Document soutenu par l'URFIG relatif à l'agriculture

 

 

L’OAPI  SAPE LES INTERETS DES PAYSANS

EN AFRIQUE FRANCOPHONE

Communiqué de presse de GRAIN

(Genetic Resources Action International - Action internationale pour les ressources génétiques)

Cotonou (Bénin), 26 février 2002



 
Des ONG oeuvrant pour la valorisation de la diversité biologique et le développement durable dénoncent l’entrée en vigueur de l’Accord de Bangui révisé le 28 février 2002, par la Direction Générale de l’Organisation Africaine de Propriété Intellectuelle (OAPI). Cet accord signé  en février 1999, par 15 pays francophones d’Afrique, instaure un régime de propriété intellectuelle sur les semences. Il a été préparé sans  aucune participation des paysans qui vont subir les conséquences. En effet, cet accord restreint le droit des agriculteurs de sauvegarder des  semences, et impose un genre de système de privatisation du vivant.

La révision de l’Accord de Bangui est née du fait que depuis 1995, la protection des obtentions végétales est devenue une condition préalable pour tout pays membre de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Dans ce contexte, l’UPOV (Union Internationale pour la Protection des Obtentions Végétales) et l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) ont fait pression pour que l’OAPI se précipite pour  changer son texte fondamental, en adoptant des règles similaires à celles de l’UPOV. Le système de droit sur l’obtention végétale régi par l’UPOV ne protège que les intérêts des multinationales et des supporters de l’agriculture industrielle.

Le nouvel Accord de Bangui accorde des droits exclusifs (monopoles) à ceux qui produisent des variétés végétales qui sont nouvelles, distinctes, uniformes et stables. Les variétés traditionnelles et les connaissances qui y sont rattachées, alors qu’elles représentent la base même des variétés modernes, sont laissées à l’écart. Dès lors, les paysans auront à payer des redevances sur les nouvelles semences et n’auront le droit de garder une partie de leur récolte pour re-ensemencer leurs champs, que sous certaines conditions. Ce système juridique  provient des pays industrialisés et les conséquences sont connues : perte de la diversité, disparition des variétés (érosion génétique) et  des savoirs traditionnels, prise en main du marché par les firmes transnationales, détournement des programmes de recherches.

Pourtant, des alternatives existent. Dans le respect des engagements internationaux pris par les pays africains (non seulement avec l’Organisation Mondiale de Commerce – OMC, mais aussi avec la Convention sur la Diversité Biologique - CBD), l’Organisation de l’Unité  Africaine (OUA) œuvre pour un système de droit bien plus respectueux des réalités en Afrique. Ainsi, sous l’égide de l’OUA, une « législation  modèle africaine pour la protection des droits des communautés locales, des agriculteurs et des obtenteurs et pour des règles d’accès aux ressources biologiques » a été élaborée. Les chefs d’Etat de tous les pays membres de l’OUA le préconisent comme base des législations nationales.

La Loi Modèle de l’OUA devrait permettre à chaque pays africain d’élaborer sa législation nationale, en tenant compte non seulement des règles de la CBD et de l’OMC, mais aussi des intérêts de ses populations, particulièrement les paysans et les guérisseurs traditionnels.  L’entrée en vigueur de l’Accord de Bangui révisé crée donc une scission entre les pays francophones membres de l’OAPI d’un côté, et les  autres pays d’Afrique de l’autre. En dehors de l’agriculture, d’autres secteurs vitaux comme l’éducation et la santé sont également menacés  par l’Accord de Bangui révisé. Il est donc urgent de demander aux gouvernements des pays membres de l’OAPI de surseoir à cette décision  dangereuse pour les populations des pays francophones, et de considérer la Loi Modèle de l’OUA.



POUR DE PLUS AMPLES INFORMATIONS, PRENDRE CONTACT AVEC :

-en français : Jeanne Zoundjihékpon, au Bénin par e-mail: jeanne@grain.org, télécopie: +229 33 79 15

-en anglais : Alexis Vaughan par e-mail: alexis@grain.org,

téléphone : +33 5 61 03 00 97, télécopie : +33 5 61 03 12 97

Action internationale pour les ressources génétiques (GRAIN) est une
organisation non gouvernementale internationale dont le but est de
promouvoir des actions contre l'une des principales menaces qui pèse sur
l'alimentation mondiale et la sauvegarde des moyens de subsistance :
l'érosion génétique. Pour plus d’informations sur GRAIN visitez :


www.grain.org/fr

www.grain.org/fr/publications/oau-fr.cfm

www.grain.org/fr/publications/pvp-fr.cfm

PAYS - DATE DE RATIFICATION DE L’ACCORD DE BANGUI REVISE

Bénin- -
Burkina Faso - 8 juin 2001
Cameroun - 9 juillet 1999
République Centrafricaine - -
Congo - -
Côte d’Ivoire - 24 mai 2000
Gabon - 27 décembre 1999
Guinée Bissau - -
Guinée - 13 juillet 2001
Guinée Equatoriale (Adhésion récente) - 23 novembre 2000
Mali - 19 juin 2000
Mauritanie - 5 juillet 2001
Niger - -
Sénégal - 9 mars 2000
Tchad - 24 novembre 2000
Togo - 29 novembre 2001