Document soutenu par l'URFIG relatif à la Chine
Les avantages et les désavantages
de l’accession de la Chine à l’OMC
et
débats connexes
(Professeur
HAN DEQIAN
Je
voudrais remercier Monsieur Per GAHRTON et le groupe Green/EFA au Parlement
Européen de m’avoir donné l’opportunité de présenter mes vues ici
aujourd’hui.
Le
titre de mon intervention est « Les avantages et les désavantages de
l’accession de la Chine à l’OMC et débats connexes », présentation
qui durera plus ou moins 20 minutes. Je
serais heureux de répondre à vos questions.
Tout
d’abord, je dois préciser que tous les points de vue présentés ci-dessous
sont uniquement mes opinions et ne sont en aucun cas celles de mon gouvernement
ou de mon université. Je fais
partie du nombre restreint de spécialistes qui ont constamment critiqué
l’OMC, le FMI, la Banque Mondiale, la mondialisation et le néolibéralisme.
Je suis, à juste titre, très préoccupé par les conséquences de
l’accession de la Chine à l’OMC. Malheureusement, c’est une préoccupation qui n’est pas
partagée par les médias dominants chinois.
Le
premier point à souligner est que l’accession de la Chine à l’OMC
apportera plus de désavantages que d’avantages.
Les
entreprises chinoises n’ont pas la compétitivité adéquate sur les marchés
internationaux. General Motor à lui seul a un revenu annuel comparable au revenu
annuel total brut des premières 500 entreprises chinoises.
Le revenu moyen brut des 500 premières entreprises chinoises représente
seulement 2 % de celui des 500 premières entreprises mondiales.
Il est vrai que la Chine compte parmi les premiers pays au monde en ce
qui concerne le volume total de production pour certains produits tels que
l’acier, le ciment, le charbon, le coton, les fertilisants, l’électricité,
la télévision couleur, les réfrigérateurs, l’air conditionné ou les
motocyclettes. Mais, les quantités
sont produites par des centaines de milliers de petites entreprises qui,
individuellement, travaillent à petite échelle, ce qui implique que la
concentration industrielle moyenne de la Chine est trop faible pour pouvoir
concurrencer leurs contreparties étrangères.
Le matériel est périmé entraînant une consommation d’énergie supérieure
par unité fabriquée et une qualité et performance inférieure.
De plus, les entreprises chinoises sont généralement sérieusement à
court de capital et n’ont pas la possibilité d’améliorer le niveau
technologique de leur matériel ni d’augmenter leur part de marché
rapidement. En outre, peu de
produits chinois bénéficient d’une renommée internationale.
Le prix des produits de haute qualité sont donc bas ce qui entraîne des
profits plus faibles et des coûts plus élevés.
Dans
ces conditions, si les entreprises chinoises entrent en concurrence avec les
grandes entreprises transnationales, un grand nombre d’entre elles devront se
déclarer en banqueroute ou se laisser absorber par ces transnationales.
En fait, les industries de la boisson, de la bière, du détergent, des
bicyclettes, du papier, des médicaments, des ascenseurs, des ordinateurs, de
l’aviation et des machines-outils sont contrôlées par des grandes
entreprises transnationales, du moins en ce qui concerne les marchés à haute
valeur ajoutée qui ont déjà été entièrement absorbés par des compagnies
étrangères. D’autres secteurs,
qui sont contrôlés d’une manière plus stricte par le gouvernement, tels que
l’industrie de l’automobile, l’industrie pétrochimique, l’industrie de
l’acier, l’industrie du charbon, et même l’agriculture, doivent faire
face à un danger important par rapport aux produits importés et à la pénétration
des grandes entreprises transnationales. Les profits des entreprises chinoises sont en baisse depuis
1996. Elles ont dû renvoyer des
travailleurs, réduire les salaires et geler l’assistance sociale.
De nombreuses entreprises se sont retrouvées en banqueroute. Il faut
aussi souligner la hausse galopante des dettes non recouvrables dans les banques
principales chinoises. Je pense que l’augmentation de ces dettes est du, en
premier lieu, à la concurrence féroce – plus particulièrement, celle des
entreprises étrangères et des marchandises importées – que doivent
affronter les entreprises chinoises. La
seconde raison est la corruption.
Je
voudrais souligner la question de l’agriculture. Tout le monde sait que la
population rurale de la Chine s’élève à 900 millions de personnes, dont la
population active est de 500 millions. La
taille moyenne des parcelles de terre est de seulement 0,4 hectares.
Le prix des denrées doit être maintenu élevé pour assurer que ces
petites parcelles de terre aient un rendement suffisant ce qui veut dire que les
prix des produits agricoles principaux tels que le blé, le riz et le maïs sont
constamment plus élevé que ceux du marché international.
Le prix des produits agricoles est en baisse constante depuis 1996.
Il a atteint des niveaux tels que les paysans ont subi une perte de 120$
par hectare de blé en automne 2000 alors que leur revenu moyen annuel en terme
d’agriculture pure est de seulement 80$.
Et il ne faut pas oublier que presque 600 millions de personnes vivent du
secteur agricole pur. Si « l’Accord
de Coopération Agricole entre la R.P.C. et les Etats-Unis » est mis en œuvre
après l’accession de la Chine à l’OMC, le revenu des paysans diminuera
considérablement, un plus grand nombre de terre tombera en friche, le nombre de
paysan forcé à migrer dans les villes augmentera et leur seule perspective
sera le désespoir du cercle vicieux de
la pauvreté.
Le
PIB de la Chine augmentera peut être temporairement, mais, l’emploi, les
taxes et le salaire par unité de PIB diminuera continuellement. Surtout, la Chine ne bénéficiera plus d’un système
industriel indépendant. Elle se
transformera en base de production pour les grandes entreprises transnationales.
Pour la majorité de la population rurale, cela se traduira par une perte
en terre et revenu. Le système financier pourrait s’effondrer à cause de
l’augmentation des dettes non recouvrables.
En même temps, la Chine n’aura aucune possibilité de mettre en place
un système de sécurité sociale efficace car le gouvernement ne pourra pas prélever
assez de taxes sur les entreprises étrangères ce qui produira sûrement la détérioration
du système de sécurité publique.
La
seconde question qui se pose naturellement est donc: pourquoi la Chine
est-elle si désireuse de devenir membre de l’OMC ?
Pour
un grand nombre de personnes, les motivations qui poussent la Chine à vouloir
accéder à l’OMC sont difficiles à comprendre.
Pourtant, les médias dominants sont remplis d’éloge à l’égard de
l’OMC. Ils proclament haut et
fort que l’accession de la Chine à l’OMC augmentera l’envergure des réformes
et de la politique d’ouverture, qu’elle motivera les entreprises chinoises
en leur donnant plus d’énergie leur permettant ainsi d’entrer dans le
cercle de la concurrence internationale, et qu’elle permettra à la Chine de
jouer dans la cour des pays développés. Le
fait que certaines entreprises soient éliminées n’est qu’un coût nécessaire
dans le développement de la Chine. Les
médias font appel aux consommateurs en lançant des messages visant à les
convaincre du fait qu’ils pourront acheter des produits importés de plus
haute qualité avec moins d’argent.
Pourtant,
les médias ne font aucun écho des conséquences négatives que subissent les
entreprises qui, aujourd’hui, font déjà face à la concurrence
internationale. Les entreprises
collectives villageoises ou privées sont trop petites pour pouvoir concurrencer
directement les grandes entreprises transnationales et leurs principales rivales
sont des entreprises étatisées. Bien
que ces petites entreprises ressentent la menace des produits étrangers,
c’est un sentiment qui reste vague car elles n’ont quasiment aucune
information sur la situation globale, ne sont pas organisées et n’ont aucune
représentation en matière de politique. La
majorité des grandes entreprises appartiennent encore à l’Etat. Les dirigeants de ces entreprises sont nommés soit par le
gouvernement central, soit par les gouvernements locaux.
Ils n’ont aucune responsabilité finale au niveau de l’entreprise même.
Si le gouvernement souhaite devenir membre de l’OMC, les dirigeants de ces
entreprises adopteront automatiquement la même ligne de conduite.
La première des inquiétudes de ces dirigeants n’est pas
l’entreprise mais plutôt le profit individuel et ils bénéficieront de
salaires aussi élevés que ceux de leurs contreparties étrangères.
Les travailleurs et paysans devraient avoir des points de vue différents,
mais ils ne sont ni informés ni organisés et la majorité d’entre eux ne
savent même pas ce qu’est l’OMC.
Quelle
force pourrait éliminer ces obstacles et faire avancer l’accession de la
Chine à l’OMC ? La réponse
se trouve dans la logique et dans l’histoire de la politique de réforme et
d’ouverture de la Chine. L’on
considère généralement que la politique de réforme et d’ouverture a
permis une croissance rapide de l’économie chinoise ainsi qu’une amélioration
accélérée du niveau de vie du peuple Chinois.
Pourtant, la question n’est pas aussi simple.
L’on trouve, au cœur de la politique d’ouverture, l’introduction
de la logique du marché, ce qui veut dire que le développement est vendu à
ceux qui ont le désir et la capacité de s’enrichir et, qu’en même temps,
on laisse libre cours à la loi de la jungle.
Il est intéressant de noter que, bien que la loi de la jungle ait été
préconisée à tous les niveaux, le niveau le plus haut – qui aurait dû
abandonner une partie de ses pouvoirs et de ses avantages – a fait exception.
Le facteur dominant n’a donc pas été la loi de la jungle.
Avant 1985, le gouvernement central avait amélioré le prix des produits
agricoles et le salaire des travailleurs alors que le prix des biens de
consommation avait été gelé. Les
gouvernements locaux et les entreprises étatisées avaient bénéficié d’un
pouvoir d’autodétermination accru et avait eu la possibilité d’utiliser
des bonus et des indemnités. Le résultat
fut que le groupe le plus large et le plus vulnérable avait pu bénéficier
d’une part plus grande lors de la distribution des richesses, ce qui, à son
tour, a permis de promouvoir le développement.
La politique de réforme et d’ouverture obtint le soutien de tous les
groupes sociaux.
Ça
a été lune de miel entre les forts et les faibles.
Depuis 1985, le gouvernement a renoncé à certains pouvoirs et avantages
et les officiels ont pris conscience qu’ils pouvaient utiliser ces pouvoirs à
leurs propres fins. Les contraintes
morales se sont effritées et la loi de la jungle a commencé à s’introduire
dans tous les secteurs d’activité sociale et économique. Le revenu des
paysans a augmenté lentement alors que, de son côté, leur travail s’est
alourdi rapidement. Petit à petit,
les dirigeants des entreprises étatisées ont pu empocher une partie des
profits à leur usage personnel alors que la position politique et le revenu
relatif des travailleurs a sans cesse diminué.
Jour après jour, de plus en plus de gens ont cessé de se préoccuper du
bien-être intégral et à long terme pour tous, du plus haut au plus bas.
Même les travailleurs ont appris à utiliser le pouvoir à leurs propres
fins. Les entreprises étatisées
sont devenues des objets à la solde de tout type de pouvoirs.
De plus, les entreprises collectives villageoises et privées se sont
retrouvées au niveau inférieur du marché alors que les grandes entreprises
transnationales et les joint-ventures bénéficient d’une place au niveau supérieur.
De ce fait, les facteurs externes ont été lourds en conséquence pour
les entreprises étatisées. En résumé,
les entreprises étatisées meurent petit à petit à cause d’une érosion
interne et d’une pression externe.
C’est
un processus qui a donné naissance à un groupe important de gens riches qui
inclus des cadres provenant de tous les niveaux du gouvernement et qui détiennent
le véritable pouvoir, des dirigeants d’entreprises étatisées, des cadres
d’organisations communautaires rurales, des dirigeants d’entreprises
collectives villageoises, des propriétaires d’entreprises privées et des
employés de bureau d’entreprises étrangères.
Notons
tout de même qu’il fut un temps quand le capital étranger était un facteur
qui contribuait d’une manière positive au développement économique de la
Chine. Pendant les années 80,
l’importance et le niveau de capital étranger étaient relativement bas.
Ce capital provenait essentiellement de Hongkong, de Macao et de Taiwan
ce qui n’était, en aucun cas, une menace aux entreprises chinoises.
Au contraire, c’était un exemple à suivre dans le domaine des opérations
commerciales. Le gouvernement,
quant à lui, avait adopté une politique stricte de protectionnisme.
Le marché national avait connu, de ce fait, un boom extraordinaire, et
cela pendant une période de 5 ans. Le
niveau de l’offre pour certains produits tomba même en dessous de la demande.
Les entreprises étatisées avaient des problèmes internes et externes,
mais ceux-ci n’était en aucun cas sérieux.
Pourtant,
à la fin des années 80, la surproduction se fit ressentir dans presque tous
les secteurs et la concurrence devint plus féroce.
En d’autres termes, la Chine connut sa première crise économique,
crise qui fut marquée par des « dettes triangulaires ».
Pour résoudre la crise, il aurait été nécessaire d’élargir la
demande nationale, réduire le fossé entre les riches et les pauvres, absorber
la capacité de surproduction en utilisant des outils financiers, monétaires et
de taxation. Mais, cette solution
fut abandonnée dès le début, ne trouvant aucun écho parmi les membres du
nouveau groupe de riches car elle allait à l’encontre de la logique sur
laquelle était fondée la loi de la jungle.
Le choix fut plutôt de renforcer cette loi de la jungle en élargissant
l’ouverture du marché au capital étranger dans l’espoir que
l’investissement direct étranger attiserait la croissance.
Après 1992 et la publication du fameux discours de Deng, les
gouvernements locaux de tous les districts se sont concurrencés pour attirer
des capitaux étrangers à travers des traitements spéciaux.
De nombreuses régions furent transformées en « zones de développement »
dans lesquelles les gouvernements étaient responsables du développement
d’infrastructures de hautes qualités. Le
boom de l’immobilier dans ces zones ne fut pas surprenant.
Toutes les zones d’entreposage furent vendues et la production se remit
en marche de plus belle. Mais ce
fut un boom de courte durée. Dans
la même journée, l’on pouvait voir un immeuble se construire de toute pièce
alors qu’à côté, un autre était laissé à l’abandon.
Les prix de l’immobilier diminuèrent rapidement.
Dans les provinces de Hainan et de Guangxi, par exemple, la diminution
des prix fut dramatique, atteignant 10 % de leur valeur initiale.
L’économie tout entière de la Chine connut le même sort.
Toutes les industries compétitives furent entraînées dans la même
descente vertigineuse. Les prix des
télévisions couleur, des réfrigérateurs, des airs conditionnés, des
motocyclettes, etc. baissèrent de plus de 50 %.
L’arrêt de la production fut encore plus dramatique que lors de la
crise précédente. Ceci peut paraître
étrange aux yeux des étrangers, l’économie chinoise n’a-t-elle pas connu
une croissance annuelle de 7 % ? Certes,
mais cette croissance a été perçue uniquement dans les domaines de
l’investissement étranger direct et de l’import / export, ce qui a, en même
temps, contribué à comprimer l’espace de marché des industries nationales
et aggravé la crise économique interne. En
effet, l’investissement étranger direct s’est concentré sur deux secteurs :
le premier étant les industries à haute valeur ajoutée tels que
l’automobile, les médicaments, les produits chimiques, et la micro électricité
et le second, les industries dont les produits sont destinés à l’export et
qui sont intensives en main-d’œuvre telles que les jouets, les chaussures, le
cuir et les vêtements, etc. Bien
que les industries de produits destinés à l’export aient créé des emplois,
les salaires sont trop faibles pour compenser les pertes d’emploi dans le
secteur des industries à haute valeur ajoutée.
La perte d’indépendance de la Chine en terme de capacité industriel
est un des facteurs les plus nuisibles à ses intérêts au long terme.
La proportion de la somme totale des exportations et des importations
contre le PIB a augmenté de 46 % en 2000 ce qui fourni une indication du degré
de dépendance de l’économie chinoise sur le capital étranger.
Pendant
que l’économie chinoise subissait une crise déflationniste provoquée par la
descente en flèche de l’économie dans les années 90, la loi de la jungle
battait de son plein. Les revenus
des paysans ont stagné pendant dix ans alors que ceux des cadres du
gouvernement central et des gouvernements des régions riches se sont multipliés
par dix. Les employés de bureau et
les intellectuels bénéficièrent d’une hausse encore plus impressionnante.
Ces trois groupes forment le cœur du pouvoir politique, économique et
culturel actuel de la Chine. Tous trois tirent les avantages de la politique économique
orientée vers l’extérieure et même d’une déflation de longue durée.
A leurs yeux, la pire des solutions serait d’augmenter les taxes et de
diminuer la quantité de produits importés.
Ils ne peuvent alors que soutenir l’accession de la Chine à l’OMC.
En effet, devenir membre de l’OMC ne peut qu’être positif pour l’économie
chinoise.
Cette
motivation sociale est implicitement résumée dans le langage politique de la
Chine : devenir membre de l’OMC pour que la politique de réforme et
d’ouverture ne soit pas inversée. Ces
mots pourraient se traduirent par les suivants : devenir membre de l’OMC
pour que le porte-monnaie des riches ne soit pas menacé.
La
troisième question est donc : comment convaincre le grand public ?
Si
l’accession de la Chine à l’OMC a bien lieu, les riches Chinois
deviendront, en fait, complètement dépendants des grandes entreprises
transnationales. S’ils se
rendaient compte des conséquences, ils ne soutiendraient probablement pas
l’OMC. La capacité de la Chine
à se développer indépendamment et à entrer en concurrence avec d’autres
pays à travers des salaires compétitif ne serait d’aucun avantage pour les
autres pays du monde. Pourtant, cette situation de perte pour tout le monde est décrite
comme une situation dans laquelle on gagne à tous les coups par les médias
chinois ainsi que par les médias du monde entier. Pourquoi ?
Je
pense que la raison se trouve dans le néolibéralisme, doctrine dominante tant
au niveau académique que dans l’opinion publique et qui a été fortement
soutenue par les grandes entreprises transnationales.
Pratiquement tous les économistes Chinois serrent chaleureusement les
« mains invisibles » d’Adam Smith et de son représentant moderne,
Milton Friedman. Tous les
dirigeants à tous les niveaux des gouvernements ont été formés par le dogme
de Smith. En fait, c’est Adam
Smith et non pas Karl Marx qui est le véritable héros.
Les dirigeants Chinois ont une confiance aveugle en l’économie de
marché et le libre échange. Sans
exception, médias, reporteurs et éditeurs sont tous des partisans
inconditionnels du dogme de Smith. Ils
sont rarement au courant du fait que c’est le protectionnisme plutôt que le
libre marché qui est la formule secrète du développement aux Etats-Unis, en
Allemagne, en France, au Japon et même en Grande Bretagne.
A leurs yeux, protectionnisme veut dire « fermer la porte ».
Il
est très intéressant de noter que, sous un semblant de rejeter le modèle
occidental, la Chine est un élève inconditionnel des Etats-Unis en matière de
politique de réforme et d’ouverture. Les
Etats-Unis sont l’étincelle du néolibéralisme qui est devenu le modèle
dominant à suivre à toux prix en Chine ; les reprises du Nasdaq, la
seconde plate-forme du marché financier, est devenu le sujet de prédilection
du marché capital de la Chine ; l’industrie américaine de la
communication est ouverte à la concurrence et l’industrie chinoise de la
communication attend son démantèlement avec impatience.
Ce modèle de pensée joue un rôle important dans la persuasion du grand
public.
Le
quatrième point que je voudrais relever est le fait qu’il y a un changement
perceptible.
Avec
l’explosion de la crise financière asiatique, avec la croissance rapide du
taux de chômage et la détérioration des conditions de vie en milieu rural,
avec un plus grand nombre d’entreprises étatisées en banqueroute, le
mouvement contre une reforme basée sur une orientation capitaliste s’est
renforcé. Dans le milieu académique,
les critiques de plusieurs économistes tels que Jospeh Stiglitz et Paul Krugman
contre le FMI et le consensus de Washington ont eu une influence évidente.
La traduction du document : « Piège de la mondialisation :
l’attaque de la démocratie et du système d’assistance publique » écrit
par deux journalistes Allemands a provoqué un choc parmi les intellectuels que
ce soit au sein du milieu académique ou à l’extérieur.
Bref, les forces anti-néolibérales sont en train de se développer
rapidement.
Depuis
la première moitié de 1999, j’ai rédigé de nombreux articles critiquant la
politique en faveur de l’accession de la Chine à l’OMC et aux traités
connexes. J’ai terminé d’écrire
mon livre, « Collision : le piège de la mondialisation et le choix réaliste
de la Chine » le 15 juillet 1999. Il a été publié en janvier 2000.
Malgré les pressions et les difficultés que j’ai subies, j’ai néanmoins
reçu le soutien de divers groupes réunissant des tendances très variées.
A ma grande surprise, l’institut chinois central de recherche en matière
de politique a publié un long résumé de mon livre et la revue « International
Trade » du Ministère du Commerce Extérieur et de la Coopération
Economique a publié mon article intitulé « Pensons
l’anti-mondialisation ». De
plus, des douzaines de revues ont publié des résumés et des commentaires sur
mes opinions. J’ai été invité
à participer à de nombreux colloques et à donner des conférences. Au début de chaque présentation, je faisais partie de la
minorité. A la fin, c’était une
majorité qui avait rejoint mon camp.
Il
existe, bien évidemment, une division au sein du milieu académique chinois spécialisé
en matière d’économie. Les académiques
néolibéraux forment la majorité. Pourtant,
ils n’ont plus cette arrogance qui les caractérisait. Les
académiques anti-néolibéraux, quant à eux, sont minoritaires mais ils se
sentent plus confiants et ont été encouragés par le fait que la justice est
de leur côté. Un proverbe chinois
dit que « la morale ne se retrouve pas seule, elle est obligatoirement
accompagnée ». Ce proverbe
me semble à propos dans l’état actuel des choses.
En effet, c’est bien parce que la morale est nécessairement accompagnée
que je suis ici aujourd’hui et que je peux présenter mes opinions.
Je crois sincèrement que les forces de la démocratie à travers le
monde doivent s’opposer au néolibéralisme.
Le néolibéralisme doit être reconnu comme étant illégal car il
promeut la polarisation, les tragédies et les désastres à tous les niveaux et
dans tous les recoins de notre planète.