécialisation des productions ACP. La question se pose de savoir dans quels secteurs les pays seront encouragés à se spécialiser. Alors que la tendance actuelle est à la diversification, permettra-t-on que les pays ACP se spécialisent dans des secteurs où la demande est en plus forte croissance et où les prix sont plus stables que dans ceux où se pratique actuellement la monoculture ?

3.     L’augmentation des investissements. Les APER vont-ils effectivement favoriser les investissements dans les pays ACP ou vont-ils simplement participer à la mise en place d’un ensemble de zones de libre-échange initiées par l’UE dont elle jouera en quelque sorte le rôle de « hub » permettant aux investisseurs – européens – de combiner les avantages fiscaux de ce réseau de zones de libre-échange, sans que les APER des pays ACP aient la garantie d’être la destination exclusive,  ni même principale de ces investisseurs ?

4.     L’augmentation des échanges régionaux. L’UE souligne que les APER vont contribuer à l’abaissement des barrières tarifaires entre pays ACP associés dans un même APER, puisque toute préférence commerciale dont jouirait un pays sera automatiquement étendue à tous les pays de l’APER dont fera partie ce pays. Mais, comme le soulignent des représentants des pays ACP, cet avantage peut être atteint par des accords volontaires entre pays ACP sans devoir se soumettre à un APER avec l’UE.

5.     L’augmentation du commerce avec l’Europe. S’il est manifeste que les APER vont favoriser les exportations européennes vers les pays ACP, les produits européens n’étant plus soumis à des barrières tarifaires et étant plus compétitifs que les produits ACP équivalents, rien n’indique que les APER vont favoriser une augmentation des exportations des pays ACP vers le marché européen.

Sans réponse précise à ces questions qui devraient être soulevées lors des négociations, la crainte est justifiée de voir les APER bénéficier en premier lieu aux firmes européennes et contribuer fort peu au développement structurel et à la transformation des économies des pays ACP.

 

Dr Raoul Marc JENNAR

Chercheur auprès d’Oxfam Solidarité et de l’URFIG

28 juin 2002