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Jubilé 2000/ Coalition des Alternatives Africaines Dette et Développement (C.A.D-Mali) - L’initiative PPTE, son CSLP et la Pauvreté au Mali

Cas de la privatisation des entreprises et sociétés d’Etat

(l’une des conditionnalités liées à l’initiative PPTE)

 

I.                   La crise du coton au Mali :

Les pays appauvris du Sud en particulier ceux de l’Afrique  du Sud du Sahara ont cédé aux diktats mondialistes du FMI e de la Banque Mondiale pour en finir avec les derniers vestiges du secteur d’Etat et de la réglementation. Les autorités maliennes au service des Institutions Financières Internationales a ouvert les vannes de l’augmentation des hydrocarbure, celle-ci a entraîné à son tour un spirale inflationniste qui a crée les conditions pour rendre attrayante pour le capital financier la main mise sur les derniers secteurs stratégiques de l’économie nationale.

            Le Coton constitue 50% des devises de l’Etat malien. De 1992 à 1998, chaque année la production ne faisait qu’augmenter. En 1998, la Compagnie malienne pour le Développement du Textile (CMDT) avec un chiffre d’affaire de 32,5 milliards détenu à 60% par l’Etat et 40% par la Compagnie Française de Développement du Textile (CFDT) a produit 500 000 tonnes avec 15 milliards de bénéfice. Et elle a versés à l’Etat au titre des taxes 45 milliards et 56 milliards au titre des droits de douane et 25,5 milliards au titre des amortissements.

Pendant la même période le nombre de paysans vivant au dessous du seuil de la pauvreté n’a cessé de progresser pour atteindre à ce jour plus de 71%. Les paysans exploités, se sont révoltés face à la volonté du gouvernement de leur faire payer la baisse des cours mondiaux du coton. Cette situation à abouti au refus d’un grande majorité de paysans à cultiver le coton pendant la campagne 1999-2000.

            Le Mali premier producteur du coton en Afrique du Sud du Sahara a vu sa production baisser de moitié de 500 000 tonnes à environ 250 000 tonnes. Un manque à gagner de 100 milliards de FCFA à l’Etat en 2000. A cela s’ajoute une baisse des cours mondiaux et des scandales financiers à l'intérieur de la société.

Face à cette crise le syndicat des travailleurs de la filière coton a signé un protocole d’accord avec la direction de la compagnie. Dans ce  accord les travailleurs ont accepté d’énormes sacrifices pour préserver leurs emplois :

·        Réduction de leur masse salariale de 23,25% soit 2,200 milliards,

·        Renoncer aux indemnités d’eau et d’électricité,

·        La non application de l’augmentation des salaires accordée à tous les travailleurs du Mali par le gouvernement  (7%)

·        Le redéploiement du personnel des usines qui n’ont pas fonctionné cette année.

En contre partie de ces sacrifices, les travailleurs attendaient du gouvernement et de la direction la garantie de leurs emplois. Il faut reconnaître que la situation dégradante de la Compagnie du Textile n’est pas un problème d’effectif. Tout semble avoir été mis en œuvre pour asphyxier la Compagnie et précipiter son agonie. Il est question aujourd’hui de réduire à nouveau de 20 à 37% les salaires des travailleurs, de fermer certaines usines, de supprimer au moins 1000 emplois. Le bateau est si assombri que la privatisation apparaît comme la seule planche du salut.

La privatisation bradage de la filière coton n’a donné le résultat prétendu dans aucun des pays qui l’ont tenté. La liquidation de la Compagnie  Malienne pour le Développement du Textile,  aujourd’hui serait synonyme d chaos pour les travailleurs et les producteurs de coton.

Les bailleurs de fonds à leur tête la Banque Mondiale jouent la carte de la privatisation, ils exigent le démantèlement de la filière. Selon eux c’est la condition de leur participation au redressement de la filière. Ils proposent comme plan de sauvetage la privatisation ce qui s’accompagnera de licenciement massif des travailleurs. Le licenciement n’a pas de sens pour les travailleurs car près de 400 millions de FCFA devraient être engloutis au titre de salaires annuels des sept administrateurs (à leur  Jean  François Martin Directeur Général Adjoint de la CMDT, qui a piloté avec échec le processus de privatisation de la Compagnie Ivoirienne du Développement de Textile « CIDT ») venus depuis trois mois pour dit-on, redresser la compagnie.

Quant au gouvernement, qui est entièrement responsable de la crise (car n’ayant rien entrepris pour empêcher la délinquance financière « plusieurs milliards de FCFA ont détournés par les premiers responsables de la compagnie » au sein de la Compagnie), dans son document des états généraux sur le coton s’est engagé à revoir certains modes de gestion et d’administration de la filière cotonnière en insistant sur le désengagement de la Compagnie dans  certaines des activités essentielles en l’occurrence le transport et la gestion des intrants agricoles qui tomberont dans le giron des privés .

(Source : conférence de presse du 21/04/2001 de la Section syndicale, Filière Coton)

II.                Concession  globale de la Régie du Chemin de Fer du Mali (RCFM) :

Suite à la rencontre entre les autorités du Mali et du Sénégal tenue le 16 janvier 2001 à Dakar il a été décidé d’aller plutôt à une concession globale de l’axe Dakar – Bamako pour une durée de 25 ans renouvelable. Cette rencontre a précédé celle de Washington tenue du 21 au 23 février 2001 avec les bailleurs de fonds où les décisions prises et consignées dans document « mise en concession de l’axe Dakar – Bamako » appellent quelques remarques.

Il s’agit entre autres de :

1.      Concession Globale :

La concession globale porte sur le réseau malien en totalité tandis que pour le Sénégal ce sera uniquement l’axe trafic international. Ainsi l’axe Dakar – Bamako qui est l’une des voies d’accès du Mali à la mer et en outre la plus économique pour le fret solide et liquide à destination ou en provenance de notre pays enclavé est totalement concédé (trafic international et national). Le Sénégal peut conserver son trafic national appelé trafic urbain. Ceci veut dire que la SNCS (Société des Chemins de Fer du Sénégal) conservera toujours son trafic national pendant que la RCFM (Régie du Chemin du Fer du Mali) disparaîtra.

2.      Gestion des infrastructures :

Le programme d’investissement en infrastructures à réaliser les cinq (5)  premières années de la concession pourra être financé à partir de trois (3) sources à savoir :

·        Autofinancement du concessionnaire, (ce qui n’est pas évident) ;

·        Crédits IDA rétrocédés par les Etats au concessionnaire, (en cours d’acquisition) ;

·        Prêts mobilisés directement par le concessionnaire sans garantie de l’Etat, (pas évident). (il est certain que le concessionnaire sera surtout enclin à opter pour la 2ème source) .

3.      Matériel Ferroviaire :

Le concessionnaire a 7 ans  pour rembourser de façon échelonnée la totalité du matériel ferroviaire acquis auprès des Etats. Quant aux nouveaux matériels, ils seront librement acquis et financés par lui sans l’intervention des Etats.

4.      Question du personnel :

Le concessionnaire sélectionnera son personnel parmi celui existant dans les deux réseaux (SNCS - RCFM) sur une bas e paritaire. Les Etats feront de leur affaire le personnel non repris. Les Etats Sénégalais et Malien se proposent de solliciter auprès des bailleurs de fonds le financement du coût des redéploiements et départs pour une réinsertion du personnel non repris. Cette négociation n’a pas encore commencé alors commencé alors que le dossier d’appel d’offres est lancé et la privatisation doit voir le jour début 2002.

Il est à noter que depuis quelques années les cheminots ont opté pour la convention, ce qui signifie que leur sort est désormais lié à celui de l’Entreprise. Pourtant des fonctionnaires qui n’ont pas leur avenir lié à celui de l’Entreprise ont été envoyés pour gérer lé Régie. (Présentement c’est un colonel des armées qui est PDG de la Régie).

5.      Arbitrage :

Les cas de litige seront traités sur le plan international ; ainsi l’Etat perd totalement sa souveraineté.

6.      Création de GIE (Groupement d’intérêt Economique ) :

Dans le rapport de la Banque Mondiale, le personnel non repris serait regroupé en GIE sous l’assistance de la même Banque Mondiale après une formation de 45 jours sous sa direction. Cette formule est utopique car dans les précédents départs volontaires et forcés aux années (1987-88, 8 809 agents d’Etat en tout !) la Banque Mondiale n’a pas respecté ses engagements et la direction de la RCFM refuse de donner les marchés aux Ex – cheminots regroupés en GIE. En outre, dans le cadre de la globalisation ou le marché du travail est ouvert à tout le monde, la compétitivité est de règle. Aussi, le monopole ne sera pas donné à un GIE cheminots qui n’aura reçu qu’une formation de 45 jours.  Ainsi les règles du jeu sont faussées dès le départ car elles sont inégales.

            Lors de la réunion du 09 février 2001 à la Direction Générale de la Régie la section syndicale RCFM s’est démarquée de la position de la direction en rapport avec la concession globale où les intérêts des travailleurs sont à peine effleurés sinon inexistants et où on ne tient nullement compte de la dimension sociale de concession.

            Nous pensons que si les responsables participent à des négociations en tant que  représentants du pays, ils doivent le faire au mieux des intérêts du pays et de la population ; mais à lire le document de Washington nous nous demandons si tel le cas. D’autant que suivant le contenu du résumé de l’étude sur l’axe ferroviaire Dakar – Bamako, la synthèse de la réunion tenue à Paris le 07 juillet 1994 précisait  qu’il faut d’abord passer par l’étape de la SETI(Société d’Exploitation du Trafic International) où chaque Etat conservait son trafic national, les infrastructures et la sécurité.

 

La lettre ouverte de la section syndicale de la Régie au Président de la République du Mali est assez illustrative :

 

« Monsieur le Président,

Au moment où on parle de lutte contre la pauvreté (CSLP), au lieu de créer des emplois, n’est-il pas paradoxale qu’on cherche à privatiser encore nos Sociétés et pas  les moindres, envoyant ainsi en chômage de nombreux chefs de famille qui viendront grossir le rang de ceux qui attendent toujours sans fin leur réinsertion.

Le chemin de fer est l’épine dorsale pour le Mali pays enclavé. Comment peut-on, au nom de la mondialisation le concéder sans tenir compte des intérêts des milliers de riverains dont les intérêts sont liés à l’existence du Chemin de fer et du pouvoir d’achat de la population malienne ?

Dans cette  mondialisation, il est temps qu’on sache que le monde n’est pas une marchandise. La globalisation néo-libérale met un pont entre les élites du Nord et ceux du Sud. Elle consiste à faire le maximum de profit. Les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent. En effet, les fonds de privatisation sont exportés à l’étranger car les bénéficiaires de la privatisation sont des investisseurs étrangers qui ne ciblent que des Sociétés vivables quoi qu’on dise (Energie du Mali, Société des Télécommunications, Régie du Chemin de Fer du Mali, Office du fleuve Niger, Compagnie Malienne du Développement du Textile…).

Monsieur le Président,

Le marché mondial a entraîné une épidémie de pauvreté, de chômage et d’insécurité qui n’épargne aucun continent.

Sans monter de compassion ni de conscience, les investisseurs sont en train de créer au détriment des travailleurs et de la population un monde où la cupidité est une qualité et la compétitivité une religion, un monde où les population doivent servir les besoins du monde et non l’inverse.

Monsieur le Président,

Par la présente, nous attirons votre attention sur la gravité de la situation actuelle qui prévaut à la Régie du Chemin de Fer où les travailleurs n’ont nullement été associés à cette prise de décision. C’est le communiqué de MADAME LA Ministre chargée des Transports qui leur a donné l’information. Ceci est en contradiction avec la synthèse de la Banque Mondiale qui est d’accord pour la privatisation par étapes.

·        Le Sénégal peut-il décider pour le Mali ?

·        Où est la souveraineté du Mali ?

·        Quel sort est réservé aux 1174 agents si le concessionnaire ne reprend que 300 agents ?

·        Qu’adviendra t-il des riverains du rail ?

·        Dans la lutte contre la corruption prôner par vous-même Monsieur le Président, nous comprenons pas pourquoi l’audit de gestion de la Régie du Chemin du Fer reste lettre morte jusqu’à présent. Nous voulons savoir pourquoi nous en sommes arrivés là.

·        Autant de questions qui méritent réponse car un jour viendra où chacun devra répondre de ses actes face à l’histoire ; c’est là aussi l’une des vertus de la démocratie… »

(Extrait de la Lettre ouverte de la section syndicale au  Président de la République du Mali publié au Journal Nouvel Horizon N°1673 du 16/05/2001).

 

Les facilités d’Ajustement Structurel Renforcées (FASR) liées à l’initiative PPTE d’allégement de la dette insoutenable furent transformées suite à la pression de la campagne mondiale pour l’annulation de la dette en Facilités pour la Réduction de la Pauvreté et la croissance (FRPC) au cœur duquel se trouve le Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP)

Le CSLP est considéré comme stratégie propre aux pays débiteurs et doit servir d’instrument clé dans les relations entre ces pays et la communauté des donateurs. Le CSLP servira de cadre de renforcement pour les prêts concessionnels de la Banque Mondiale et du  FMI aux pays PPTE ainsi que pour les allégements de la dette au titre de l’initiative PPTE

Les facilités pour la réduction de la pauvreté et la croissance et le document de stratégie comme CSLP sont des nouveaux noms donnés aux programmes d’ajustement structurel.

L’acceptation de ces politiques à travers l’initiative PPTE constitue une condition sine qua non posée par le FMI, la Banque Mondiale, le Club de Paris et le G7 pour qu’un pays  classé PPTE comme le Mali bénéficie du allégement de remboursement et le nouveau crédit d’ajustement.

Le Jubilé 2000/Coalition des Alternatives Africaines Dette et Développement (CAD – Mali) conscient de l’extrême pauvreté (68% selon les statistiques officielles) et de l’accroissement des inégalités sociales dues aux conditionnalités liées aux PAS en application dans notre depuis 1982.

Ces conditionnalités imposées par les décideurs de la politique internationale ont engendré des conséquences économiques et sociales désastreuses pour notre pays : recul de consommation des ménages, baisse de la production, liquidation des sociétés et entreprises par le biais des privatisations imposées, chômage, augmentation de la dépendance alimentaire, chute croissante de la valeur des produits exportés tels que le coton et l’or, augmentation des charges fiscales mettant les produits de première nécessité (eau, électricité, céréales…) hors de la portée des populations, détériorations des conditions de santé (recrudescence de certaines maladies comme la tuberculose et le paludisme et le VIH/SIDA) et d’éducation (le blocage actuel du système scolaire) ; la détérioration des valeurs traditionnelles, ciment de notre tissu social ;

Si séduisants que cela puissent paraître les changements de discours et de concepts prônés dans la conception du CSLP, nous attirons l’attention de tous les mouvements sociaux, de l’opinion publique nationale et internationale :

·        Que la situation d’extrême pauvreté et les inégalités sociales croissantes sont inacceptables et tolérables ;

·        Que l’initiative PPTE/CSLP ne constitue pas la solution efficace à la lutte contre la pauvretés au Mali ; en effet les 340 milliards de FCFA octroyés au Mali en septembre 2000 au titre des allégements de la Dette pour une période de 30 ans ! donc arithmétiquement environ 11,30 milliards/an en est une preuve ;

·        Que l’élaboration du document CSLP ne remet pas en cause le principe de l’ajustement structurel, qui au contraire reste à la base des conditions exigées et le risque existe que les conditionnalités des Institutions Financières Internationales soient de plus en plus exigeantes et les conséquences encore plus dramatiques pour les populations dans les années à venir. (Selon l’Observatoire du Développement Humain Durable et de Lutte Contre la Pauvreté au Mali, ODHD/LCP, (organisme gouvernemental), « …le service de la dette, prélevé directement sur nos recettes et assuré en grande partie grâce aux dons et nouveaux prêts augmentera de 56 milliards en 2000 à 93 milliards de FCFA en 2004 » (ADHD/LCP, rapport provisoire 2000).

Hier les PAS, aujourd’hui le CSLP qui ne sont autre que des politiques anti-sociales cautionnées par des dirigeants impopulaires et sangsues. Le poids de la dette va continuer à asphyxier l’économie du pays. Les conditionnalités liées à l’initiative au lieu de réduire la pauvreté vont l’accroître.

Ensemble, restons sereins et mobilisons davantage nos efforts dans la synergie enfin de briser le cercle infernal de la dette pour une plus grande satisfaction des besoins sociaux fondamentaux de nos populations.

 

 

P/le Bureau

Le Secrétariat Permanent (C.A.D – Mali)

Samba TEMBELY

 

Bureau national C.A.D - Mali sur PPTE et Pauvreté au Mali.
Mme Barry Aminata Touré
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Email : samba@altavista.fr