Document soutenu par l'URFIG relatif à l'OMC
Déclaration
de Martin Khor,
directeur
de Third World Network,
sur
le système commercial multilatéral
Communication présentée lors de la réunion des Ministres chargés du Commerce et de l’Economie
du Groupe des 15, Jakarta, le 27 mai 2001
1.
LE SYSTEME COMMERCIAL MULTILATERAL EST A UN CARREFOUR
Le système commercial multilatéral, et l’OMC, se trouvent à un carrefour. Les décisions prises cette année à l’OMC à l’approche de Doha et à Doha même, auront un effet considérable sur la direction que prendra le système commercial.
La plus importante des décisions est de savoir
si pendant les prochaines années, les membres de l’OMC feront de leur mieux
pour corriger les problèmes et les déséquilibres causés par les règles et
par le système ou si la proposition d’un « nouveau cycle global »
sera acceptée. Dans ce dernier cas
de figure, un plus grand nombre de matières seront ajoutées à l’OMC, des
matières qui déformeront le système commercial et qui accroîtront encore
plus les inégalités actuelles.
Cinq à six ans se sont écoulés depuis la création
de l’OMC. Il est temps d’évaluer
les résultats du cycle de l’Uruguay et de réexaminer la forme future que
prendront les échanges commerciaux. L’ancien
système du GATT régissait le commerce des marchandises. Il y avait alors des déséquilibres
même au sein du système ; des déséquilibres provenant du fait que des
secteurs d’exportation d’intérêt pour les pays en développement ont bénéficié
d’une haute protection, particulièrement en matière d’agriculture et de
textiles. En fait, les pays en développement
avaient accepté de subventionner les pays développés qui avaient demandé du
temps pour s’adapter aux conditions requises.
En ce qui concerne les bénéfices du cycle de
l’Uruguay, la première attente des pays en développement était que ces deux
secteurs, au moins, soient ouverts à leurs produits.
Pourtant, six ans après la fin du cycle, ces secteurs restent fermés.
Pour ce qui est de l’agriculture, les tarifs
établis sur un grand nombre de produits agricoles qui intéressent les pays en
développement sont prohibitifs (pour certains d’entre eux, cela équivaut à
une augmentation de 200 à plus de 300 pour cent). Les subventions internes des
pays de l’OCDE ont augmenté de US$ 275 milliards (moyenne annuelle pour la période
de base 1986-88) à US$ 326 milliards en 1999 (selon les données de l’OCDE)
au lieu de diminuer comme prévu. En
effet, la hausse des subventions autorisées a plus que compensé la baisse du
nombre de catégories de subventions énumérées dans l’Accord sur
l’Agriculture.
En matière de textile, seul un nombre réduit
de produits exportés par les pays en développement a été retiré de la liste
des contingents, même si près de la moitié de la période de mise en œuvre
s’est écoulée. Selon le Bureau International des Textiles et des Vêtements,
en juin 2000, l’élimination de contingents a été minime (13 des 750 par les
Etats-Unis ; 14 des 219 par l’UE ; 29 des 295 par le Canada), semant
des doutes quant à la réelle élimination, totale ou maximale, des contingents
d’ici 2005.
Les pays développés n’ont pas tenu leurs
engagements de libéralisation. Pourtant, ils continuent à clamer qu’une libéralisation
rapide des importations et des investissements par les pays en développement
serait incontestablement bénéfique. On demande aux pays en développement de
subir avec patience les maux d’une adaptation rapide qui leur sera
indiscutablement bénéfique après quelques années. Les pays développés, les
mêmes qui soutiennent cette politique, demandent un délai plus long en matière
d’agriculture et de textiles, deux domaines protégés depuis de longues décennies.
La mise en œuvre de leurs obligations sous le
régime des Accords de l’OMC a submergé les pays en développement sous de
lourds problèmes. Ces problèmes incluent l’interdiction d’utiliser des
mesures en faveur des investissements et des subventions, ce qui entrave tout
effort pour encourager l’industrie locale ; la libéralisation des
importations dans les domaines de l’agriculture, menaçant la viabilité et le
moyen d’existence des petits paysans dont les produits font face à la
concurrence des aliments importés à prix réduits – pour beaucoup d’entre
eux, les prix ont été baissés artificiellement grâce à des subventions
massives ; les effets d’un régime de droits élevés de propriété
intellectuelle qui ont eu pour conséquence la mise sur le marché de médicaments
et autres produits essentiels à des prix exorbitants ; le brevetage de
produits biologiques originaires des pays du Sud par certaines entreprises du
Nord et les prix élevés des nouvelles technologies ainsi que leur accès
réduit pour les pays en développement. Ces problèmes soulèvent une question
fondamentale : les pays en développement pourront-ils, dès à présent,
ou dans le futur, continuer à mettre en place leurs stratégies de développement
(y inclus l’industrialisation, la modernisation des technologies, le développement
des industries locales, la sécurité alimentaire et le maintien des fermes
locales et de l’agriculture), et répondre à leurs besoins en matière de
santé et de médicaments.
Ces problèmes sont dus aux inégalités
structurelles et à la faiblesse des Accords de l’OMC.
Il est urgent aujourd’hui de rétablir l’équilibre et de trouver des
solutions aux problèmes existants. L’OMC
n’a sûrement pas été créée avec l’intention de nuire à la majorité de
ses membres ou de freiner leur possibilité de développement. Les pays en développement
ont soumis leurs problèmes de mise en œuvre et leurs propositions pour améliorer
l’OMC. Le résumé de ces propositions est présenté au paragraphe 21 et 22
de l’avant-projet du texte ministériel de Seattle du 19 octobre 1999. Ces
demandes ont été répétées maintes fois lors des sessions spéciales du
Conseil Général de l’OMC sur la mise en œuvre et lors de divers comités et
autres conseils. Malheureusement, les pays industrialisés n’ont apporté,
jusqu’à présent, aucune réponse positive. Par leur attitude, ils semblent
dire que les engagements choisis par les pays en développement ont une force
obligatoire et que ces pays sont donc tenus de les respecter, même si cela
s’avère douloureux. Toute
modification requiert de nouvelles concessions de leur part.
Cette attitude n’est pas de bon augure pour l’OMC.
Elle implique que l’état de déséquilibre actuel ne peut que perdurer
et que si les pays en développement « paient le double » ou
qu’ils « paient le triple ou quadruple », les déséquilibres
s’empireront et le fardeau sera insupportable.
Les propositions de lancer un nouveau cycle
global à Doha, si elles sont acceptées, équivaudront à faire payer deux,
trois, voire quatre fois les pays en développement.
Il y a, au cœur du nouveau cycle, l’intention d’introduire des négociations
portant sur de nouveaux accords en matières d’investissement, de concurrence
et de transparence des marchés publics. On
y trouve également une proposition pour un nouveau cycle de réduction des
tarifs industriels pour tous les pays ainsi que des discussions futures ou même
des négociations sur les normes en matière de travail et d’environnement.
Les défenseurs du nouveau cycle proclament que
celui-ci sera particulièrement bénéfique aux pays en développement. Rien ne peut être plus éloigné de la vérité.
L’argument qui est donné aux pays en développement est que leurs
demandes, concernant les problèmes de mise en œuvre et d’élargissement de
l’ouverture des marchés du Nord pour les produits agricoles et les textiles,
seront considérés lors de ce nouveau cycle, ce qui équivaut à dire que les
pays en développement doivent accepter l’introduction de nouvelles matières
au sein de l’OMC. Pourtant, de
nouveaux accords et de nouvelles obligations dans ces nouveaux domaines seraient
extrêmement nuisibles aux pays en développement.
En effet, un plus grand nombre de leurs choix de développement serait éliminé.
En même temps (d’après le parcours très médiocre des pays du Nord
en la matière qui montre que ces pays n’ont pas su tenir leurs engagements)
il n’y a aucune garantie que les problèmes de mise en œuvre seront
effectivement résolus ou qu’il y aura réellement un accès substantiellement
élargi aux marchés du Nord en matière d’agriculture, de textiles ou
d’autres secteurs.
2.
POURQUOI L’INTRODUCTION DES NOUVELLES MATIERES PROPOSEES A L’OMC EST
INAPPROPRIEE
Les propositions d’introduire de nouvelles
matières (investissement, concurrence, marchés publics) par le biais d’un
Nouveau Cycle sont inappropriées pour les raisons suivantes :
(a)
L’OMC est une organisation commerciale multilatérale dont les prérogatives
sont d’élaborer et de faire respecter des règles.
Elle devrait s’en tenir à son mandat et traiter seulement les
questions commerciales.
(b)
Les principes (tels que la transparence et le traitement national) et les
opérations créées pour un régime qui traite des questions COMMERCIALES ne
sont pas adaptées aux questions non-commerciales.
(c)
Les pays développés veulent introduire des questions non-commerciales
au sein de l’OMC pour renforcer ce système (c’est-à-dire la capacité
d’utiliser l’Organe de Règlement des Différends de l’OMC contre certains
pays et d’imposer des sanctions commerciales) et non pas pour renforcer le
système commercial.
(d)
Ainsi, de nombreuses et nouvelles questions non-traditionnelles, qui ne
sont pas du domaine commercial, sont proposées, en particulier lors des conférences
ministérielles telles celle de Doha en novembre 2001. Ces nouvelles questions
incluent l’investissement, la concurrence, les marchés publics, le travail et
l’environnement.
(e)
Si de telles questions sont introduites à l’OMC et si les principes de
l`OMC, tels qu’ils sont interprétés par les pays développés, leur sont
appliqués, les pays en développement seront fortement désavantagés.
Ils perdront une grande partie de leur souveraineté économique ainsi
que de leur capacité à élaborer des politiques nationales qui leur sont
propres dans les domaines économiques, sociaux et politiques.
(f)
Lors du Cycle de l’Uruguay, les pays développés avaient déjà
introduit de nouvelles matières : propriété intellectuelle, services,
mesures portant sur l’investissement. Les
accords qui s’ensuivirent (APDIC, AGCS, Accord sur les MIC) sont déjà une
source sérieuse de problèmes, entraînant les « questions de mise en œuvre ».
Professeur Jagdish Bhagwati, le doyen des économistes en faveur du
libre-échange et conseiller auprès d’Arthur Dunkel, Directeur général du
GATT lors du cycle de l’Uruguay, a récemment publié dans le Financial
Times un article dans lequel il affirme que l’introduction de la propriété
intellectuelle à l’OMC a été une grande erreur, car elle n’est pas une
question commerciale. L’introduction de cette matière au sein de l’OMC a eu
pour effet de déformer le système commercial, contre les intérêts des pays
en développement.
(g)
L’objectif des pays développés est de permettre à leurs grandes
entreprises d’accéder librement aux marchés des pays en développement.
Les gouvernements des pays du Sud perdent leur capacité de réglementer
l’entrée et les opérations des compagnies étrangères et de favoriser les
entreprises locales en terme de politiques et de contrats.
Tel est l’objectif des questions portant sur l’investissement, la
concurrence et les marchés publics. En
outre, les questions concernant les normes de travail et d’environnement
pourraient fournir de nouvelles bases qui soutiendraient de nouvelles formes de
protectionnisme contre les produits et les entreprises des pays en développement.
L’introduction de ces nouvelles matières est l’essence même de ce
que les pays développés entendent par le lancement d’un « nouveau
cycle global ». Pour ces
pays, ce sont ces nouvelles matières qui définissent le terme ‘nouveau’.
Ils essayent de donner l’impression que sans ces nouvelles matières,
l’OMC perdrait son dynamisme ce qui est pourtant loin d’être le cas puisque
son ordre du jour est déjà bien rempli dans l’état actuel des choses.
3.
MEME
SANS NOUVELLES MATIERES, L’ORDRE DU JOUR DE L’OMC EST DEJA COMPLET
En réalité, l’ordre du jour de l’OMC est
déjà complet pour de longues années à venir.
Les matières programmées incluent déjà :
(a)
Les problèmes de mise en œuvre des accords actuels.
Les pays en développement ont insisté sur ce sujet pour rectifier les
inégalités actuelles faute de quoi, l’OMC ne leur apportera aucun bénéfice.
Ces problèmes continuent et continueront pendant de longues années à
susciter des discussions.
(b)
Le « programme incorporé » portant sur les négociations en
matière d’agriculture et des services. Ce
sont de grands thèmes qui occuperont l’attention des négociateurs pendant
plusieurs années.
(c)
Le réexamen prescrit des accords tels que l’APDIC (Accord sur les
Droits de Propriété Intellectuelle en rapport avec le Commerce) et l’Accord
sur les MIC (Mesures sur les Investissements en rapport avec le Commerce).
(d)
Les discussions des groupes de travail (y inclus l’investissement, la
concurrence, les marchés publics) et des comités (tels que le commerce et
l’environnement).
(e)
Le travail normal de l’OMC et de ses comités, ses révisions en matière
de commerce, et les affaires portées devant l’organe de règlement des différends.
4.
LES
RAISONS POUR LESQUELLES IL NE DEVRAIT PAS Y AVOIR DE « NOUVEAU CYCLE
GLOBAL » OU POURQUOI LA PROCHAINE ETAPE DES NEGOCIATIONS A L’OMC NE
DEVRAIT PAS INCLURE DE « NOUVELLES MATIERES »
Les nouvelles matières ne devraient pas être
mises à l’ordre du jour de la prochaine étape des discussions et des négociations
de l’OMC, et ceci pour les années à venir. La conférence ministérielle de
Doha ne devrait donc pas lancer un nouveau cycle avec de nouvelles matières
parce que :
(a)
L’introduction de nouvelles matières à l’OMC ne servira qu’à
distraire l’OMC de sa tâche principale relative au commerce et aux autres
matières de sa compétence mentionnées ci-dessus. Les pays en développement
n’ont ni les ressources humaines ni les ressources financières leur
permettant d’affronter et des négociations sur de nouvelles matières et les
autres matières à l’ordre du jour.
(b)
Les nouvelles matières ne sont pas des matières commerciales. Il
n’appartient pas à l’OMC de les traiter. Si ces matières doivent être
discutées au niveau international, des espaces plus adaptés devraient être
trouvés. Si elles sont malgré tout introduites à l’OMC, elles déformeront
le système commercial multilatéral, au dépend des échanges mondiaux. Les
pays industrialisés ne devraient donc pas essayer d’introduire ces nouvelles
matières pour leurs propres intérêts égoïstes et bornés (c’est-à-dire,
pour pouvoir tirer avantage des pays en développement et pour que ces avantages
soient renforcés à travers le Mécanisme de Règlement des Différends de
l’OMC). En cherchant à introduire de nouvelles matières, les pays
industrialisés déstabilisent le système commercial multilatéral.
(c)
Si ces nouvelles matières sont effectivement introduites à l’OMC, les
pays en développement seront sérieusement désavantagés et leurs choix en
terme de politiques économiques, sociales et de développement seront diminués
de façon conséquente. Ils
seraient alors largement incapables d’adopter des mesures visant à améliorer
les conditions et les perspectives des compagnies locales ou de gérer les
nombreux aspects de leurs politiques macro-économiques, financières ou de développement
ou leurs politiques en matières de marchés publics.
(d)
L’OMC doit se concentrer uniquement sur les questions commerciales.
Celles-ci ont une place légitime dans un système multilatéral de règles
commerciales. Ces règles et le système doivent être principalement conçus ou
révisés pour bénéficier aux pays en développement qui ensemble forment la
majorité des membres de l’OMC. Il doit être clair que toute nouvelle matière
introduite à l’OMC lors de Doha et des prochaines conférences ministérielles
doit satisfaire des critères rigoureux pour y être acceptée. Ces critères
sont les suivants :
Ce doit être une matière
commerciale appropriée pour le système multilatéral de règles commerciales.
L’OMC est l’espace le plus
adapté et il doit être certain qu’aucun autre lieu ne le serait davantage.
La matière doit être
suffisamment « mûre », c’est-à-dire que les membres ont une
compréhension effective de la matière même et de sa relation avec l’OMC et
avec leurs intérêts.
Si elle est introduite à
l’OMC, son interprétation devra clairement refléter l’intérêt des pays
en développement qui forment la majorité des membres.
Il faut un consensus de tous
les membres sur l’introduction et la méthode par laquelle la matière sera
introduite à l’OMC. Ce doit être le résultat d’un consensus réel basé
sur une compréhension approfondie de tous les membres en droit de participer
pleinement au processus de prise de décision à Genève et à la conférence
ministérielle.
Ce qui suit est une brève analyse et une
proposition de positions qui pourraient être adoptées par les pays en développement
en matière d’investissement, de concurrence et de marchés publics.
5.
INVESTISSEMENT
Les principaux défenseurs d’un accord sur
l’investissement voudraient des règles internationales de caractère
obligatoire qui permettraient aux investisseurs étrangers d’avoir la liberté
et le droit d’accéder à des marchés dans d’autres pays sans condition et
sans réglementation, d’opérer dans ces pays d’accueil sans la plupart des
conditions actuelles et de se voir accorder le « traitement national »
et le statut de la NPF (alignement sur la nation la plus favorisée). Les
conditions de performance et les restrictions sur les mouvements de fonds
seraient interdites. Il y aurait également des normes strictes de protection en
faveur des droits des investisseurs, en relation avec « l’expropriation »
de la propriété (une définition large pourrait être donnée à
l’expropriation ; l’expérience de l’ALENA vaut la peine d’être
notée).
Dû à l’impopularité de ce modèle extrême,
ses défenseurs principaux offrent maintenant des versions diluées telles que
l’approche AGCS (Accord Général sur le Commerce des Services : il
s’agit d’une approche au gré de négociations successives, programmées
d’emblée) ; une approche multilatérale ; un accord multilatéral
limité à la transparence dans une première phase et une approche-relais
(continuer les discussions sur deux ans qui mèneraient automatiquement à des négociations
en vue d’un accord). L’objectif de ces approches par étapes est de
convaincre les membres d’accepter un concept qui inclut les règles
d’investissement dans le mandat de l’OMC pour qu’ils acceptent par la
suite un accord qui ne serait, en apparence, pas si nuisible et dans lequel il y
aurait un espace ouvert leur donnant la possibilité de faire de nombreux choix.
Les défenseurs principaux du modèle extrême pourront alors faire pression sur
les membres de l’OMC pour qu’ils libéralisent de plus en plus leurs divers
secteurs et la portée de leurs politiques.
Il est vrai que ces approches diluées sont
uniquement de légers changements de tactique. Ce ne sont pas des objectifs en
soi. Une fois obtenu un accord préliminaire à portée limitée et entraînant
peu d’engagements, pression sera faite lors des cycles de négociations
successifs pour élargir la portée de l’accord et approfondir les
engagements.
Un accord international sur les règles
d’investissement de ce genre à pour objectif final de maximiser les droits
des investisseurs étrangers et, en même temps, de minimiser l’autorité, les
droits et l’espace des gouvernements et pays en développement pour élaborer
des politiques. Les conséquences en terme d’élaboration de politiques dans
les domaines économiques, sociaux et politiques seraient lourdes, entraînant
des effets sur la capacité de planifier en terme de participation et
d’appropriation, d’équilibre des actions ordinaires entre les compagnies étrangères
et les compagnies locales et entre les communautés locales, sur la possibilité
de renforcer les capacités des entreprises et des entrepreneurs locaux, entre
autre. Elles affaibliront également le pouvoir de négociation des
gouvernements vis-à-vis des investisseurs étrangers (y inclus les
investisseurs de portefeuilles financiers) et des créditeurs.
Position proposée : La position qui
pourrait être adoptée par les pays en développement avant et lors de Doha est
la suivante :
(a)
L’investissement n’est pas une matière commerciale. L’introduire
au sein de l’OMC serait une aberration qui pourrait provoquer une déformation
du système commercial. Le bien-fondé d’appliquer à l’investissement les
principes de l’OMC (y inclus le traitement de la NPF et le traitement
national) qui sont normalement applicables au commerce des marchandises n’a
pas été éclairci, pas plus que le fait que les pays en développement en
tireraient des bénéfices s’ils étaient appliqués. Traditionnellement, les
pays en développement ont joui de la liberté et du droit de réglementer
l’entrée et les conditions d’établissement et d’opération des
investisseurs étrangers. Restreindre
ces droits pourrait avoir des répercussions adverses.
(b)
Les discussions au sein des groupes de travail sur le commerce et
l’investissement ont été incomplètes et pas concluantes. Il n’y a eu ni
discussion, ni compréhension approfondie des conséquences diverses sur le développement
qu’entraînerait un accord en matière d’investissement,.
(c)
Aucune décision ne peut donc être prise maintenant ou lors de la conférence
ministérielle de Doha d’entamer une négociation sur un accord ou sur des règles
en matière d’investissement. Il est également inacceptable d’entamer des négociations
sur un accord plurilatéral ou sur un accord qui porterait uniquement sur la
transparence.
6.
LES MARCHES PUBLICS
Lors de la conférence ministérielle de
l’OMC à Singapour (1996), il a été accepté « d’établir un groupe
de travail pour diriger une étude sur la transparence dans le domaine des
pratiques en matière de marchés publics, prenant en considération les
politiques nationales. Basés sur cette étude, des éléments seraient développés
pour être inclus dans un accord adapté. » La décision ne précise pas
que l’objectif final est d’aboutir à un accord.
Elle engage seulement les membres du groupe de travail à étudier le
sujet de la transparence et, sur la base de cette étude, de développer des éléments
qui seraient inclus dans un accord adapté.
Il est donc possible de limiter la progression vers un accord et de défendre
le concept d’un accord adapté, s’il a raison d’être.
Bien que l’étude au sein du groupe de
travail et l’accord éventuel, ne soient envisagés seulement que pour aborder
le sujet de la transparence (et non pas les pratiques), les grandes puissances
qui soutiennent cette question avaient clairement exprimé leur objectif final,
c’est-à-dire d’intégrer entièrement l’énorme secteur mondial des marchés
publics au sein du système et des règles de l’OMC. Actuellement, les membres
de l’OMC ont le droit d’exempter les marchés publics des règles de l’OMC
relatives à l’accès aux marchés, à l’exception des ceux qui se sont
engagés dans l’accord plurilatéral de l’OMC sur les marchés publics.
Presque tous les pays en développement se sont opposés à l’idée d’intégrer
entièrement les marchés publics au sein de l’OMC. De ce fait, les grandes
puissances ont conçu un processus en deux étapes : premièrement,
convaincre tous les membres de conclure un accord sur la transparence et, en
second lieu, élargir l’étendue de la transparence à d’autres secteurs
(par exemple, la procédure régulière). Cette dernière étape leur
permettrait d’élargir la portée d’un accord sur la transparence aux
domaines finaux de l’accès aux marchés, du traitement de la NPF et du
traitement national pour les entreprises étrangères. C’est un objectif
clairement exprimé dans les documents des grandes puissances.
Si les marchés publics sont éventuellement
intégrés à l’OMC (ce qui est l’objectif clairement exprimé des grandes
puissances développées), les gouvernements ne pourront plus accorder un
traitement préférentiel aux entreprises locales pour que celles-ci fournissent
des marchandises et des services ou qu’elles obtiennent des avantages pour des
projets. Les conséquences pour les pays en développement seront extrêmement
lourdes.
Les marchés publics ont un rôle économique,
social et même politique très important pour les pays en développement :
Le montant des dépenses et les
tentatives de les gérer de manière à ce qu’elles soient utilisées pour
l’achat de matériaux produits localement est un instrument macro-économique
extrêmement important pour contrer une baisse économique, particulièrement
pendant des périodes de récession.
Il peut y avoir des politiques
nationales préférentielles pour les entreprises, fournisseurs et entrepreneurs
locaux visant à relancer l’économie nationale et la participation des locaux
dans le développement économique et aux bénéfices.
Il peut y avoir des spécifications
pour que certains groupes ou communautés, particulièrement des groupes ou
communautés sous-représentés en terme de rang économique, puissent obtenir
un traitement préférentiel.
En terme de marchés publics ou
de concessions pour lesquels des entreprises étrangères sont invitées à répondre
aux appels d’offre, les entreprises de pays particuliers (par exemple,
d’autres pays en développement ou des pays avec lesquels il y a une relation
commerciale ou politique spéciale) pourraient être avantagés.
Si les marchés publics sont ouverts par le
biais du traitement national ou du principe de la NPF, la capacité d’un
gouvernement à utiliser les marchés publics en tant qu’instrument de développement
sera sévèrement restreinte. Par
exemple :
Une augmentation de la part de
marché des entreprises étrangères produira une « fuite ».
En effet, les tentatives des gouvernements visant à relancer leur économie
en augmentant les dépenses pendant une période de récession seront freinées.
La capacité d’assister des
compagnies locales et certains groupes socio-économiques ou communautés
ethniques serait sérieusement restreinte.
La capacité d’accorder un
traitement préférentiel à certains pays étrangers serait également
restreinte.
Position proposée : au vu de
l’information présentée ci-dessus concernant la stratégie des grandes
puissances, une position reflétant la situation stratégique globale devrait être
adoptée à la place d’une position qui se concentre uniquement et plus étroitement
sur des modalités techniques et légales.
Les discussions sur la « transparence »
et sur un « accord sur la transparence » devraient être considérées
sous l’angle de l’objectif stratégique des grandes puissances visant à
entraîner les pays en développement à accepter l’objectif réel des pays
industrialisés, c’est-à-dire celui de l’accès aux marchés et de l’intégration
entière des pratiques dans le domaine des marchés publics. Un accord sur la
transparence serait donc le début d’une pente glissante qui mènerait, dans
les années à venir, à un accord portant essentiellement sur l’accès aux
marchés.
La position suivante devrait être adoptée :
(a)
Nous devons comprendre et apprécier l’intérêt, le degré de
conformité et les implications d’un accord sur la transparence, même si ce
dernier se limite uniquement à la transparence, et plus particulièrement les
conséquences qu’il aurait sur le développement social, économique et
politique.
(b)
Nous sommes extrêmement inquiets du fait que l’introduction de ce
sujet, même dans l’aspect limité de la transparence, pourrait, petit à
petit, aboutir à des questions d’accès aux marchés.
Nos préoccupations à ce sujet doivent être entièrement apaisées pour
que le sujet de la transparence puisse être discuté. Comment ces inquiétudes
seront-elles apaisées ?
(c)
Nous ne sommes pas convaincus de la faisabilité efficace de la mise en
œuvre d’un accord, même s’il est confiné à la transparence. En outre, la
mise en œuvre d’un tel accord, sera-t-elle équitablement bénéfique aux
pays en développement ?
(d)
Parce que les sujets sont si complexes, le processus d’examen dans le
cadre des groupes de travail doit continuer. La possibilité de conclure un
accord adapté, acceptable ou satisfaisant pour tous les pays n’a, en aucun
cas, été rejetée.
(e)
Il est donc indispensable de ne pas introduire un accord sur la
transparence ou une décision d’entamer des négociations sur un accord sur la
transparence dans les décisions ou dans le texte ministériel de Doha.
Lors de la discussion continue du groupe de
travail, et lors du processus de Doha, les positions devraient aussi être élaborées
en détail sur des matières telles que : les problèmes dans la mise en œuvre
même d’un accord sur la transparence ; la portée d’un accord sur la
transparence ; la définition de la « transparence » ; le
sujet, même s’il s’applique à la transparence, ne devrait pas être lié
au système de règlement des différends de l’OMC ; l’accord, s’il y
en a un, devrait prendre la forme de lignes directrices non obligatoires et non
pas d’un accord à caractère obligatoire.
7.
CONCURRENCE
Lors de la conférence ministérielle de
Singapour (1996), les Ministres ont décidé de créer un groupe de travail pour
analyser l’interaction entre les politiques commerciales et les politiques en
matière de concurrence. Une mention particulière a été ajoutée spécifiant
que les membres ne sont pas tenus de négocier un accord à l’OMC portant sur
la concurrence.
Présentement, l’UE fait encore campagne pour
introduire des négociations pour un accord sur la concurrence dans le nouveau
cycle qui pourrait être lancé à Doha. Les Etats-Unis, quant à eux,
paraissent indifférents. L’objectif principal de l’UE (le défenseur
principal) et des Etats-Unis (tel qu’il a été annoncé par son Représentant
chargé du Commerce après la conférence ministérielle de Singapour) est d’établir
dans les pays en développement des lois sur la concurrence qui permettraient
aux grandes entreprises étrangères d’entrer en concurrence avec les
entreprises locales, dans un contexte de libre concurrence dans ces pays-là,
alors que les avantages octroyés aux entreprises locales (en terme de politique
gouvernementale ou des pratiques du secteur privé) seraient considérés comme
une concurrence déloyale.
L’UE propose d’élaborer des règles
multilatérales visant à discipliner les membres pour qu’ils établissent des
lois et des politiques nationales sur la concurrence. Ces lois / politiques
doivent incorporer les « principes essentiels de l’OMC ». Ces
principes sont la transparence, la non-discrimination, le traitement de la NPF
et le traitement national.
La loi et la politique sur la concurrence, dans
des formes adaptées, sont bénéfiques à un pays.
Cependant, chaque pays doit avoir la possibilité de choisir un modèle
adéquat, un modèle qui peut être adapté à travers le temps aux conditions
changeantes. Un modèle adapté est particulièrement important dans le contexte
de globalisation et de libéralisation qui provoquent déjà une concurrence
intense entre les entreprises locales et les entreprises étrangères.
La proposition de l’UE en faveur d’une
politique de concurrence visant à fournir « une opportunité de
concurrence effective » pour les entreprises étrangères dans les marchés
locaux, et donc d’appliquer les « principes essentiels » de
l’OMC aux lois / politiques de concurrence, affecterait le besoin de souplesse
de tout pays qui veut mettre en place un modèle ou plusieurs modèles adaptés
de lois / politiques de concurrence.
La loi / politique de concurrence devrait être
complémentaire aux autres objectifs nationaux, tels que les politiques
industrielles ou le besoin des secteurs locaux en matière de concurrence dans
un contexte de libéralisation. Les
modèles de concurrence traditionnels britanniques ou américains ne sont, donc,
peut être pas adaptés aux pays en développement.
Par contre, le modèle japonais des années 1950-70 est peut être plus
adapté. Mais, dans le cadre proposé par l’UE visant à appliquer les
principes de l’OMC à la politique de concurrence, il ne serait pas
acceptable.
Si une approche multilatérale est requise, il
existe d’autres espaces plus adaptés, par exemple la CNUCED.
La concurrence peut être considérée sous
différents angles. Du point de vue des pays en développement, il est important
de freiner les fusions géantes et les acquisitions actuelles qui menacent la
position compétitive des entreprises locales de ces pays. De plus, l’abus des
actions anti-dumping de la part des pays occidentaux est anticoncurrentiel pour
les produits des pays en développement. Les
pratiques restrictives des grandes entreprises freinent aussi la concurrence.
Cependant, ces questions ne sont probablement pas des sujets susceptibles
d’être pris en compte par les grandes puissances, particulièrement par les
Etats-Unis qui veulent continuer à avoir recours aux actions anti-dumping en
tant qu’outil pour protéger leurs marchés. Si les négociations commencent,
l’interprétation de l’UE en ce qui concerne la concurrence, c’est-à-dire
le fait que les entreprises étrangères doivent se voir accorder le traitement
national et qu’elles puissent s’épanouir dans un contexte de libre
concurrence, pourrait bel et bien prévaloir, particulièrement vu le pouvoir inégal
de négociation qui défavorise les pays en développement.
Le résultat le plus probable est que les pays
en développement devront établir des lois et des politiques nationales de
concurrence qui ne seront pas du tout adaptées à leur contexte, ce qui aurait
pour effet de limiter le droit des gouvernements à fournir des avantages aux
entreprises locales. En ce qui concerne ces entreprises locales elles-mêmes,
l’utilisation de certaines pratiques avantageuses (par exemple,
l’utilisation de réseaux de distributions exclusifs créés et entretenus des
générations durant et basés sur la confiance) pourrait aussi être limitée.
Les questions complexes ne sont pas adéquatement
étudiées, particulièrement les aspects de développement et les effets que
certaines propositions pourraient avoir sur le développement.
Position proposée : la question de
l’interaction entre les politiques commerciales et les politiques en matière
de concurrence est extrêmement complexe parce qu’il y a un nombre considérable
d’aspects, de définitions et d’interprétations de la « concurrence »
ainsi que des principes en matière de politique commerciale.
De plus, les implications des propositions de l’UE et autres défenseurs
sur les perspectives de développement des pays en développement sont loin d’être
claires. Nous ne pouvons donc pas
être en accord avec quelque décision que ce soit d’entamer des négociations
sur la mise en place d’un cadre ou d’un accord multilatéral dans le domaine
des politiques commerciales ou concurrentielles.
Au mieux, le travail du groupe d’étude peut continuer et devrait se
concentrer sur les implications que les précédentes et futures propositions
auront pour les pays en développement.
8.
CONCLUSIONS
(a)
Repenser le type et le calendrier de la libéralisation
Vu les problèmes et les inégalités du
commerce international, il est indispensable de repenser le modèle dominant de
politique commerciale qui a soutenu une libéralisation systématique et rapide
pour les pays en développement.
Une politique commerciale réussie implique
qu’un pays doit « calibrer » et essayer d’atteindre un équilibre
entre les deux principaux aspects du commerce, c’est-à-dire les importations
et les exportations. De nombreux pays en développement ne sont pas encore en
mesure de favoriser une croissance durable de leurs exportations. Pourtant, ils
subissent de lourdes pressions pour libéraliser rapidement leurs importations.
Si la libéralisation des importations continue alors que les conditions
requises pour une croissance réussie des exportations ne sont pas remplies, les
résultats pourront s’avérer adverses. Il
pourrait, par exemple, y avoir une hausse du déficit commercial et des
difficultés dans la balance des paiements qui serait affectée par la dette extérieure
et le poids de l’entretien de cette dette, menant à une croissance économique
retardée et une hausse du chômage.
La récente expérience d’un grand nombre de
pays en développement a montré que la libéralisation du secteur des échanges
commerciaux peut (et cela est souvent le cas) produire une hausse considérable
des importations sans, pour autant, provoquer une augmentation correspondante
(ou relative) des exportations. Le
Rapport sur le Commerce et le Développement de la CNUCED de 1999 indique que,
pour les pays en développement (à l’exception de la Chine) ; le déficit
commercial moyen dans les années ’90 s’élève à un montant supérieur à
celui des années ’70 de 3 pour cent du PNB pendant que le taux de croissance
moyen est inférieur de 2 pour cent. Une
libéralisation mal adaptée a contribué à ce phénomène négatif. « Elle (la libéralisation commerciale) a entraîné une
augmentation sévère de la capacité à importer mais les exportations n’ont
pas pu suivre, particulièrement quand la libéralisation a été utilisée en réponse
aux échecs d’établir des industries compétitives en utilisant des obstacles
importants. »
La libéralisation du commerce ne devrait pas
être menée automatiquement ou rapidement comme une fin en soi.
Au contraire, ce sont la qualité, les délais, les étapes et la portée
de cette libéralisation (particulièrement en ce qui concerne la libéralisation
des importations), et comment le processus sera accompagné (ou précédé) par
d’autres facteurs qui sont importants. Si les conditions pour une libéralisation
réussie ne sont pas encore remplies dans un pays donné, procéder à la libéralisation
des importations (ou à la libéralisation des services, y compris les
investissements) peut mener à des résultats négatifs ou même à une récession
persistante.
Les pays en développement ont donc besoin
d’espace et de liberté suffisante pour pouvoir choisir entre les différentes
options en matière de politiques commerciales.
Ils doivent avoir la possibilité et assez de souplesse pour pouvoir
faire des choix stratégiques en matière de politiques commerciales et autres
politiques connexes dans les domaines de la finance, de l’investissement et de
la technologie, de sorte à pouvoir prendre des décisions sur les délais et la
portée de la libéralisation.
(b)
Réorienter l’OMC vers le développement en tant que priorité
principale
Le préambule de l’Accord de Marrakech
reconnaît l’objectif de développement durable ainsi que le besoin
d’efforts positifs visant à assurer qu’une partie de la croissance des échanges
internationaux revienne aux pays en développement, une partie proportionnée à
leurs besoins en matière de développement économique. Pourtant, la pratique a
démontré que le développement n’est pas l’objectif principal de l’OMC.
Le développement n’a pas été non plus l’objectif du cycle de
l’Uruguay ou de l’Accord de Marrakech.
L’objectif de développement devrait être le
principe directeur dominant du travail de l’OMC.
Les règles et les opérations de l’OMC devraient être conçues pour
mener au développement. Puisque
les pays en développement forment la majorité des membres de l’OMC, le développement
de ces pays devrait être la première et la plus pressante des inquiétudes de
l’OMC.
Une règle, une proposition et/ou une politique
sous analyse à l’OMC ne devraient pas être examinées en vue de savoir si
cela va ou non « fausser le commerce », mais plutôt si cela va ou
non « fausser au développement ». Puisque le développement est
l’objectif final, alors que l’abaissement des obstacles au commerce n’est
qu’un moyen, il est indispensable d’essayer d’éviter ce qui peut fausser
le développement plutôt que le commerce. Ces éléments qui « fausseraient
le commerce » peuvent, dans certaines circonstances être une condition nécessaire
pour atteindre un objectif de développement. Dans cette perspective, empêcher
que des règles, dispositions, politiques et approches qui « fausseraient
le développement » soient introduites au sein du système devrait être
la préoccupation principale de l’OMC.
La réorientation de l’OMC vers cette
perspective et cette approche est essentielle si l’on veut réellement
progresser vers un système commercial multilatéral équitable, un système qui
rapporterait plus et qui coûterait moins aux pays en développement.
Une telle réorientation rendrait les règles et l’examen des
propositions futures plus adaptés aux réalités empiriques et aux nécessités
pratiques.
L’adoption d’une telle approche voudrait
dire que le but des pays en développement serait d’atteindre une « libéralisation
adaptée » et non pas de succomber aux pressions des pays développés
pour atteindre une « libéralisation maximale ».
Les règles de l’OMC devraient être examinées
pour éliminer celles qui « faussent le développement » et une décision
pourrait être prise pour que les pays en développement soient, au moins,
exemptés de leurs obligations à suivre des règles ou des dispositions les empêchant
d’atteindre leurs objectifs de développement. Ces exemptions pourraient être
choisies sur la base d’un traitement spécial et préférentiel.
(c)
Repenser la portée du mandat de l’OMC dans certains domaines et le rôle
des autres agences
Il est trompeur de définir l’OMC simplement
comme « système commercial multilatéral », une conception de
l’OMC utilisée dans de nombreuses discussions.
En fait, l’OMC est tout à la fois bien plus et bien moins qu’un système
commercial mondial. Il existe des
questions clefs en matière d’échanges mondiaux que l’OMC ne prend pas sérieusement
en compte, y compris les tendances et les problèmes commerciaux de ses Membres
ainsi que les problèmes des marchés des produits de base (y inclus les prix réduits
de ces produits). Cependant, l’OMC s’est sérieusement engagée dans les
questions de politiques nationales telles que les droits de propriété
intellectuelle, l’investissement national et les politiques de subvention.
Des propositions visant à introduire des questions non commerciales
supplémentaires, y compris les normes de travail et d’environnement, ont également
été avancées.
L’OMC et son prédécesseur, le GATT, ont
favorisé une évolution des principes commerciaux (tels que la
non-discrimination, le traitement NPF et le traitement national) provenant
d’un contexte de commerce de marchandises. Il n’y a ni assurance, ni accord
sur la possibilité que l’application de ces mêmes principes à des domaines
autres que commerciaux pourrait conduire à des résultats positifs. En effet,
l’introduction de questions non commerciales au sein du système de l’OMC
pourrait déformer le travail de l’OMC et le système commercial multilatéral.
Il est donc fondamental de repenser le mandat
et la portée de l’OMC. Premièrement, les questions qui ne sont pas des
questions commerciales ne devraient pas être introduites à l’OMC pour servir
de base à l’élaboration de règles. C’est une mesure qui devrait être
appliquée au moins jusqu’à ce qu’ait été examinée de manière
satisfaisante et systématique la question de savoir si oui ou non, et sous
quels critères, ces questions peuvent être légitimement traitées par
l’OMC.
En second lieu, un réexamen des questions
actuellement traitées par l’OMC devrait être envisagé pour déterminer si
l’OMC est effectivement le meilleur forum pour discuter de ces questions.
D’importants économistes spécialisés en commerce tels que Jagdish Bhagwati
et Sreenivasen ont conclu qu’une erreur fondamentale avait été commise en
introduisant la propriété intellectuelle au sein du cycle de l’Uruguay et à
l’OMC. Le transfert de l’APDIC
à un forum plus approprié devrait être sérieusement pris en considération,
à commencer lors du processus de réexamen prescrit.
Dans le contexte traditionnel du commerce des
marchandises, l’OMC devrait réorienter ses objectifs opérationnels et ses
principes fondamentaux vers le développement, tel qu’il a été élaboré
dans les sections précédentes. Les inégalités des accords sur les
marchandises devraient être corrigées et rééquilibrées de façon à répondre
aux besoins de développement des pays en développement et de manière à
correspondre aux réalités des processus de libéralisation et de développement.
Avec ces changements, l’OMC serait plus apte à concevoir et à maintenir des règles commerciales équitables. L’OMC contribuerait alors à un système commercial international équilibré et prévisible, conçu pour mener au développement et le promouvoir.
Une OMC réformée selon les lignes décrites
ci-dessus, pourrait alors être considérée comme une composante clef du système
commercial international. Elle serait complémentaire aux autres organisations
tout en coexistant et coopérant avec celles-ci. Ensemble avec l’OMC, ces
organisations opèreraient dans le cadre du système commercial.
D’autres questions critiques devraient être
traitées par d’autres organisations qui devraient être mandatées, soutenues
et financées pour pouvoir effectivement entreprendre leurs diverses tâches.
Ces autres questions devraient être : (i) assister les pays en développement
dans leurs efforts visant à renforcer leurs capacités en matière de
production, de marketing, de distribution et de commerce ; (ii) le besoin
d’évaluer et de stabiliser les marchés de produits de base en vue
d’assurer des prix et des bénéfices raisonnables pour les pays en développement
producteurs de produits de base ; (iii) traiter les questions des pratiques
commerciales des grandes entreprises transnationales qui réduisent les
possibilités des petites entreprises à s’engager dans la production et le
commerce ; (iv) traiter les problèmes des prix faibles des produits de
base et des conditions commerciales des pays en développement.
Ces questions devraient être traitées par les divers organes des
Nations Unies et, plus particulièrement, par une CNUCED revitalisée.