Document soutenu par l'URFIG relatif à l'UE
APPEL
AUX CHEFS D'ETAT ET DE GOUVERNEMENT REUNIS A LAEKEN A L'OCCASION DE LA
PRESIDENCE BELGE DE L'UNION EUROPEENE
Nous
voulons des actes et pas des belles paroles !
Actives
dans divers secteurs (Environnement, Paix, Aide aux Réfugiés et Solidarité
Nord-Sud), nos associations partagent un souci commun : celui d’une Europe
fondée sur un développement durable et équitable,
tant à l’intérieur de l’Union qu’à l’extérieur,
Or,
nous constatons que jamais comme en ce début de 21e siècle, le fossé
entre le Nord et le Sud n’est apparu aussi large : la richesse du premier
est encore basée sur l’exploitation des peuples du Sud - des femmes en
particulier-
et
de leurs richesses naturelles. Nous constatons notamment le démantèlement
progressif de politiques qui ont caractérisé le 20E siècle – indépendances
nationales, efforts de redistribution de la richesse produite par des mécanismes
de protection sociale et par la création de services publics, normes
internationales consacrant les droits fondamentaux dans les domaines politiques,
économiques, sociaux et culturels. Même les réglementations émergentes sur
l'environnement risquent d'être minées par l'affaiblissement du rôle des
pouvoirs publics au profit d'une autorégulation inefficace. Il y a un fossé énorme
entre le Nord et le Sud, entre les riches et les pauvres, entre la position des
femmes et des hommes, … .
C’est
une nouvelle fois l’inégalité qui marque le siècle qui commence.
Le
projet européen a été dévoyé: l’adhésion des citoyens du vieux continent
à un ensemble européen pacifié, développant un modèle basé sur ce que les
Européens ont produit de meilleur dans l’histoire de l’humanité, ne peut
être détournée au profit d’un modèle de plus en plus basé sur des valeurs
individualistes et égoïstes. Tout en dissimulant ses intentions derrière un
discours humaniste et généreux, l’Europe se construit trop comme une
puissance soucieuse d’abord de
satisfaire les intérêts de ses entreprises privées qui dictent leur loi aux
gouvernements comme aux institutions européennes. Les 15 gouvernements membres
de l’Union sont coupables de cette dérive. Le
temps est venu de redéfinir un projet européen qui concrétise la primauté
de l’intérêt général sur les intérêts privés..
Réorienter
une évolution inacceptable signifie tout d’abord penser
autrement les relations Nord-Sud. Ce qui signifie avant tout une
politique cohérente qui place la lutte contre l'injustice et la pauvreté comme
point de référence. Chaque individu, homme ou femme, a droit au développement.
Il faut en priorité susciter les mécanismes qui assurent une redistribution
des immenses richesses produites dans le monde entre le Nord et le Sud, les
riches et les pauvres, les hommes et les femmes. Nous luttons pour :
l’annulation de dettes, d’ailleurs déjà largement remboursées,
l’instauration d’une fiscalité internationale intégrant une taxation de
type « Tobin », la construction d’un commerce équitable,
l’augmentation quantitative et qualitative de l’aide au développement. Mais
ces mesures indispensables doivent s’accompagner d’une réelle promotion des
droits économiques, sociaux et culturels des hommes et des femmes de façon à
assurer leur primauté sur les intérêts privés, commerciaux et financiers. Et
l’Europe se doit de promouvoir une nouvelle architecture d’institutions
internationales transparentes et démocratiques qui concrétisent et
garantissent cette primauté.
Une
politique européenne cohérente avec les principes du développement durable
implique une prise en compte accrue de la capacité de charge des écosystèmes
et des conditions sociales. Une amélioration du bien-être peut être atteinte
avec quatre à dix fois moins de ponctions sur le milieu naturel et ceci au
niveau mondial. L’Union européenne doit non seulement diminuer sa pression
sur les ressources naturelles à l’intérieur de ses frontières mais aussi
faire baisser sa pression écologique sur le reste du monde. En outre, elle
doit soutenir un transfert de technologies propres vers le Sud. En conformité
avec la stratégie européenne pour un développement durable adoptée à Göteborg,
toutes les propositions politiques européennes doivent être soumises à des évaluations
de leurs effets en matière de développement durable au niveau des conséquences
tant sociales qu’environnementales. La proposition de la Commission européenne
d’internaliser les coûts sociétaux (dus à la pollution et aux problèmes de
santé) mérite d’être reprise. Ainsi, il est urgent de travailler à
l’introduction d’une taxe sur le CO² et l'énergie. L’Europe doit, enfin,
s'efforcer d'assurer la mise en œuvre des accords multilatéraux sur
l’environnement et défendre leur primauté sur les règles du commerce.
L’Europe
doit rester conséquente avec elle-même. Elle se présente comme le champion
des droits humains face au reste du monde. Mais elle détourne son regard quand
il s’agit de l’accueil des réfugiés sur son propre sol. La politique européenne d’asile qui s’échafaude
actuellement menace de devenir une politique d’exclusion. Une politique
d’asile digne de ce nom doit non seulement confirmer la Convention de Genève
de 1951 sur les réfugiés mais elle doit aussi l’adapter dans la pratique.
Des déclarations ronflantes ne suffisent plus. A côté d’une définition
correcte du réfugié, la politique d’asile européenne doit se porter garante
d’une procédure efficace qui permette d’offrir protection à ceux qui en
ont besoin et d’un système d’accueil qui garantisse une existence digne aux
réfugiés. La politique adoptée doit répondre de manière adéquate aux
besoins spécifiques des femmes réfugiées. L’Europe doit résolument sortir
d’une politique restrictive qui vise avant tout à limiter l’accès à son
territoire. La protection des réfugiés n’est pas une faveur mais un devoir.
Les
bombardements sur l’Afghanistan montrent une nouvelle fois que nos
responsables politiques considèrent les
problèmes de sécurité prioritairement sous l’angle militaire. Au
sein de l’Union européenne, un intérêt soutenu et des moyens sont apportés
au développement d’une force d’intervention militaire et à l’unification
de l’industrie de l’armement au détriment de la mise en œuvre d’une
politique de prévention. La sécurité n’est pas une affaire de militaires.
Une politique de sécurité doit agir sur les racines de la violence que sont
notamment la pauvreté, les atteintes à l’environnement, le pillage économique,
le poids de l’endettement … C’est pour ces questions que des moyens
doivent être libérés d’urgence. En outre, la politique de sécurité de
l’Union renforcera sa crédibilité par une condamnation sans appel du viol
comme arme de guerre, par l’élimination du commerce des armes vers les régions
en conflit, l’imposition du code de conduite européen et la proclamation
d’une interdiction des bombes à fragmentation et des armes à l’uranium
appauvri.
Entre
les citoyens et leurs représentants politiques, un fossé s'élargit. Le
déficit démocratique est patent. La légitimité née des procédures
électorales doit être renforcée et complétée en
donnant plus de poids aux parlements dans la formulation de la politique européenne
et par des mécanismes qui assurent la transparence des décisions et la
participation des
hommes et femmes de toutes les couches de la société.
Le contrôle par ces dernier(e)s ne peut être confisqué par des minorités
d'acteurs politiques, bureaucratiques ou économiques, s'appuyant notamment sur
des armées de lobbyistes qui en viennent à se substituer aux citoyens dans la
détermination des grandes orientations de l'Europe.
L'Europe
pour cela a besoin de structures et de procédures démocratiques. Les citoyens
ont le droit de prendre connaissance des propositions politiques, et de leur
justification, dès le lancement des processus de décision. A contrario, il ne
peut être question d'interdire l'accès à des catégories entières de
documents, comme c'est le cas dans la politique européenne extérieure et de défense.
Les organisations de citoyens doivent avoir accès à la Cour de Justice européenne
en cas d'infraction aux directives européennes, ou en cas de mise en œuvre
tardive ou incomplète de celles-ci.
Et
enfin nous rejetons une politique anti-terroriste lancée après le 11 septembre
qui porterait atteinte aux droits fondamentaux des citoyens.
Avec
leurs consœurs d'Espagne dont le pays va assurer la Présidence de l'Union à
partir du premier janvier, les organisations belges souhaitent poursuivre les
multiples travaux engagés et la défense des propositions avancées pendant
cette Présidence belge
Bruxelles,
le 8 décembre 2001.