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DECLARATION DU FORUM DE LA SOCIETE CIVILE
SUR LA RELECTURE DU CADRE STRATEGIQUE
DE
LUTTE CONTRE LA PAUVRETE (CSLP)
(Ouagadougou,
le 28-30 juillet 2003)
Préambule
-
Considérant que la pauvreté au Burkina est une pauvreté de masse touchant la
majorité de la population,
-
Considérant l’ampleur d’un tel phénomène qui est rappelée chaque année
dans le classement de notre pays en queue des nations par l’Indice du Développement
Humain,
-
Nous, représentants des organisations de la société civile réunis à
Ouagadougou les 28, 29 et 30 juillet 2003 pour la révision du CSLP, faisons la
présente déclaration :
1.
Prenons acte de l’initiative du CSLP comme catalyseur des efforts des
différents acteurs dans la lutte contre la pauvreté. Toutefois, nous dénonçons
les conditionnalités imposées par la Banque Mondiale et le FMI. Nous demandons
leurs suppressions car elles sont contradictoires avec les stratégies de réduction
de la pauvreté.
2.
Déplorons les conditions de son élaboration, de sa mise en œuvre et de
son évaluation qui n’ont pas permis une large concertation avec tous les
partenaires en général et avec la société civile en particulier, ainsi que
la faible implication des communautés à la base.
3.
Reconnaissons le bien fondé de donner la priorité à l’éducation de
base comme stratégie de lutte contre la pauvreté, mais demandons de poursuivre
la réflexion prospective pour donner aux pauvres des compétences et des
capacités pour sortir effectivement de leur pauvreté et pour permettre au
Burkina de compétir efficacement sur la scène internationale. Nous pensons que
l’éducation de base seule ne peut permettre au Burkina d’atteindre
l’objectif du CSLP d’accélérer la croissance dans l’équité, dans la
mesure ou la croissance économique dépend, de nos jours, de la maîtrise des
sciences et des techniques au niveau le plus élevé.
4.
Décidons de conjuguer nos forces pour intensifier la lutte que nous
menons quotidiennement contre la pauvreté sous toutes ses formes.
5.
Souhaitons voir le gouvernement affirmer davantage sa volonté de lutter
contre la pauvreté et faire de cette lutte une priorité nationale mobilisation
de toutes les énergies et de plus grandes ressources nationales. Cette volonté
doit se traduire aussi bien dans les discours que dans les actes.
6.
Relevons la nécessité d’élaborer et d’adopter une politique
nationale genre indispensable à l’opérationalisation des programmes de lutte
contre les discriminations dont sont victimes certaines catégories sociales.
7.
Emettons de sérieux doutes sur la pertinence de la stratégie,
consistant à faire du secteur privé, le moteur d’une croissance accélérée
permettant de lutter contre la pauvreté. Nous pensons que l’Etat doit jouer
un rôle fondamental dans les actions de développement visant la réduction
significative de la pauvreté.
8.
Exprimons nos vives inquiétudes sur la pertinence de certaines options
politiques dans le domaine agricole, il s’agit notamment de la promotion de
l’agro-business avec comme conséquence la spoliation des meilleures terres de
paysans voués à devenir, dans le meilleur des cas et dans un proche avenir des
ouvriers agricoles sans avenir. Il s’agit également de l’engagement récent
de notre pays dans l’expérimentation des Organismes Génétiquement Modifiés
(OGM) dans la production du coton. Celle-ci suscite d’autant plus d’inquiétudes
que même les pays Européens hésitent à se lancer dans cette aventure du
transgénique dans un contexte de connaissance insuffisante des effets de ses
organismes transgéniques sur l’environnement et sur la santé humaine et
animale. La précarité de notre écosystème et de nos ressources techniques,
scientifiques et matérielles devaient nous rendre encore plus prudents, voire méfiants.
Par ailleurs doit être prise en compte une dépendance totale de nos pays par
rapport aux semences et commercialiser par les multinationales de
l’agro-business plus préoccupé par le profit que par la résolution des
problèmes de production et de pauvreté.
9.
Nous prenons bonne note des mesures législatives et institutionnelles
prises pour assurer la bonne gouvernance, comme participation à la vie démocratique,
nationale et locale, gestion transparente des ressources publiques. Cependant,
nous constatons que ces mesures restent théoriques, que les acteurs politiques
ne jouent pas leur rôle d’éducation des populations, que la gestion des
ressources publiques se fait en contradiction avec le principe de lutte contre
la pauvreté exigeant sobriété de tous et exemplarité des dirigeants. Nous
constatons que beaucoup d’actes de délinquance économique restent impunis
faisant ainsi douter de la volonté réelle du gouvernement de lutter contre la
pauvreté et démobilisant les autres acteurs de la vie socio-économique
nationale.
Aussi,
en ce qui concerne les fonds Pays Pauvres très Endettés (PPTE), fonds spécialement
destinés aux pauvres, nous exigeons une gestion transparente. En particulier,
nous voulons avoir accès aux informations relatives aux ressources collectées
et aux dépenses effectuées.
10.
Demandons que la dette contractée par notre pays ne soit plus
l’affaire du seul gouvernement mais de l’ensemble de la population à
travers un mécanisme de contrôle en dehors de l’Assemblée Nationale. Par
ailleurs, considérant que la dette constitue un frein énorme au développement
des pays pauvres et qu’elle a déjà été remboursée plusieurs fois, nous
exigeons son annulation pure et simple.
11.
Promettons de renforcer nos capacités techniques et organisationnelles
afin de contribuer efficacement à la défense des intérêts stratégiques des
communautés de base, nous nous engageons aussi à renforcer nos capacités de
lobbying et de plaidoyer pour un impact réel des résultats du CSLP sur les
populations.
12.
Concluons que la société civile est heureuse de son implication dans le
processus de révision du CSLP. Cependant, cela ne suffit pas car l’avenir
d’un pays se construit et il se construit avec tous les acteurs. C’est
pourquoi elle insiste pour que la lutte contre la pauvreté s’intègre dans
une vision commune
Fait
à Ouagadougou, le 30 juillet 2003,