Document soutenu par l'URFIG relatif à la globalisation
Intervention de François Chesnais au colloque "L'Autre Davos", Zürich, 26 janvier 2001
Avertissement :
Sans nécessairement adhérer à la totalité de son contenu,
l'URFIG souhaite donner la plus large diffusion à ce texte courageux et lucide,
dense et volontaire de François Chesnais.
«L'argent étant lui-même la communauté
il ne peut en tolérer d'autres en face de lui.»
Marx, 1857
L’avenir du « mouvement anti-mondialiste »
Quelques premières réflexions en vue d’une consolidation de ses fondements théoriques
François Chesnais,
stabilité et création d'emploi: un défi pour le dialogue social en Europe
situe son propos: quelles "coordination et concertation entre partenaires
sociaux" inventer et établir, dans l'Union européenne, tenant compte de
ses "exigences strictes" (Traité de Maastricht et Pacte de stabilité
d'Amsterdam)? Dans quel but ce "dialogue social" devrait-il se renouer
? Pour "maintenir un modèle social européen" qui permette de marier
les exigences des grandes firmes, leurs "besoins de flexibilité" avec
la création d'emplois aussi bien à La Villette que dans d’autres forums. Le
but de ce texte, encore plein de coquilles, est de susciter l’échange et le débat.
Nous espérons qu’il sera lu ainsi.
1. Introduction
« Le mouvement anti-mondialiste a-t-il un avenir ? » Telle est la
manchette d’une revue parue en France ce mois de novembre. Nous ne nous arrêterons
pas longuement sur le terme dont nos adversaires affublent un mouvement qui est
bel et bien international, donc « mondialiste », mais qui combat de façon
consciente un régime économique international qui soumet l’existence et
l’avenir des peuples au marché et au profit. La réponse à la question posée
par la revue, ne peut, bien évidemment, être qu’affirmative. Le mouvement a
emporté au moins deux succès de premier plan – le retrait du projet
d’Accord Multilatéral sur l’Investissement (l’AMI) et la mise en échec
à Seattle du projet de lancement des Négociations du Millénaire (le «
Millennium Round). Il faut y ajouter la campagne pour l’instauration de la
taxe Tobin. Lancée voici trois ans par ATTAC, elle a d’ores et déjà abouti
à des résultats politiques intéressants et instructifs. Ils méritent qu’on
s’y attarde un instant.
2. Avancer plus loin dans la mise en cause de la «
marchandisation »
Il
a été de la plus haute signification que la campagne politique contre l’OMC,
ainsi que les manifestations qui ont eu lieu à Seattle et dans tant d’autres
villes en novembre 1999, se soient placées sous le mot d’ordre « le monde n’est pas une marchandise ». Effectivement, tant la libéralisation
et la déréglementation des investissements et des échanges que la résurgence
du fétichisme de la finance sous ses formes les plus extrêmes, ont conduit à
une accentuation nouvelle du fétichisme inhérent à la marchandise. Plus
l’espace géopolitique sur lequel le capital peut évoluer librement pour
s’approvisionner, produire et vendre avec profit, s’élargit (ce que le
capital a pu faire dans les dernières décennies du 20° siècle grâce à la
contre-révolution conservatrice et ses alliés) et plus des entreprises de
force très inégale et avec elles leurs salariés peuvent être mises en
concurrence à très longue distance et même à partir de sites virtuels, plus
« le rapport social déterminé des
hommes entre eux (revêt) la forme fantasmagorique d'un rapport entre des choses
» (Marx, Capital, livre I, chapitre I). Pendant plusieurs décennies le
mouvement ouvrier, notamment dans les vieux pays industriels d’Europe, le
Royaume Uni, la France, l’Italie, s’est bercé de l’illusion que le fétichisme
inhérent à la marchandise et à l’argent aurait été contenu
Le mot d’ordre que « le
monde n’est pas une marchandise » a donc le très grand mérite de
positionner le mouvement politique de résistance à la mondialisation face aux
forces capitalistes qui veulent ériger tant qu’ils le peuvent l’économie
comme une sphère autonome, placée au-dessus de la société soustrait au nom
de la « primauté et de la supériorité du marché » au contrôle des
peuples. L’enjeu du mouvement né lors de Seattle se présente ainsi comme étant
celui de créer des rapports entre les salariés et les paysans des différents
pays d’un type nouveaux. Des rapports qui réduiraient l’anonymat et l’extériorité
de l’échange commercial, voire qui l’élimineraient, de façon à ce que la
division internationale du travail et le commerce mondial puissent devenir
l’expression de relations que des
producteurs maîtrisant partout leurs conditions de d’existence et de travail (ce
qu’on désigne souvent en raccourci leurs « moyens de production ») pourraient
établir librement entre eux. Des rapports qui leur permettraient de répartir
le travail entre un temps libéré (dont l'utilisation serait sans cesse réinventée),
et un temps consacré à la production qui serait enrichi puisqu’il serait
fondé sur la pleine initiative de tous les producteurs.
On trouve dans les Grundrisse
de Marx, une perspective ou anticipation audacieuse pour l’époque, qui définit
exactement ce vers quoi le mouvement « anti-mondialiste » tend et qu’il doit
parvenir à accomplir : faire « du marché
mondial », non plus cet espace « où les
liens entre les individus se resserrent, mais où ils se figent en
dehors d’eux et ont un caractère autonome
», mais celui où, après que « mûrissent les conditions de dépassement
de cet état de choses » se créent « la
communauté et l’universalité véritables »[2].
La relation des producteurs directs à leurs moyens et à leurs conditions de
travail, ainsi que les transformations que cette relation connaît, est un des
concepts les plus centraux de l’analyse de Marx, qu’il s’agisse des Grundrisse
ou du Capital[3].
C’est aussi l’un des concepts les plus actuels, dont la « modernité »
affleure maintenant dans toutes les luttes contre la domination capitaliste. Des
producteurs associés à qui seraient rendus, ou qui se saisiraient des moyens
politiques et juridiques de pouvoir maîtriser leurs conditions de travail,
verraient alors s’ouvrir à eux la possibilité de décider des buts de la
production, de la satisfaction des besoins sociaux selon un ordre de priorité déterminé
démocratiquement, de même qu’ils pourraient répartir le travail entre temps
libre et temps consacré à la production et déterminer les manières de
surmonter le fossé entre travail de conception et travail d’exécution.
3.
Relations des
producteurs à leurs conditions de travail et rapports de propriété
C’est en
partant de l’importance vitale des relations des producteurs à leurs
conditions de travail -- travail conçu aussi comme producteur de temps, de
temporalité et d'espace (logements aussi bien que les transports) -- qu’on se
trouve tout naturellement confrontés à la question de la propriété des
moyens de production, de communication et d’échange (la monnaie). La question
de la propriété de ces moyens n’est pas l’exécrable question fétiche que
les anti-capitalistes, les plus conséquents s’acharneraient à poser, révélant
ainsi leur nature de « dinosaures de la pensée », de marxistes impénitents.
Pour peu qu’on se fixe comme objectif de résoudre la
question démocratique par excellence : la
maîtrise par les producteurs associés des moyens de travail qui ont été
accumulés grâce à leur intelligence et leur travail, alors la
question de la propriété des moyens de production, de communication et d’échange
surgit de façon incontournable.
Elle est celle qui nous confronte dès qu’on soulève sur le plan national des
problèmes comme la maîtrise effective du temps de travail, le fondement et la
finalité du service public et la satisfaction des besoins sociaux réels, ou au
niveau international celle du « contrôle citoyen », entre autres sur les
conditions des échanges commerciaux entre les peuples.
Peut-être la
question de la propriété des moyens de production, de communication et d’échange
ne se poserait-elle pas avec le degré d’acuité d’aujourd’hui, si ce n’était
la concentration, sans précédent dans l’histoire du capitalisme, de la
propriété de ces moyens entre les mains des membres et/ou mandataires d’une
classe très restreinte, ayant les premiers traits d'une classe dominante
mondialisée impérialiste enracinée dans le capital financier, tel que l'avait
pressenti Marx. Cette concentration a comme conséquence la subordination de
toutes les décisions relatives à l’utilisation de ces moyens, aux stratégies
de valorisation du capital et d’organisation de sa domination sociale propres
à cette classe, subordination d’autant plus intolérable politiquement et
socialement qu’elle est le résultat d’une « contre-révolution à froid »
que trop de cadres du mouvement ouvrier traditionnel acceptent avec un fatalisme
démoralisateur. C’est contre se fatalisme que le mouvement «
anti-mondialiste » s’est aussi forgé.
L’accentuation,
chaque jour dans un processus de centralisation qui se déroule sous nos yeux de
cette concentration de la propriété des moyens de production, de communication
et d’échange, interdit au mouvement « anti-mondialisation » de fermer les
yeux ou de tenter d’esquiver la question plus longtemps. La critique du fétichisme
de la marchandise et de la « marchandisation » atteindrait très vite ses
limites, si cette critique continuait à se situer au seul niveau de l’échange
commercial et de l’action de l’OMC et si le « mouvement anti-mondialiste »
demeurait prisonnier de problèmes relatifs à la seule organisation du marché.
Tant les
niveaux atteints par la concentration et la centralisation financières,
industrielles et commerciales et le pouvoir monopoliste cristallisé dans les
groupes industriels de dimension géante que la très grande force
institutionnelle que l’OMC tire des compétences juridictionnelles uniques
qu’elle a reçues dans le Traité de Marrakech, circonscrivent très fortement
l’action d’un « contrôle citoyen de l’OMC» qui se situerait uniquement
au niveau des échanges et du marché. Ces paramètres affectent la crédibilité
de campagnes menées sur ce seul plan. L’OMC doit être combattue avec la plus
extrême vigueur. Dans l’immédiat c’est le processus de libéralisation, de
déréglementation et de privatisation des services publics qui est en train
d’y être organisé dans le cadre de l’Accord général sur le commerce des
services (AGCS) qui doit être l’une des premières cibles du mouvement «
anti-mondialisation
». On est confronté là à une extension gravissime de la sphère de la «
marchandisation » à des services vitaux -- santé et enseignement en tête --
comme à la culture[4].
Il
faut combattre l’AGCS par tous les moyens de mobilisation et de pression démocratique,
dont les salariés et les exclus disposent encore. Mais aussi en ré-établissant
les fondements politiques et philosophiques de la défense du service public et
des formes de propriété publique qu’elle suppose. Dans le cas de l’Union
européenne, la campagne contre l’AGCS comporte le combat politique immédiat
pour que la négociation de ces services ne tombe pas sous les dispositions de
l’article 133 des Traités de Maastricht et d’Amsterdam, instrument de
dessaisissement des pays et de liberté totale d’action (ici de négociation
commerciale) des hauts fonctionnaires politiquement irresponsables de la
Commission. Même si le temps manque, la campagne ne peut pas se mener sur la
question de la souveraineté prise isolément.
Au
coeur du néolibéralisme on trouve la glorification, poussée jusqu’à ses
conclusions complètes donc extrêmes, de « l’individualisme
propriétaire »[5],
l’individualisme arc-bouté sur la propriété privée. L’empire industriel
et médiatique de Vivendi, pour ne prendre qu’un exemple qui touche les Français
de près, n’en est que le couronnement.
Aujourd’hui nous pensons qu’il est devenu impossible pour les citoyens –
les salariés, les chômeurs, les jeunes – de combattre
la mondialisation et lui opposer une autre société, sans que le «
mouvement anti-mondialisation » ne remonte en
amont et ne ré-aborde la question de la propriété.
4. Les formes de propriété, question
légitime pour le capital, tabou pour le travail ?
L’exercice
d’une maîtrise sociale, collective, « citoyenne », sur les conditions des
échanges commerciaux entre les peuples, comme sur l’organisation du travail
et la satisfaction des besoins sociaux urgents, suppose qu’on cesse de considérer
la question des formes de propriété des moyens de production, de communication
et d’échange comme une question taboue, une question que la faillite et
l’effondrement de la propriété d’Etat, collectivisée de façon
bureaucratique ou stalinisée, auraient réglée une fois pour toutes, contre le
combat pour l’émancipation sociale, contre le mouvement ouvrier. La question
ne pas être considérée comme étant devenue tabou. Si le mouvement «
anti-mondialisation » ne veut éviter l’impasse et ne pas décevoir dans les
années à venir les attentes de tous ceux pour qui Seattle a compté, il
faudrait que des militants dans ses rangs s’attaquent ou se ré-attaquent théoriquement
et politiquement à la question de la propriété. D’autant plus que la
bourgeoisie mondiale dans ses différentes composantes nationales et
sectorielles ne fait pas de mystère quant à l’importance que les formes de
propriété du capital revêtent pour elle. Constatons d'abord que les grands
groupes industriels et financiers, les médias à leur service et les
institutions internationales du capitalisme, n’ont cesse de lancer campagne
sur campagne contre ce qui reste de la propriété publique. Ils réclament des
gouvernements le démantèlement et la privatisation de tous les secteurs,
notamment dans les services, qui échappent à la valorisation directe du
capital, et cela même dans les cas où la propriété publique de services
publics clefs, précédemment marqués par un sous-
Constatons
ensuite, que la question des formes de la propriété est au coeur de la stratégie
de main mise des fonds de pension et de placement financier sur les entreprises.
L’un des enjeux majeurs est l’établissement de formes nouvelles et toujours
plus lourdes de domination de la finance sur les salariés (pour les Français,
pensons simplement au cas Michelin). Depuis dix ans on assiste donc, au sein de
la sphère même du capital privé (et même dans des entreprises qui sont
toujours restées privées), à une transformation complète dans la définition
même de la propriété, des « droits » qui lui sont afférents ( ceux de
l’actionnariat devenu tout puissant) et des attentes que les actionnaires
pourraient avoir « légitimement » en terme de rentabilité de leurs parts de
propriété[6].
Ici la contre-révolution conservatrice » prend appui sur la revitalisation de
cette institution très particulière du capitalisme qu’est le marché
secondaire de titres. Cette institution garantit aux actionnaires, en deçà des
crises financières graves, la « liquidité » de leurs actions, la possibilité
de se défaire à volonté de cette fraction de leur propriété qui a pris la
forme des parts de telle ou telle entreprise. La propriété des titres étant
devenue liquide, alors pour les actionnaires le capital physique et surtout les
salariés doivent avoir la même « liquidité », la même flexibilité, avec
la possibilité d’être jetés au rebus. On comprend que ces marchés soient
devenus le terrain de batailles entre de puissantes coalitions de capital
financier, le levier de la centralisation et de la concentration accélérées
des entreprises et, aussi bien entendu, l’un des instruments essentiels des
privatisations.
On ne saurait
oublier enfin que dans le cadre de la mondialisation, l’institution de la
propriété privée est le vecteur de la destruction des industries et des
agricultures des pays les moins « compétitifs ». Dans le cadre de la
mondialisation, les formes les plus concentrées d’appropriation privée des
moyens de production ont tout loisir, ont carte blanche, pour détruire les
formes antérieures de cette propriété, ainsi que les entreprises moins
grandes et plus faibles financièrement. Moyennant la libéralisation et la déréglementation
des investissements et des échanges et l’ouverture de tous les marchés à la
pénétration des groupes les plus puissants, la mondialisation du capital a
conduit à une accélération de la destruction de ce qu’il peut encore rester
de petite propriété paysanne ou artisanale. Le corollaire de l’appropriation
est la destitution, l’expropriation. Celle-ci serait une abomination
lorsqu’elle intervient pour créer ou renforcer le secteur public au nom et au
compte de la collectivité, mais une expression des « lois naturelles de l’économie
» et un bienfait économique lorsqu’elle est le résultat de la « libre
concurrence ».
La question de la propriété doit cesser d’être
tabou. Le mouvement anti-mondialiste comme le mouvement ouvrier, doivent s’en
ressaisir.
C’est pour lancer ce débat dans nos rangs que nous livrons les premières réflexions
très succinctes suivantes. La propriété sociale, dont la propriété publique
et le secteur public sont l’une des modalités, a deux fondements : le caractère
social de la production et l’échange et une certaine idée du bien commun et
de l’intérêt général qui transcende l’individualisme et la défense étroite
des intérêts particuliers que la glorification de la propriété privée fait
fleurir.
En ce qui
concerne le premier aspect[7], le caractère social de
la production et de l’échange fonde la nécessité de formes de propriété
capables d’exprimer le plus adéquatement ce caractère social. Ces formes
doivent donner une solution aux questions de répartition de la richesse, mais
aussi, tout autant, de destination de
l’activité. La propriété sociale est
une imposture, si elle ne s’accompagne pas de formes de gestion et de contrôle
collectif et démocratique véritable. C’est là que s’est située la
vulnérabilité des entreprises et institutions du secteur public dans les pays
européens, bien avant que leurs dirigeants, souvent forts de l’appui des
syndicats, se livrent à la politique si perverse et pernicieuse consistant à défendre
le service public chez eux mais à entreprendre à l’extérieur une
mondialisation capitaliste classique de leur entreprise, avec rachat et
restructuration des entreprises publiques privatisées ailleurs.
En
particulier, dans les pays capitalistes avancés, le caractère social de la
production et l’échange n’a jamais été aussi marqué qu’il ne l’est
aujourd’hui. C’est sur lui que repose « l’économie des réseaux » avec
toutes ses « synergies créatrices », dont les économistes font si grand cas
aujourd’hui. C’est à lui que les apologues des fusions-acquisitions, qui
n’ont pas à une contradiction près, se réfèrent lorsqu’il s’agit de
justifier économiquement, donc de leur point de vue socialement, les
concentrations. Le but de l’appropriation sociale dans ses différentes formes
est de permettre à tous ceux dont l’activité directe et indirecte (par
exemple de recherche scientifique et technologique et plus en amont
d’enseignement) et le travail en tant que salariés ont contribué à produire
la richesse sous de formes d’interactions, de synergies et de coopérations
multiples et complexes, non seulement de participer à sa répartition autrement
que dans les formes dictées aujourd’hui par les actionnaires et « les marchés
», mais aussi d’intervenir dans les décisions concernant les autres
destinations des résultats de la création collective de richesse :
investissements, transferts vers les pays du Tiers Monde, etc. Car il ne saurait
y avoir de propriété sociale au sens vraie, si elle ne s’accompagne pas de
formes de gestion et de contrôle citoyen
effectifs. Dans certains cas et sur certaines branches (ou réseau), il
s’agira de formes de gestion et de contrôle qui concerneront les salarié.e.s
et les « usagers » de tel ou tel secteur donné. Dans d’autres cas et sur
d’autres questions, c’est l’ensemble du peuple qui doit participer à la
prise de décisions. Reconnaître le caractère social de la production et de
l’échange, c’est inclure, mais aussi immédiatement transcender
l’autogestion de chaque entreprise ou lieu de travail.
Dès lors,
une perspective de transformation - et non pas d'administration d'une économie,
y compris marquée par d'importantes nationalisations - implique de ne pas réduire
le capitalisme à une césure entre ceux qui dirigent et ceux qui exécutent, même
si ce point est d'importance. Dit d’une autre manière, la question du
socialisme-à-venir ne peut être abordée du seul point de vue de la gestion, y
compris d'une gestion autogérée, mais doit être envisagé à partir de la nécessité/possibilité
du dépérissement de la marchandise, de la loi de la valeur et du salariat
(cela dans le sens de la suppression de la contrainte de la vente de la force de
travail et de l'appropriation privée du surtravail/de la survaleur). Cela
constitue la réponse à la mise en concurrence généralisée de tous les éléments
du capital (donc du capital
variable, c’est-à-dire des salariés et des
sans-travail), qui imprègne la société dans ses derniers recoins.
Cette
approche de dépérissement de la marchandise et de la loi de la valeur est
aussi le socle qui doit guider la recherche de réponses pour rompre avec les
modalités de configuration et d’usage des forces productives par le capital.
Modalités qui conduisent à l'épuisement des ressources énergétiques, c'est-à-dire
à la question qui est au centre d'une perspective écologiste et socialiste.
Ce
n'est que dans l'intrication entre la gestion démocratique de l'appropriation
sociale et le dépérissement de la marchandise, de la loi de la valeur et du
salariat qu'il y aura un véritable bouleversement de l'économie, et non pas
une nouvelle administration avancée mise en place par un capitalisme rénové.
Issue qui est présentée parfois par des critiques du social-libéralisme, de
toute bonne foi, comme un horizon réaliste pour un socialisme démocratique.
La
perspective que nous soumettons ainsi à réflexion et à débat, n’est pas
extérieure à bien des processus actuels du capitalisme mondialisé. Elle
sourde dans les formes présentes de la planification de la production mondialisée
par les grands groupes, leurs maisons mère et leurs filiales ; dans les formes
mêmes de la gestion-capture-et-modelage des besoins individuels par les grandes
surfaces (au travers des cartes de fidélité, des cartes de prétendus rabais);
dans les formes mêmes de la mutation du statut du salariat (les nouveaux faux
indépendants). Ce sont autant d’éléments, non-limitatifs, qui indiquent
l'actualité de la perspective à partir du mouvement interne du mode de
production capitaliste, dans sa phase impérialiste à régime d'accumulation à
dominante financière.
5. Le combat contre le chômage de masse et ses conséquences
Trouver
des solutions au chômage de masse avec son cortège de fléaux politiques et
sociaux résultant des processus de désocialisation que le chômage de masse
permanent met en oeuvre, est l’un des buts centraux de beaucoup des
associations et groupements du mouvement « anti-mondialisation ». L’origine
du chômage de masse contemporain est dans la libéralisation, la déréglementation
et la privatisation caractéristique de la phase actuelle de mondialisation du
capital, ainsi que dans la concentration croissante de cette propriété et dans
la soumission de l’activité productive à des impératifs toujours plus bornés
de valorisation maximale. Là où il n’y a pas chômage de masse, on trouve
les « pauvres au travail » et les innombrables mécanismes d’exploitation
d’un travail « flexible » et disponible à tout moment, dont les femmes sont
les victimes les plus criantes.
Mais
sur cette question aussi, le mouvement anti-mondialisation paraît avoir tout
intérêt de consolider les bases théoriques de la question. L’une des
raisons pour lesquelles les deux lois sur les 35 heures se sont faites en dehors
de toute maîtrise des salariés sur leurs moyens de production et de travail,
sans que le moindre contrôle puisse être exercé par eux au niveau de la
gestion des groupes, privés ou publics et en voie de privatisation, ce contrôle
étant présenté comme une atteinte aux prérogatives des dirigeants et aux
droits des actionnaires présents et futurs.
L’existence
d’un « marché du travail » (qui est en fait segmenté et multiple),
c’est-à-dire un espace social organisé où doit s’opérer la vente (ou la
tentative de vente) de
Dans le court
terme, c’est dans la ré-appropriation d’un secteur de propriété sociale véritable,
que se trouvent les solutions immédiates au chômage et à « l’exclusion »
dont celui-ci est porteur. Mais le néolibéralisme ne sera combattu
effectivement que pour autant que nous approfondissions la critique sociale et
que le « mouvement anti-mondialiste » se projette vraiment dans l’avenir et
lie la critique des finalités actuelles de la technologie à celle du
capitalisme.
Aujourd’hui,
à un degré plus fort que jamais, la propriété privée se nourrit de
l’appropriation des résultats de formes d’organisation de la production au
cœur desquelles on trouve l’achat de la force de travail au prix le plus bas
et la multiplication des efforts pour économiser la quantité de travail salarié
utilisée. Mais cela se fait alors que la libération du travail salarié, et le
passage du travail contraint sous le joug du marché du travail et la hantise du
chômage, qui oblige à accepter la hiérarchie capitaliste, est devenu
possible. Observant le mouvement du développement technologique suscité par le
capitalisme et se projetant dans l’avenir, Marx a écrit il y a un siècle et
demi que « le capital est une
contradiction en mouvement : d’une part, il pousse à la réduction du temps
de travail à un minimum, et d’autre part, il pose le temps de travail comme
la seule source et la seule mesure de la richesse (…). D’une part, il éveille
toutes les forces de la science et de la nature ainsi que celles de la coopération
et de l’échange social, d’une façon qui rend la création de la richesse
indépendante (relativement)du temps de travail. D’autre part, il prétend
(…) insérer les gigantesques forces ainsi créées dans les limites étroites
nécessaires au maintien, en tant que valeur, de la valeur déjà produite »[8].
C’est bien à cela que les
entreprises et les organisations capitalistes nationales et internationales ont
déployé d’immenses efforts depuis l’émergence et l’extension de ce qui
est désigné généralement sous le nom de « révolution de la
micro-informatique ». Des technologies susceptibles d’aider à la libération
du travail et à la préservation des ressources naturelles ont été transformées
de façon à ce que la vente de la force de travail reste plus que jamais le
pilier « naturel » de l’ordre social : le pilier qui doit être « intériorisé
» par chacune et chacun, faire parti de son « habitus ».
Dire qu’on
se fixe comme objectif de rendre aux producteurs la maîtrise de leurs
conditions de travail; affirmer le caractère social de la production dans les
diverses formes sociales qui doivent être imposées à la propriété des
moyens de production, combattre
pour la reconstitution et/ou l’extension du service public, c’est faire un
premier pas vers un renversement de l’approche à la question de l’emploi et
du chômage. Mais il faut faire un pas de plus. Il faut pouvoir monter que le rôle
de domination social et politique de la minorité sur la majorité qui est dévolu
à la vente et à la non-vente de la force de travail (c’est-à-dire le chômage
et la peur permanente du chômage), s’est accru comme conséquence de la
polarisation des richesses, mais aussi que cela s’est fait au moment
même où la technologie permettrait un bon colossal dans la libération des
hommes du travail. Il faut que le mouvement « anti-mondialisation » puisse
faire sienne, l’idée énoncée par Marx lorsqu’il dit que « le
royaume de la liberté commence seulement là où l’on cesse de travailler par
nécessité imposée de l’extérieur ; il se situe donc au-delà de la sphère
de production matérielle proprement dite »[9].
Ce n’est pas là une position que les marxistes doivent garder pour leurs
discussions internes, mais apporter au mouvement anti-mondialiste tout entier.
6. Le capital financier, la propriété
privée et les perspectives de « développement soutenable »
En
même temps, l'impasse du mode de développement dominé par le capital
financier se manifeste dans son comportement prédateur de la nature. Ce sont
les populations qui sont directement menacées par les agressions contre leurs
conditions d'existence, relayées par les mouvements environnementalistes qui
ont permis de donner la pleine mesure des dangers que subissent aujourd'hui
l'humanité et la nature. Ce n'est certes pas un phénomène nouveau. Les
processus de production et les modes de consommation imposés par le capital ont
toujours négligé le coût réel des destructions environnementales (de même
que les coûts sociaux) . Ce diagnostic avait conduit Marx à affirmer que : "La production capitaliste ne développe donc la technique et la
combinaison de production sociale qu'en épuisant en même temps les deux
sources d'où jaillit toute richesse : La terre et le travailleur " .
Mais
l'"épuisement de la nature" a pris depuis trois décennies une
ampleur qui ne peut plus être tue. Les processus de production en syntonie avec
les rapports de production et de propriété capitalistes (que les bureaucraties
des pays à propriété d’Etat ont adoptés en tous points) comportent une
combinaison spécifique du machinisme avec les exigences de la rentabilisation
du capital, donc de sa rotation, qui ont un impact énorme sur les modalités de
pillage énergétique. Le « tout-automobile » de même que la priorité au
transport routier, qui reposent tout deux sur l’exacerbation de «
l’individualisme propriétaire » et sur la recherche de la flexibilité
maximum (la production « à flux tendue », seules qui soit « compétitive »)
ont agi dans le même sens, toujours plus fortement. Après avoir longtemps
cherché à nier l'étendue des dégâts, les groupes multinationaux ont adopté
une autre attitude. Leur lobbyistes, leurs juristes ont envahi les instances de
négociations internationales. Ils étaient bien plus nombreux lors de la
Convention sur le Climat qui vient de s'ouvrir à la Haye qu'ils ne l'étaient
à Kyoto. Ils infléchissent ainsi l'agenda, le contenu et le rythme des négociations.
Ils obtiennent des gouvernements engagés dans les négociations une réduction
drastique des normes anti-pollution (par exemple le niveau de réduction des émissions
de CO2 à l'horizon 2010) . Ils ont obtenu que leurs PDG soient aujourd'hui
promus au rang d'interlocuteurs officiels par le Secrétaire général de l'ONU
sur les questions du développement soutenable.
C'est
ainsi que "l'épuisement de la nature" devient désormais une sphère
d'investissement rentable pour le capital. La création de marchés "droits
à polluer" éclaire les conséquences du programme du capital financier.
Il va permettre aux pays développés, qui sont les principaux responsables de
l'émission de CO2, de continuer à polluer. Il étend les normes d'évaluation
financière à la nature et bientôt à l'éducation (la généralisation de
l'expression de capital humain prépare depuis longtemps les esprits à la
privatisation des parties de l'enseignement qui fonctionnent encore comme des
services publics) . Qui ne comprend pas que demain ces marchés de droits à
polluer seront intégrés aux marchés financiers globalisés, et que la nature
deviendra elle aussi un produit dérivé, figurant dans le portefeuille des
investisseurs institutionnels ?
Il
en va de même avec l'eau. Selon le rapport 2000 du PNUD, 2,4 milliards de
personnes sont privés d'une infrastructure sanitaire correcte et 1 milliard de
personnes n'ont pas accès à l'eau potable. Confrontés à ce mode de
production porteur de telles inégalités, les gouvernements des pays développés,
au lieu de faire de cette ressource devenue rare un bien qui échappe à la
marchandisation ont opté pour l'accélération du programme de privatisation
des services de distribution de l'eau.
Comme
l'avait expliqué R. Luxembourg, "l'accumulation
et l'existence et le développement du capitalisme...[sont] impossibles sans une
expansion constante dans les domaines de production et des pays nouveaux".
C'est ainsi qu'elle montrait que la production d'armes était devenue une sphère
d'accumulation pour le capital en même temps qu'un moyen politique pour les
pays de la métropole d'imposer leur mode de production à toute la planète. Il
s'est écoulé un siècle depuis que ces analyses ont été formulées, un siècle
qui a vu les grandes puissances se déchirer dans deux conflits mondiaux pour la
conquête de la suprématie militaire et économique. Aujourd'hui, le mode de développement
dominé par le capital financier, incapable de satisfaire les besoins de base de
la plus grande partie de la planète, cherche un nouveau souffle grâce à
l'appropriation privée d'activités qui échappaient à la marchandisation
(nature, éducation) . Sans pour autant que le militarisme ait diminué comme en
témoigne le nouveau cycle de hausse des dépenses militaires engagé depuis
1999 aux États-Unis (36% des dépenses militaires mondiales) , le pays qui
constitue avec la coalition de l'OTAN (66% des dépenses militaires mondiales) ,
"le bras armé" dont le "nouveau désordre mondial" a
besoin.
7. Ne pas relâcher le combat contre
toutes les lois qui renforcent le pouvoir de la finance
Beaucoup
de ceux qui ont rejoint le mouvement anti-mondialisation, l'ont fait autour du
combat pour la mise en place de la taxe Tobin. Ce faisant, ils ont exprimé leur
opposition au pouvoir acquis par la finance, leur rejet des formes
contemporaines du capital financier et des traits rentiers, parasitaires et prédateurs.
Mais les membres d’ATTAC ne sont pas les seuls au sein du mouvement
anti-mondialisation, à considérer qu’il est plus que temps de donner un coup
d'arrêt au contrôle total que celui-ci exerce sur les entreprises par le
truchement des fonds de pension et de placement mutuel, des compagnies
d’assurance et des banques internationales, et donc sur les conditions de création
de la valeur et sur son mode de répartition. Le gouvernement d'entreprise fondé
sur l'objectif du "toujours plus" de valeur pour l'actionnaire domine
aujourd'hui dans la gestion de tous les groupes multinationaux qui exercent un
contrôle total sur la création de richesses à l'échelle mondiale. La gestion
et le contrôle par le capital financier, intégralement soutenu par les
politiques néo-libérales des gouvernements conservateurs et des tenants de la
"troisième voie" (parmi lesquels se trouvent les dirigeants du
gouvernement de la "gauche plurielle" français auxquels ce terme déplaît)
menace les conditions d'existence des salariés et
Les marchés
financiers, dont les investisseurs institutionnels et les autres capitalistes
financiers tirent une partie de leur immense pouvoir social, ont besoin pour
fonctionner d’un apport régulier de fonds liquides nouveaux. Ce sont des
fonds parasitaires qui ne s’investissent jamais dans des investissements
vrais, mais seulement dans des titres de propriété qu’ils font acheter et
vendre au gré des mouvements spéculatifs et de l’évolution de la
conjoncture. Tout ce qui contribue à
alimenter les marchés, consolide le pouvoir de la finance parasitaire et rentière.
C’est la compréhension de cela qui est l’apport indispensable d’ATTAC au
mouvement anti-mondialiste pris comme un tout. On ne peut donc que
s’interroger sur la mollesse avec laquelle certaines forces qui s'affichent du
côté du mouvement anti-mondialisation combattent contre les lois sur l'épargne
salariale (et parfois en saluent même les « aspects positifs »). Dans le cas
de la France ces lois constituent la première étape de la mise en place de
fonds de pension. Leurs auteurs ne cachent pas que leur ambition est de modifier
de fond en comble les rapports de force entre le capital et le travail. En
effet, comme l'écrit un rapport remis au Premier ministre français[10],
il s'agit de faire de l'épargne salariale " le fondement 'd'un
nouveau contrat social en gestation", qui consisterait à faire de
chaque salarié un actionnaire. Ces objectifs évoquent bien sûr ceux fondés
sur l'association capital-travail chère à la "participation" telle
quelle figurait dans le programme fondateur du gaullisme et qu'elle fut remise
en selle au cours des années soixante. Les objectifs du gaullisme se situaient
dans le cadre d'une croissance macro-économique forte dans lequel des salariés
réduits à l'état de membres d'une 'communauté sociale' auraient reçu
quelques 'dividendes du progrès'. Au-delà de ces mirages, les objectifs
politiques du gaullisme, à savoir la désintégration des organisations et
institutions collectives qui protégeaient le salariat, étaient alors
correctement appréciés, et la défaite de Gaulle marqua sans équivoque
l'opposition des salariés à ses projets.
Aujourd'hui,
on peut certes considérer simplement que l'actionnaire-salarié représente un
élément constitutif de l’utopie néo-libérale, celle qui nous décrit un
monde virtuel dans lequel tous les individus seraient tous les détenteurs d'un
capital humain et de droits de propriété qu'ils chercheraient à faire
fructifier. Mais cette utopie, aussi vieille que le capitalisme lui-même n'en
est pas moins fondée sur des objectifs et des besoins économiques et
politiques tout à fait réels. Il s'agit d'abord de détruire les systèmes de
protection collective qui ont été imposés au capital et qui représentent un
coût insupportable pour lui. En France, l'argument selon lequel l'épargne
salariale ne remettrait pas en cause le "système-de-sécurité-sociale-auquels-tous-les-Français-sont-attachés",
constitue un écran de fumée derrière lequel se retranchent les nouveaux
convertis au soutien à cette loi qui ne résiste en effet même pas à l'examen
des simples faits.
Dans tous les
pays où l'épargne salariale ou les fonds de pension existent, ils sont utilisés
pour affaiblir puis détruire les systèmes de protection collectifs, qu’ils
soient financés par la cotisation sociale, comme en France, ou par l’impôt.
Mais cette remise en cause n'est qu'une étape dans la "grande
transformation" à laquelle le capital veut
Devenus dépendants
pour leurs retraites, des flux de dividendes et d’intérêts perçues sur la
valeur, ainsi que des performances des marchés financiers, les anciens salariés
bénéficiaires de fonds de pension, commencent à avoir partie liée avec le
capital, c’est-à-dire avec ceux qui extraient la plus value des salariés au
travail. A cette scission s’en ajoute une autre entre Nord et Sud. Les systèmes
de retraite par capitalisation dépendent aussi de l'appropriation par le biais
des placements financiers et des opérations de spéculation réussies de
fractions de la valeur créée dans les pays dits « émergents ». Ainsi, la
satisfaction des exigences des fonds de pension et du capital rentier vient-elle
creuser un peu plus le fossé entre les salariés des Etats-rentiers et les
populations du reste de la planète et accentue les traits 'néo-impérialistes'
de la mondialisation.
Nous ne
pensons pas qu’il puisse y avoir de « anti-mondialisme » conséquent de la
part de ceux qui s’engageraient dans une telle voie ou qui lui laisseraient la
voie libre. Telles sont les réflexions que nous soumettons à l’échange et
au débat fraternels, en sachant que sur bien des points elles gagneront à être
discutées, clarifiées, amendées.
[1] Un
nouveau document d’ATTAC est en préparation au Conseil scientifique à
partir d’un rapport préparatoire
préparé par Bruno Jetin. Il fait la synthèse des discussions
concluant à la faisabilité de la taxe et montre les
faiblesses des positions défendues par le ministre et le ministères
des Finances de la France.
[2]
Marx, Fondements
de la critique de l’économie politique, Editions Anthropos, vol, I,
page 98, fin de l’avant
dernier paragraphe (souligné dans l’original).
[3] Voir,
par exemple, dans les Fondements de la
critique de l’économie politique, toujours aux Editions
Anthropos, vol, I, pages 412 et suivantes ; et dans Le
Capital, livre I, chapitre XXXII (la tendance historique de
l’accumulation capitaliste). Le fait que la réalisation de « la
négation de la négation » ait posé des problèmes
politiques redoutables qui sont pour l’instant plus loin que
jamais d’être résolus, n’ôte rien à l’importance
analytique de l’analyse dans ce chapitre.
[4]
Voir la brochure publiée par la
Coordination pour le contrôle citoyen de l’OMC sur l’AGCS,
Alerte générale pour la capture des services publics, avril 2000.
[5]
Voir les travaux fondateurs de C.B.
Macpherson , The Theory of possessive
individualism.
[6]
C’est à bon escient que Frédéric Lordon
consacre le dernier chapitre de son livre, Fonds
de pension, pièges à
cons
?, Liber
Raisons d’Agir, 2000, aux prétentions des apologues de ce nouvel avatar
de la propriété privée
d’établir
ce que Lordon nomme à juste titre « l’utopie monstrueuse de la ‘démocratie
des actionnaires’ ».
[7]
C’est surtout celui-ci que nous traiterons, car
le bien commun, en particulier sa concrétisation dans le domaine de
l’eau, Riccardo Petrella a écrit des pages que nous ne voulons pas
paraphraser. A cela, nous pourrions ajouter dans un monde de plus en plus
marchandisé, la nécessité de reprendre le thème de la gratuité d’accès
à des biens de base. Cette gratuité a évidemment un coût pour la société
et pose conjointement les problèmes de la propriété et de la
redistribution du surproduit. Elle pose aussi sur la question dépérissement
de la marchandise dont plus parlons plus loin.
[8] Marx,
Fondements, op.cit., page
[9] Marx,
Le Capital, volume III, chapitre
XLVIII.
[10]
C’est
le rapport De Foucauld-Balligand, L’épargne
salariale au coeur du contrat social, La
Documentation Française, 2000. On en trouvera une critique dans le
chapitre ‘L’épargne salariale ou la capitalisation honteuse’ du livre
collectif cooronné par Pierre Khalfa et Pierre-Yves Chanu, Les retraites au péril du libéralisme, 2° édition élargie,
Syllepse, 2000.
[11] K.
Marx, Travail salarié et capital, Editions
Sociales, 1952, (la citation est dans l’annexe point 6).