Document URFIG - Prise de position relative à l'ADPIC
ACCES AUX MEDICAMENTS :
LE
PROFIT PASSE AVANT LA SANTE
(Dr
Raoul Marc JENNAR, 21 décembre 2002)
La
conférence ministérielle de l'OMC, réunie à Doha (Qatar) en novembre 2001,
avait chargé les instances compétentes de l'OMC de trouver, avant le 31 décembre
2002, une solution au problème de la compatibilité du régime des brevets
tel qu'imposé par l'OMC avec le nécessaire accès aux médicaments, en
particulier dans les pays qui n'ont pas d'industrie pharmaceutique et qui
doivent donc les importer. Il s'agissait essentiellement des pays faisant face
à des graves problèmes de santé publique, faisant face aussi à des épidémies
telles que le sida, le paludisme ou la tuberculose ou d'autres épidémies et
qui ont un urgent besoin de médicaments à bas prix.
Un
groupe important de pays en développement avaient proposé l'adoption d'un
texte interprétatif - et donc susceptible d'entrer en vigueur immédiatement -
de l'article 30 (article relatif aux cas de suspension des droits des détenteurs
des brevets).
Les
Etats-Unis et la Suisse refusaient toute modification du texte existant et concédaient
un moratoire sur les poursuites pour une période courte.
L'Union
européenne, soucieuse de concilier la protection des intérêts des
multinationales pharmaceutiques et en même temps l'image qu'elle s'efforce de
propager d'un groupe de pays animés par des idéaux humanistes, solidaires et généreux
avait proposé une formule consistant à réviser l'article 31 (article relatif
au droit d' importer des médicaments à bas prix dans des cas graves),
formule qui ne présentait que des inconvénients et était en fait impraticable
:
-
cette formule ne pouvait entrer en vigueur immédiatement alors qu'il y a
urgence (la révision d'un texte de l'OMC exige l'accord de la conférence
ministérielle qui ne se réunit que tous les deux ans, accord qui doit ensuite
faire l'objet d'une ratification par les 144 Etats membres ),
-
cette formule représentait une formidable marche arrière par rapport aux
engagements de Doha en présentant des définitions très restrictives des
maladies en cause et des pays concernés.
-
cette formule imposait en outre un droit de regard de l'OMC sur les Etats
concernés et exigeait de telles contraintes bureaucratiques et administratives
aux douanes de ces pays qu'aucun d'entre eux n'auraient pu les mettre en oeuvre.
Bref la
solution européenne, qui, sur l'insistance des représentants de la Commission
européenne, était devenue, avec des amendements, la proposition des
instances de l'OMC était en soi plus mauvaise que le status quo.
Ce
vendredi 20 décembre, les négociations de Genève ont échoué, les pays
riches, Union européenne et USA, chacun pour leur part, ayant préféré
prendre le risque de l'échec que d'accepter de rencontrer les attentes légitimes
des peuples du Sud.
L'URFIG
dénonce l'attitude de l'Union européenne qui, une fois de plus, après des déclarations
tapageuses destinées à endormir l'opinion publique (Pascal Lamy avait déclaré
l'an passé au journal français Libération vouloir faire passer "la santé
avant le profit"), dans le secret des négociations, manifeste un zèle
tout particulier à faire le contraire de ce qu'elle dit.
Des
centaines de milliers de vies humaines sont en cause. Mais, pour la Commission
européenne, les profits plantureux des industries pharmaceutiques doivent
être protégés à tout prix.
Pour
l'URFIG,
Dr
Raoul Marc JENNAR