Document soutenu par l'URFIG relatif à la Chine

 

 

Les avantages et les désavantages

de l’accession de la Chine à l’OMC

et débats connexes

 

(Professeur HAN DEQIAN, économiste à l'Université de Beijing, 27 juin 2001)

 

Je voudrais remercier Monsieur Per GAHRTON et le groupe Green/EFA au Parlement Européen de m’avoir donné l’opportunité de présenter mes vues ici aujourd’hui.

Le titre de mon intervention est « Les avantages et les désavantages de l’accession de la Chine à l’OMC et débats connexes », présentation qui durera plus ou moins 20 minutes.  Je serais heureux de répondre à vos questions.

Tout d’abord, je dois préciser que tous les points de vue présentés ci-dessous sont uniquement mes opinions et ne sont en aucun cas celles de mon gouvernement ou de mon université.  Je fais partie du nombre restreint de spécialistes qui ont constamment critiqué l’OMC, le FMI, la Banque Mondiale, la mondialisation et le néolibéralisme.  Je suis, à juste titre, très préoccupé par les conséquences de l’accession de la Chine à l’OMC.  Malheureusement, c’est une préoccupation qui n’est pas partagée par les médias dominants chinois. 

Le premier point à souligner est que l’accession de la Chine à l’OMC apportera plus de désavantages que d’avantages.

Les entreprises chinoises n’ont pas la compétitivité adéquate sur les marchés internationaux.  General Motor à lui seul a un revenu annuel comparable au revenu annuel total brut des premières 500 entreprises chinoises.  Le revenu moyen brut des 500 premières entreprises chinoises représente seulement 2 % de celui des 500 premières entreprises mondiales.  Il est vrai que la Chine compte parmi les premiers pays au monde en ce qui concerne le volume total de production pour certains produits tels que l’acier, le ciment, le charbon, le coton, les fertilisants, l’électricité, la télévision couleur, les réfrigérateurs, l’air conditionné ou les motocyclettes.  Mais, les quantités sont produites par des centaines de milliers de petites entreprises qui, individuellement, travaillent à petite échelle, ce qui implique que la concentration industrielle moyenne de la Chine est trop faible pour pouvoir concurrencer leurs contreparties étrangères.  Le matériel est périmé entraînant une consommation d’énergie supérieure par unité fabriquée et une qualité et performance inférieure.  De plus, les entreprises chinoises sont généralement sérieusement à court de capital et n’ont pas la possibilité d’améliorer le niveau technologique de leur matériel ni d’augmenter leur part de marché rapidement.  En outre, peu de produits chinois bénéficient d’une renommée internationale.  Le prix des produits de haute qualité sont donc bas ce qui entraîne des profits plus faibles et des coûts plus élevés.

Dans ces conditions, si les entreprises chinoises entrent en concurrence avec les grandes entreprises transnationales, un grand nombre d’entre elles devront se déclarer en banqueroute ou se laisser absorber par ces transnationales.  En fait, les industries de la boisson, de la bière, du détergent, des bicyclettes, du papier, des médicaments, des ascenseurs, des ordinateurs, de l’aviation et des machines-outils sont contrôlées par des grandes entreprises transnationales, du moins en ce qui concerne les marchés à haute valeur ajoutée qui ont déjà été entièrement absorbés par des compagnies étrangères.  D’autres secteurs, qui sont contrôlés d’une manière plus stricte par le gouvernement, tels que l’industrie de l’automobile, l’industrie pétrochimique, l’industrie de l’acier, l’industrie du charbon, et même l’agriculture, doivent faire face à un danger important par rapport aux produits importés et à la pénétration des grandes entreprises transnationales.  Les profits des entreprises chinoises sont en baisse depuis 1996.  Elles ont dû renvoyer des travailleurs, réduire les salaires et geler l’assistance sociale.  De nombreuses entreprises se sont retrouvées en banqueroute. Il faut aussi souligner la hausse galopante des dettes non recouvrables dans les banques principales chinoises.  Je pense que l’augmentation de ces dettes est du, en premier lieu, à la concurrence féroce – plus particulièrement, celle des entreprises étrangères et des marchandises importées – que doivent affronter les entreprises chinoises.  La seconde raison est la corruption.

Je voudrais souligner la question de l’agriculture. Tout le monde sait que la population rurale de la Chine s’élève à 900 millions de personnes, dont la population active est de 500 millions.  La taille moyenne des parcelles de terre est de seulement 0,4 hectares.  Le prix des denrées doit être maintenu élevé pour assurer que ces petites parcelles de terre aient un rendement suffisant ce qui veut dire que les prix des produits agricoles principaux tels que le blé, le riz et le maïs sont constamment plus élevé que ceux du marché international.  Le prix des produits agricoles est en baisse constante depuis 1996.  Il a atteint des niveaux tels que les paysans ont subi une perte de 120$ par hectare de blé en automne 2000 alors que leur revenu moyen annuel en terme d’agriculture pure est de seulement 80$.  Et il ne faut pas oublier que presque 600 millions de personnes vivent du secteur agricole pur.  Si « l’Accord de Coopération Agricole entre la R.P.C. et les Etats-Unis » est mis en œuvre après l’accession de la Chine à l’OMC, le revenu des paysans diminuera considérablement, un plus grand nombre de terre tombera en friche, le nombre de paysan forcé à migrer dans les villes augmentera et leur seule perspective sera le désespoir du cercle vicieux  de la pauvreté.

Le PIB de la Chine augmentera peut être temporairement, mais, l’emploi, les taxes et le salaire par unité de PIB diminuera continuellement.  Surtout, la Chine ne bénéficiera plus d’un système industriel indépendant.  Elle se transformera en base de production pour les grandes entreprises transnationales.  Pour la majorité de la population rurale, cela se traduira par une perte en terre et revenu. Le système financier pourrait s’effondrer à cause de l’augmentation des dettes non recouvrables.  En même temps, la Chine n’aura aucune possibilité de mettre en place un système de sécurité sociale efficace car le gouvernement ne pourra pas prélever assez de taxes sur les entreprises étrangères ce qui produira sûrement la détérioration du système de sécurité publique. 

La seconde question qui se pose naturellement est donc: pourquoi la Chine est-elle si désireuse de devenir membre de l’OMC ?

Pour un grand nombre de personnes, les motivations qui poussent la Chine à vouloir accéder à l’OMC sont difficiles à comprendre.  Pourtant, les médias dominants sont remplis d’éloge à l’égard de l’OMC.  Ils proclament haut et fort que l’accession de la Chine à l’OMC augmentera l’envergure des réformes et de la politique d’ouverture, qu’elle motivera les entreprises chinoises en leur donnant plus d’énergie leur permettant ainsi d’entrer dans le cercle de la concurrence internationale, et qu’elle permettra à la Chine de jouer dans la cour des pays développés.  Le fait que certaines entreprises soient éliminées n’est qu’un coût nécessaire dans le développement de la Chine.  Les médias font appel aux consommateurs en lançant des messages visant à les convaincre du fait qu’ils pourront acheter des produits importés de plus haute qualité avec moins d’argent.

Pourtant, les médias ne font aucun écho des conséquences négatives que subissent les entreprises qui, aujourd’hui, font déjà face à la concurrence internationale.  Les entreprises collectives villageoises ou privées sont trop petites pour pouvoir concurrencer directement les grandes entreprises transnationales et leurs principales rivales sont des entreprises étatisées.  Bien que ces petites entreprises ressentent la menace des produits étrangers, c’est un sentiment qui reste vague car elles n’ont quasiment aucune information sur la situation globale, ne sont pas organisées et n’ont aucune représentation en matière de politique.  La majorité des grandes entreprises appartiennent encore à l’Etat.  Les dirigeants de ces entreprises sont nommés soit par le gouvernement central, soit par les gouvernements locaux.  Ils n’ont aucune responsabilité finale au niveau de l’entreprise même. Si le gouvernement souhaite devenir membre de l’OMC, les dirigeants de ces entreprises adopteront automatiquement la même ligne de conduite.  La première des inquiétudes de ces dirigeants n’est pas l’entreprise mais plutôt le profit individuel et ils bénéficieront de salaires aussi élevés que ceux de leurs contreparties étrangères.  Les travailleurs et paysans devraient avoir des points de vue différents, mais ils ne sont ni informés ni organisés et la majorité d’entre eux ne savent même pas ce qu’est l’OMC.

Quelle force pourrait éliminer ces obstacles et faire avancer l’accession de la Chine à l’OMC ?  La réponse se trouve dans la logique et dans l’histoire de la politique de réforme et d’ouverture de la Chine.  L’on considère généralement que la politique de réforme et d’ouverture a  permis une croissance rapide de l’économie chinoise ainsi qu’une amélioration accélérée du niveau de vie du peuple Chinois.  Pourtant, la question n’est pas aussi simple.  L’on trouve, au cœur de la politique d’ouverture, l’introduction de la logique du marché, ce qui veut dire que le développement est vendu à ceux qui ont le désir et la capacité de s’enrichir et, qu’en même temps, on laisse libre cours à la loi de la jungle.  Il est intéressant de noter que, bien que la loi de la jungle ait été préconisée à tous les niveaux, le niveau le plus haut – qui aurait dû abandonner une partie de ses pouvoirs et de ses avantages – a fait exception. Le facteur dominant n’a donc pas été la loi de la jungle.  Avant 1985, le gouvernement central avait amélioré le prix des produits agricoles et le salaire des travailleurs alors que le prix des biens de consommation avait été gelé.  Les gouvernements locaux et les entreprises étatisées avaient bénéficié d’un pouvoir d’autodétermination accru et avait eu la possibilité d’utiliser des bonus et des indemnités.  Le résultat fut que le groupe le plus large et le plus vulnérable avait pu bénéficier d’une part plus grande lors de la distribution des richesses, ce qui, à son tour, a permis de promouvoir le développement.  La politique de réforme et d’ouverture obtint le soutien de tous les groupes sociaux. 

Ça a été lune de miel entre les forts et les faibles.  Depuis 1985, le gouvernement a renoncé à certains pouvoirs et avantages et les officiels ont pris conscience qu’ils pouvaient utiliser ces pouvoirs à leurs propres fins.  Les contraintes morales se sont effritées et la loi de la jungle a commencé à s’introduire dans tous les secteurs d’activité sociale et économique. Le revenu des paysans a augmenté lentement alors que, de son côté, leur travail s’est alourdi rapidement.  Petit à petit, les dirigeants des entreprises étatisées ont pu empocher une partie des profits à leur usage personnel alors que la position politique et le revenu relatif des travailleurs a sans cesse diminué.  Jour après jour, de plus en plus de gens ont cessé de se préoccuper du bien-être intégral et à long terme pour tous, du plus haut au plus bas.  Même les travailleurs ont appris à utiliser le pouvoir à leurs propres fins.  Les entreprises étatisées sont devenues des objets à la solde de tout type de pouvoirs.  De plus, les entreprises collectives villageoises et privées se sont retrouvées au niveau inférieur du marché alors que les grandes entreprises transnationales et les joint-ventures bénéficient d’une place au niveau supérieur.  De ce fait, les facteurs externes ont été lourds en conséquence pour les entreprises étatisées.  En résumé, les entreprises étatisées meurent petit à petit à cause d’une érosion interne et d’une pression externe.

C’est un processus qui a donné naissance à un groupe important de gens riches qui inclus des cadres provenant de tous les niveaux du gouvernement et qui détiennent le véritable pouvoir, des dirigeants d’entreprises étatisées, des cadres d’organisations communautaires rurales, des dirigeants d’entreprises collectives villageoises, des propriétaires d’entreprises privées et des employés de bureau d’entreprises étrangères.

Notons tout de même qu’il fut un temps quand le capital étranger était un facteur qui contribuait d’une manière positive au développement économique de la Chine.  Pendant les années 80, l’importance et le niveau de capital étranger étaient relativement bas.  Ce capital provenait essentiellement de Hongkong, de Macao et de Taiwan ce qui n’était, en aucun cas, une menace aux entreprises chinoises.  Au contraire, c’était un exemple à suivre dans le domaine des opérations commerciales.  Le gouvernement, quant à lui, avait adopté une politique stricte de protectionnisme.  Le marché national avait connu, de ce fait, un boom extraordinaire, et cela pendant une période de 5 ans.  Le niveau de l’offre pour certains produits tomba même en dessous de la demande.  Les entreprises étatisées avaient des problèmes internes et externes, mais ceux-ci n’était en aucun cas sérieux. 

Pourtant, à la fin des années 80, la surproduction se fit ressentir dans presque tous les secteurs et la concurrence devint plus féroce.  En d’autres termes, la Chine connut sa première crise économique, crise qui fut marquée par des « dettes triangulaires ».  Pour résoudre la crise, il aurait été nécessaire d’élargir la demande nationale, réduire le fossé entre les riches et les pauvres, absorber la capacité de surproduction en utilisant des outils financiers, monétaires et de taxation.  Mais, cette solution fut abandonnée dès le début, ne trouvant aucun écho parmi les membres du nouveau groupe de riches car elle allait à l’encontre de la logique sur laquelle était fondée la loi de la jungle.  Le choix fut plutôt de renforcer cette loi de la jungle en élargissant l’ouverture du marché au capital étranger dans l’espoir que l’investissement direct étranger attiserait la croissance.  Après 1992 et la publication du fameux discours de Deng, les gouvernements locaux de tous les districts se sont concurrencés pour attirer des capitaux étrangers à travers des traitements spéciaux.  De nombreuses régions furent transformées en « zones de développement » dans lesquelles les gouvernements étaient responsables du développement d’infrastructures de hautes qualités.  Le boom de l’immobilier dans ces zones ne fut pas surprenant.  Toutes les zones d’entreposage furent vendues et la production se remit en marche de plus belle.  Mais ce fut un boom de courte durée.  Dans la même journée, l’on pouvait voir un immeuble se construire de toute pièce alors qu’à côté, un autre était laissé à l’abandon.  Les prix de l’immobilier diminuèrent rapidement.  Dans les provinces de Hainan et de Guangxi, par exemple, la diminution des prix fut dramatique, atteignant 10 % de leur valeur initiale.  L’économie tout entière de la Chine connut le même sort.  Toutes les industries compétitives furent entraînées dans la même descente vertigineuse.  Les prix des télévisions couleur, des réfrigérateurs, des airs conditionnés, des motocyclettes, etc. baissèrent de plus de 50 %.  L’arrêt de la production fut encore plus dramatique que lors de la crise précédente.  Ceci peut paraître étrange aux yeux des étrangers, l’économie chinoise n’a-t-elle pas connu une croissance annuelle de 7 % ?  Certes, mais cette croissance a été perçue uniquement dans les domaines de l’investissement étranger direct et de l’import / export, ce qui a, en même temps, contribué à comprimer l’espace de marché des industries nationales et aggravé la crise économique interne.  En effet, l’investissement étranger direct s’est concentré sur deux secteurs : le premier étant les industries à haute valeur ajoutée tels que l’automobile, les médicaments, les produits chimiques, et la micro électricité et le second, les industries dont les produits sont destinés à l’export et qui sont intensives en main-d’œuvre telles que les jouets, les chaussures, le cuir et les vêtements, etc.  Bien que les industries de produits destinés à l’export aient créé des emplois, les salaires sont trop faibles pour compenser les pertes d’emploi dans le secteur des industries à haute valeur ajoutée.  La perte d’indépendance de la Chine en terme de capacité industriel est un des facteurs les plus nuisibles à ses intérêts au long terme.  La proportion de la somme totale des exportations et des importations contre le PIB a augmenté de 46 % en 2000 ce qui fourni une indication du degré de dépendance de l’économie chinoise sur le capital étranger.

Pendant que l’économie chinoise subissait une crise déflationniste provoquée par la descente en flèche de l’économie dans les années 90, la loi de la jungle battait de son plein.  Les revenus des paysans ont stagné pendant dix ans alors que ceux des cadres du gouvernement central et des gouvernements des régions riches se sont multipliés par dix.  Les employés de bureau et les intellectuels bénéficièrent d’une hausse encore plus impressionnante.  Ces trois groupes forment le cœur du pouvoir politique, économique et culturel actuel de la Chine.  Tous trois tirent les avantages de la politique économique orientée vers l’extérieure et même d’une déflation de longue durée.  A leurs yeux, la pire des solutions serait d’augmenter les taxes et de diminuer la quantité de produits importés.  Ils ne peuvent alors que soutenir l’accession de la Chine à l’OMC.  En effet, devenir membre de l’OMC ne peut qu’être positif pour l’économie chinoise.

Cette motivation sociale est implicitement résumée dans le langage politique de la Chine : devenir membre de l’OMC pour que la politique de réforme et d’ouverture ne soit pas inversée.  Ces mots pourraient se traduirent par les suivants : devenir membre de l’OMC pour que le porte-monnaie des riches ne soit pas menacé.

La troisième question est donc : comment convaincre le grand public ?

Si l’accession de la Chine à l’OMC a bien lieu, les riches Chinois deviendront, en fait, complètement dépendants des grandes entreprises transnationales.  S’ils se rendaient compte des conséquences, ils ne soutiendraient probablement pas l’OMC.  La capacité de la Chine à se développer indépendamment et à entrer en concurrence avec d’autres pays à travers des salaires compétitif ne serait d’aucun avantage pour les autres pays du monde.  Pourtant, cette situation de perte pour tout le monde est décrite comme une situation dans laquelle on gagne à tous les coups par les médias chinois ainsi que par les médias du monde entier.  Pourquoi ?

Je pense que la raison se trouve dans le néolibéralisme, doctrine dominante tant au niveau académique que dans l’opinion publique et qui a été fortement soutenue par les grandes entreprises transnationales.  Pratiquement tous les économistes Chinois serrent chaleureusement les « mains invisibles » d’Adam Smith et de son représentant moderne, Milton Friedman.  Tous les dirigeants à tous les niveaux des gouvernements ont été formés par le dogme de Smith.  En fait, c’est Adam Smith et non pas Karl Marx qui est le véritable héros.  Les dirigeants Chinois ont une confiance aveugle en l’économie de marché et le libre échange.  Sans exception, médias, reporteurs et éditeurs sont tous des partisans inconditionnels du dogme de Smith.  Ils sont rarement au courant du fait que c’est le protectionnisme plutôt que le libre marché qui est la formule secrète du développement aux Etats-Unis, en Allemagne, en France, au Japon et même en Grande Bretagne.  A leurs yeux, protectionnisme veut dire « fermer la porte ».  

Il est très intéressant de noter que, sous un semblant de rejeter le modèle occidental, la Chine est un élève inconditionnel des Etats-Unis en matière de politique de réforme et d’ouverture.  Les Etats-Unis sont l’étincelle du néolibéralisme qui est devenu le modèle dominant à suivre à toux prix en Chine ; les reprises du Nasdaq, la seconde plate-forme du marché financier, est devenu le sujet de prédilection du marché capital de la Chine ; l’industrie américaine de la communication est ouverte à la concurrence et l’industrie chinoise de la communication attend son démantèlement avec impatience.  Ce modèle de pensée joue un rôle important dans la persuasion du grand public. 

Le quatrième point que je voudrais relever est le fait qu’il y a un changement perceptible.

Avec l’explosion de la crise financière asiatique, avec la croissance rapide du taux de chômage et la détérioration des conditions de vie en milieu rural, avec un plus grand nombre d’entreprises étatisées en banqueroute, le mouvement contre une reforme basée sur une orientation capitaliste s’est renforcé.  Dans le milieu académique, les critiques de plusieurs économistes tels que Jospeh Stiglitz et Paul Krugman contre le FMI et le consensus de Washington ont eu une influence évidente.  La traduction du document : « Piège de la mondialisation : l’attaque de la démocratie et du système d’assistance publique » écrit par deux journalistes Allemands a provoqué un choc parmi les intellectuels que ce soit au sein du milieu académique ou à l’extérieur.  Bref, les forces anti-néolibérales sont en train de se développer rapidement.

Depuis la première moitié de 1999, j’ai rédigé de nombreux articles critiquant la politique en faveur de l’accession de la Chine à l’OMC et aux traités connexes.  J’ai terminé d’écrire mon livre, « Collision : le piège de la mondialisation et le choix réaliste de la Chine » le 15 juillet 1999.  Il a été publié en janvier 2000.  Malgré les pressions et les difficultés que j’ai subies, j’ai néanmoins reçu le soutien de divers groupes réunissant des tendances très variées.  A ma grande surprise, l’institut chinois central de recherche en matière de politique a publié un long résumé de mon livre et la revue « International Trade » du Ministère du Commerce Extérieur et de la Coopération Economique a publié mon article intitulé « Pensons l’anti-mondialisation ».  De plus, des douzaines de revues ont publié des résumés et des commentaires sur mes opinions.  J’ai été invité à participer à de nombreux colloques et à donner des conférences.  Au début de chaque présentation, je faisais partie de la minorité.  A la fin, c’était une majorité qui avait rejoint mon camp.

Il existe, bien évidemment, une division au sein du milieu académique chinois spécialisé en matière d’économie.  Les académiques néolibéraux forment la majorité.  Pourtant, ils n’ont plus cette arrogance qui les caractérisait.  Les académiques anti-néolibéraux, quant à eux, sont minoritaires mais ils se sentent plus confiants et ont été encouragés par le fait que la justice est de leur côté.  Un proverbe chinois dit que « la morale ne se retrouve pas seule, elle est obligatoirement accompagnée ».  Ce proverbe me semble à propos dans l’état actuel des choses.  En effet, c’est bien parce que la morale est nécessairement accompagnée que je suis ici aujourd’hui et que je peux présenter mes opinions.  Je crois sincèrement que les forces de la démocratie à travers le monde doivent s’opposer au néolibéralisme.  Le néolibéralisme doit être reconnu comme étant illégal car il promeut la polarisation, les tragédies et les désastres à tous les niveaux et dans tous les recoins de notre planète.