Nos convictions
Nous sommes des internationalistes. La mondialisation, phénomène objectif, nous réjouit dans la mesure où
elle rend plus impérieuse l’exigence éthique de non-discrimination, où elle
facilite le rapprochement entre les peuples et l’émergence d’une solidarité
mondiale, où elle pose, dans le concret des défis qu’elle provoque, la
question de la subsidiarité et de la capacité à mettre en place, au niveau
mondial, des institutions transparentes et contrôlées. C’est pourquoi nous récusons
cette étiquette d’anti-mondialistes collée par des journalistes trop souvent
enclins à la caricature.
Par
contre, ce que nous combattons, c’est la globalisation,
une vision très partisane du monde qu’on s’efforce – milieux
d’affaires, partis politiques et media – de nous présenter comme un phénomène
inéluctable, comme l’horizon indépassable d’une humanité qui serait arrivée
à la fin de son histoire. La globalisation est le résultat d’un choix et
d’une volonté. Nous récusons la pertinence de ce choix et nous opposons à
cette volonté une résistance radicale. Car la globalisation, projet total, est
une entreprise d’asservissement par lequel on entend soumettre la planète et
ceux qui l’habitent à l’appétit de puissance et de profit d’un petit
nombre.
Comme
jamais auparavant, les humains sont confrontés à une entreprise globale de dépossession
de la maîtrise de leur destin. Les formes brutales de la servitude –
esclavage, servage, colonialisme, taylorisme, stakhanovisme - sont remplacées
par des techniques plus insidieuses d’aliénation. Pendant des siècles, des
femmes et des hommes se sont battus pour que l’humain soit reconnu dans sa
dignité et que l’homme soit davantage un peu moins « un loup pour
l’homme ». Cette quête, après des avancées parfois spectaculaires,
est aujourd’hui contrariée, freinée, combattue par ceux qui s’imposent
comme les « maîtres du monde » (ainsi que se désignent ceux qui se
retrouvent à Davos) et s’emploient à restaurer les pratiques du 19e siècle
à une humanité qui entre dans le 21e.
Nous
sommes des internationalistes. Notre mise en cause des institutions
internationales et en particulier
de l’Union Européenne et de l’Organisation Mondiale du Commerce ne peut, en
aucune façon, être assimilée à un repli nationaliste. C’est au nom de
la démocratie et non pas de l’Etat-Nation que nous dénonçons le caractère
opaque et oligarchique de ces institutions. La souveraineté n’est pas le
monopole de l’Etat-Nation. Elle doit pouvoir s’affirmer à des niveaux inférieurs
ou supérieurs à celui-ci. De même, notre respect pour les diversités ne peut
être confondu avec une quelconque crispation identitaire. Nous sommes de ceux
qui assument parfaitement la nécessaire complémentarité entre
l’enracinement et l’universel. Jean Jaurès s’exclamait : « un
peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d’internationalisme
y ramène », la patrie étant avant tout à nos yeux, comme l’écrivait
Cicéron, « l’endroit où l’on
se sent bien ».
La
résistance à la globalisation comporte de multiples tâches. Toutes nécessaires.
Toutes complémentaires. Nous avons choisi celle qui consiste à mettre
l’expertise à la portée du plus grand nombre pour inciter à l’action et
pour la nourrir. Nous ne sommes pas les seuls. D’autres ont déjà fait ce
choix, chacun selon leurs spécificités. Nous rendrons compte des travaux de
ces collègues que sont, par exemple, les formidables équipes du Corporate
Europe Observatory (Amsterdam) et de Focus on Global South (Bangkok). Et chaque
fois que cela sera possible, nous proposerons les collaborations que
l’efficacité suggère.
La
matière que nous traitons est complexe. Cette complexité est aggravée à la
fois par le secret et l’opacité des mécanismes de la prise de décision.
C’est à dessein que les textes en vertu desquels on prétend régir nos
existences sont, tant par le choix du vocabulaire que par celui des
formulations, inaccessibles au plus grand nombre. Rédigés dans le secret, ils
contribuent à l’opacité dont s’entourent les décideurs.
C’est
la prise de conscience de cette nécessité d’un travail de décodage des
textes, des négociations et des décisions, d’interprétation et de
vulgarisation qui se trouve à l’origine de l’Unité de Recherche, de
Formation et d’Information sur la Globalisation. Notre ambition est également
de partager ce travail avec ceux qui n’y ont pas accès et qui se trouvent,
pour la plupart, dans les pays du Sud.
Notre
démarche est une contribution. Nous ne sommes qu’une composante d’un vaste
mouvement riche d’une diversité au respect de laquelle nous tenons
absolument. L’internationale citoyenne est forte parce qu’elle rejette le
modèle historique d’internationales dont le centre s’employait à imposer
son modèle. On connaît leur échec. Nous entendons être partie prenante
d’une internationale qui accorde la priorité aux objectifs qu’elle poursuit
et réduit au minimum les contraintes de structure et d’organisation. Il est
possible d’être efficace à travers des modes de fonctionnement respectueux
des diversités et éloignés du modèle classique de la hiérarchie pyramidale.
N’en déplaise à certains, manifestement incapables de le comprendre et
acharnés à souligner ce qui nous différencie sans jamais voir ce qui nous
rassemble.
D’emblée,
le projet URFIG a rencontré le soutien d’Oxfam Solidarité, en Belgique, et
de l’Institut pour la Relocalisation de l’Economie, en France. Très vite,
à ces appuis, se sont ajoutés ceux, décisifs, de la Fondation France Libertés
et de la Fondation Goldsmith. Mais
cette entreprise n’aurait pas vu le jour si, à l’origine, nous n’avions
pas eu les encouragements du Professeur Pierre Bourdieu et l’aide d’un
couple de généreux mécènes qui ne désirent donner aucune publicité à leur
geste. Qu’ils soient ici tous remerciés.
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