Document soutenu par l'URFIG relatif à l'ADPIC
L’ACCES
AUX MEDICAMENTS ESSENTIELS : RIEN N’EST REGLE
DES
PARLEMENTAIRES BELGES DEMANDENT LA
MISE EN OEUVRE
DES INTENTIONS DE DOHA ET LA REVISION DE L’ARTICLE 30 DE L’ADPIC
La
« Déclaration de Doha sur l’ADPIC
et la santé publique » a le mérite de reconnaître l’impact des
brevets sur les prix des médicaments et le problème fondamental qui est ainsi
posé de l’accès aux médicaments et du droit à la santé.
C’est
le principal résultat de Doha. En dépit des déclarations tapageuses des
gouvernements européens et de la Commission, force est de constater que ce
constat n’a guère engendré de mesures conséquentes. La Déclaration se
contente de formuler le vœu que l’ADPIC « n’empêche
pas les Membres de prendre des mesures pour protéger la santé publique »
et affirme que « ledit accord peut
et devrait être interprété et mis en oeuvre d’une manière qui appuie le
droit des Membres de l’OMC de protéger la santé publique et, en particulier,
de promouvoir l’accès de tous aux médicaments. »
Ce
fut le maximum obtenu à Doha. Un vœu pour que les pays qui disposent d’une
capacité de production pharmaceutique puissent produire des médicaments génériques
en ayant recours aux « licences obligatoires.» Ce qui concerne, en fait,
dans le Sud, une minorité de pays (Afrique du Sud, Brésil, Thaïlande, …).
Ceux-ci n’étant pas rangés dans la catégorie des PMA, l’ADPIC sera
d’application intégralement à partir de 2006. Quant à l’immense majorité
de pays confrontés à de multiples et graves problèmes de santé publique et
qui n’ont pas de capacité de production et doivent donc importer (c’est la
technique des « importations parallèles »), les pays riches, à
Doha, ont fait une seule concession : renvoyer la discussion à l’OMC au
sein de laquelle une négociation doit aboutir pour la fin 2002.
A
trois mois de cette échéance, aucun progrès substantiel n’a été accompli
dans cette négociation.
Trois
options s’opposent sur la question des importations parallèles :
a)
soit réviser l’article 30 de l’Accord sur les droits de propriété
intellectuelle. Cet article laisse à chaque Etat membre le droit de définir
des exceptions aux droits des détenteurs de brevets. Une révision de cet
article, demandée par l’immense majorité des PVD et par des ONG comme MSF,
Oxfam et l’URFIG, viserait à fournir une interprétation précise de la portée
des exceptions qui ne soit plus soumise à l’approbation préalable des détenteurs
de brevets. Il s’agirait de créer une « exception pour la production »
en faveur de pays tiers confrontés à de graves problèmes de santé publique.
Cette formule permet une mise en oeuvre automatique du droit d’exporter des médicaments
génériques vers les pays qui en ont besoin.
b)
soit réviser l’article 31 comme le propose la Commission Européenne avec
l’aval des 15 gouvernements. Il s’agit d’une approche très restrictive de
l’esprit et de la lettre de la déclaration de Doha. La Commission européenne,
dans sa communication (18 juin 2002) :
- ne parle plus de santé publique, mais se limite à 3 épidémies – sida, tuberculose, paludisme - à l’exclusion des autres épidémies possibles
- les dispositions ne bénéficient en fait qu’aux PMA, le souci étant de limiter le plus possible le nombre de pays éligibles ;
-
il n’y a pas de définition précise de « la capacité de
production insuffisante ;»
-
les pays éligibles doivent satisfaire à un grand nombre de contraintes
réglementaires et administratives dont certaines sont tout simplement
impraticables, vu le manque de ressources humaines, les faiblesses
institutionnelles et administratives, la pauvreté des moyens financiers ;
-
elle fait dépendre l’approvisionnement d’un pays en médicaments
d’une procédure longue et incertaine
dans laquelle interviennent plusieurs acteurs (détenteurs du brevet, pays
producteurs,…) alors qu’il s’agit de situations d’urgence sanitaire ;
-
elle conditionne le droit d’importer des médicaments génériques à
la mise en oeuvre de moyens administratifs d’encadrement et de contrôle dont
ils sont dépourvus.
-c)
soit, comme le demandent les Etats-Unis, le Canada et la Suisse, ne pas modifier
l’ADPIC et instaurer un moratoire au cas par cas sur la mise en oeuvre de l’ADPIC.
Compte
tenu des blocages persistants à Genève, compte tenu de l’échéance du 31 décembre,
des parlementaires d’Agalev, du CDH, d’Ecolo, du PS et du SP-A ont apporté
leur soutien à une proposition de Mme M. Gilkinet et ont déposé, à la
Chambre et au Sénat, une proposition de résolution qui demande au gouvernement
d’intervenir pour que soient respectés l’esprit et la lettre de la déclaration
de Doha sur les médicaments et pour que l’option consistant à réviser
l’article 30 soit privilégiée.
Sont
associés à cette initiative :
Mmes
De Meyer (SP.A) Descheemaeker (Agalev) Drion (Ecolo), Gilkinet (Ecolo), Lalieux
(PS), Nagy (Ecolo)
MM.
Barbeaux (CDH), Cornil (PS), Lefèvre (CDH), Willems (Spirit)
Agalev-Ecolo :
Verts flamands et francophones belges
PS-SP.A :
socialistes
CDH :
Centre pour une démocratie humaniste (anciennement chrétiens-démocrates
francophones)
Spirit :
nationalistes flamands de gauche