Document soutenu par l'URFIG relatif à FMI-BM

 

Déclaration Panafricaine sur les PSLP

Les « Programmes Stratégiques de Lutte Contre la Pauvreté » :

des programmes d’ajustement structurel masqués

(Kampala, 10-12 mai 2001)

 

La Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI) ont élaboré leurs Programmes Stratégiques de Lutte Contre la Pauvreté (PSLP) dans le contexte de la globalisation des entreprises. Ce processus est dirigé par et pour les entreprises transnationales géantes et les pouvoirs financiers mondiaux.  Ils utilisent les pouvoirs économiques, politiques et militaires de leur gouvernement et la Banque Mondial, le FMI et l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour imposer aux pays du Sud des politiques et pour restructurer et diriger le monde à leur manière et au bénéfice de leurs projets.    

Ces pouvoirs ont permis l’enrichissement de ces entreprises et de leurs ‘actionnaires’ ainsi que celui d’une petite élite du Sud aux dépens d’une grande majorité de peuples à travers le monde qui subissent les coûts énormes de ces pouvoirs.  Le lien inextricable entre les processus d’enrichissement et d’appauvrissement a provoqué une résistance internationale croissante aux pouvoirs, objectifs et effets de la globalisation. C’est à la suite de cette résistance que la Banque Mondiale et le FMI ont décidé qu’il était nécessaire d’imposer les PSLP aux pays les plus pauvres.

Les organisations sociales et les mouvements populaires à travers le monde ont élevé leurs voix contre les programmes d’ajustement structurel (PAS) sous leurs divers masques et, particulièrement, ceux qui sont basés sur la féminisation de l’ajustement et qui ne font qu’empirer la situation des femmes et des enfants. Nos campagnes ont mis en évidence l’utilisation de la dette comme un mécanisme délibéré utilisé par la Banque Mondiale et le FMI pour imposer la mise en œuvre de programmes d’ajustement structurel de plus en plus durs qui ont un effet dévastateur à travers le monde. 

Le résultat est que la Banque Mondiale et le FMI font face à une crise de légitimité de plus en plus profonde. L’introduction des PSLP n’est qu’un exercice de relation publique pour faire croire que ces institutions s’inquiètent réellement de la pauvreté dans les pays les plus pauvres du Sud et pour prouver qu’elles ont un désir sincère d’inclure les populations de ces pays de manière ‘participative’ pour trouver des solutions à leur pauvreté. 

Nous ne sommes pas dupes pour autant ! Ce colloque nous a permis de partager nos expériences respectives et renforcer nos compréhensions communes. Le fond de notre pensée à été clairement exprimé : les PSLP représentent ni plus ni moins qu’une tentative supplémentaire de la part de la Banque Mondiale et du FMI de continuer à imposer leurs programmes d’ajustement structurel aux peuples de nos pays.  Il en résultera un contrôle intégral de la Banque Mondiale et du FMI de plus en plus conséquent – pas seulement sur les politiques financières et économiques, mais également sur tous les aspects et les détails de nos politiques et programmes nationaux.  C’est ainsi que le contrôle du FMI et de la Banque Mondiale s’enracineront au cœur même de nos pays et que les relations mondiales des pouvoirs continueront à s’épanouir, des relations dans lesquelles les riches, qui dans une écrasante majorité, sont concentrés dans le Nord, dominent le Sud et le monde entier.  

Dans ce contexte et sur la base de longues, profondes et douloureuses expériences tirées des PAS dans nos pays, nous rejetons :

-         les PAS, quelle que soit leur forme, y compris les PAS déguisés ;

-         les PSLP, c’est-à-dire, la version la plus récente de l’ajustement structurel ;

-         l’initiative des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) en tant qu’initiative d’allégement de la dette ;

-         toutes les conditions des PAS-PPTE-PSLP pour pouvoir accéder à un allégement de la dette ;

-         un allégement partiel et le remboursement continu du restant de la dette par lequel les formes de domination et de contrôle existants seront tout simplement mieux assurés ;

-         toute tentative d’utiliser nos organisations pour légitimer l’ajustement structurel, les PPTE, les PSLP ou ‘l’allégement’ de la dette ;

-         tout rôle ou intervention supplémentaire de la Banque Mondiale ou du FMI dans nos pays ;

-         tout prêt supplémentaire pour financer des programmes HIV/SIDA qui ne servent qu’à endetter nos pays plus lourdement et qui augmentent notre dépendance à l’égard des institutions financières, alors que des millions de nos gens continuent de souffrir et de mourir dans nos pays.

Ce colloque a été l’occasion pour nous d’examiner certaines de nos expériences concernant les PSLP, notamment dans les pays d’Afrique (et d’Amérique Latine) et d’analyser et d’échanger des idées sur des sujets très variés.  Ces différentes activités nous ont permis de noter que :

-         les PSLP se placent dans le cadre macro-économique du FMI et de la Banque Mondiale, ce qui n’est pas ouvert à débat.  Les programmes de lutte contre la pauvreté sont supposés être en accord avec le paradigme néo-libéral qui inclut la privatisation, la déréglementation, les contraintes budgétaires et la libéralisation commerciale et financière.  Ces facteurs n’ont fait qu’exacerber les crises économiques et sociales de nos pays ;

-         les PSLP se concentrent seulement sur des facteurs internes et ignorent le rôle des puissances et les facteurs internationaux/globaux qui créent la pauvreté et les crises économiques dans nos pays ;

-         les seuls aspects de nos réalités qui sont pris en compte lors de consultations sont des aspects extérieurs au domaine macro-économique, et ce, même si la réalisation de ces aspects est en contradiction avec les critères et les contraintes des prescriptions macro-économiques ;

-         le paradigme néo-libéral ne peut pas être acceptable, parce qu’il n’arrive pas à intégrer explicitement des programmes de lutte contre la pauvreté et la subordination dans des perspectives qui tiennent compte de l’égalité entre les sexes ou dans des cadres sexo-spécifiques. La simple intégration de la problématique hommes-femmes est un remède insuffisant ;  

-         la Banque Mondiale et le FMI font tout ce qu’ils peuvent pour reconquérir leur légitimité en offrant des programmes de lutte contre la pauvreté et un allégement des dettes.  Pourtant, ce que nous demandons n’est rien d’autre qu’une libération  totale de l’esclavage imposé par ces dettes et une éradication totale de la pauvreté ;

-         ces soi-disant programmes de lutte contre la pauvreté ont été imposés de telle manière qu’ils remplacent et ne tiennent aucun compte des programmes nationaux de développement et de lutte contre la pauvreté. Il s’agit d’une intervention externe qui n’a aucun respect pour les dynamiques nationales. C’est une intrusion inacceptable.  Mais, les ignorer n’est pas chose facile, car ils sont imposés sous forme de conditions supplémentaires à l’allégement – très critiqué –  de la dette des PPTE.

Les expériences liées au fonctionnement des PSLP dans nos pays soulèvent des inquiétudes supplémentaires au sujet de la participation des organisations de la société civile :

-         les PSLP ne sont pas basés sur une participation, appropriation ou prise de décisions réelle provenant de la base. Au contraire, il n’y a aucune intention de prendre au sérieux les perspectives de la société civile.  La participation n’est qu’un exercice de relation publique visant à insuffler une légitimité aux PSLP ;

-         l’incapacité de fournir en temps utile un accès complet à l’information nécessaire est une manifestation supplémentaire de l’absence d’engagement sincère en vue d’une approche participative.  Elle limite la capacité de la société civile de contribuer aux programmes d’une manière significative ;

-         les PSLP ont été introduits selon un calendrier externe défini à l’avance qui s’est avéré, dans la plupart des pays, inadéquat.  En effet, le temps envisagé a été insuffisant pour qu’un processus participatif efficace soit mis en place ; 

-         en plus, des contraintes auxquelles doivent faire face les gouvernements et les organisations de la société civile dans l’élaboration des PSLP, la Banque Mondiale et le FMI conservent le droit de veto sur les programmes finaux.  Ce n’est ni plus ni moins qu’une parodie de l’affirmation sans cesse répétée visant à dire que les PSLP sont basés sur ‘l’appropriation nationale’ ;

-         une inquiétude supplémentaire concerne la manière dont les PSLP sont utilisés par la Banque Mondiale et le FMI, que ce soit directement ou indirectement, pour coopter les ONG à surveiller leur propre gouvernement pour le compte de ces institutions.

Dans certains cas, notamment dans les pays où les gouvernements n’ont pas été ouverts à une participation de la société civile et où les problèmes relatifs à la pauvreté et au développement n’ont pas été mis à l’ordre du jour, les PSLP sont apparus comme des outils qui faciliteraient l’ouverture d’un espace dans lequel les organisations de la société civile pouvaient engager leur gouvernement. Pourtant, l’effet escompté de combattre l’ajustement structurel n’a pas été réalisé. En outre, un certain nombre d’organisations ont investi un taux d’énergie tel dans le processus des PSLP qu’elles n’ont pas pu continuer leur travail visant à faire opposition aux PAS et aux PPTE ou leur campagne en faveur de l’annulation de la dette.  Nous avons appris la leçon : nous devons reprendre nos propres programmes, nous devons revigorer et fortifier nos engagements, nous devons travailler avec les communautés.

En tant qu’organisations de la société civile africaine, nous devons :

-         continuer et intensifier nos efforts visant à exposer aux peuples de nos pays et du monde les liens inextricables entre les objectifs et les effets des PAS, PPTE et PSLP, et les objectifs stratégiques de la Banque Mondiale et du FMI ;

-         mobiliser nos peuples et tisser des liens solides avec nos alliés du Sud et nos partenaires du Nord pour l’annulation  de la dette extérieure sans conditions externes ;

-         engager nos gouvernements d’une manière pro-active sur des questions déterminées au travers de nos programmes et sur la base d’une participation réelle et d’un renforcement véritable de l’autonomie populaire de nos propres sociétés, communautés et cultures ;

-         mobiliser nos gouvernements pour les encourager et les pousser à s’unir et à répudier la dette ;

-         mobiliser nos peuples pour combattre et changer le système économique mondial à travers de campagnes et des actions en faveur de la fermeture de la Banque Mondiale et du FMI. Mobiliser nos peuples pour qu’ensemble nous puissions faire face aux autres pouvoirs, y inclus l’OMC, les gouvernements du Nord tels que l’Union Européenne (à travers l’Accord de Cotonou), les Etats-Unis (à travers l’AGOA) et leurs entreprises transnationales géantes ;   

-         mobiliser nos peuples pour opposer les élites au pouvoir qui mettent en place des programmes d’ajustement structurel et qui donnent force aux racines des politiques néo-libérales déjà profondes dans nos pays.

Nous appelons nos peuples à développer davantage – et à approfondir à travers des analyses et des discussions – nos propres alternatives démocratiques, axées sur la personne humaine, équitables et respectueuses de l’environnement aux niveaux national, régional et continental et qui constitueraient la base d’un défi africain au système mondial actuel, un système oppressif, destructeur et abusif. 

 

Signatures

- African Organisation on Debt and Development (AFRODAD - Africa)

- African Women's Economic Policy Network (AWEPON)

- Africa Trade Network (Southern Africa)

- Alternative Information and Development Center (AIDC - South Africa) ·

- Associacao para Desenvolvimento Rural de Angola (ADRA - Angola) ·

- Asapsu - Cote d'Ivoire

- BEACON - Nairobi

- Botswana Council of Churches

- Catholic Commission for Justice & Peace (Malawi)

- Center for International Studies (CEI) (Nicaragua)

- CMID - Ghana

- CONGAD (Senegal)

- Divida (Mozambique Debt Group)

- Ecumenical Support Services for Economic Transformation (ESSET  South Africa)

- Gender and Trade Network (Southern Africa)

- GERA

- Peace Humanius (Cameroon) ·

- International South Group Network (Southern Africa)

- Jubilee 2000 Angola

- Jubilee 2000 Cameroon

- Jubilee 2000 Nigeria

- Jubilee 2000 Senegal

- Jubilee 2000 Zambia and Civil Society for Poverty Reduction (Zambia)

- Jubilee South Africa

- Jubilee South (Africa)

- Karios EUROPA

- Kenya Debt Relief Network (KENDREN)

- Ledikasyon pu Travayer (Workers Education - Mauritius)

- Malawi Economic Justice Network (MEJN)

- Mwelekeo wa NGO (MWENGO - Southern Africa) ·

- Southern African Peoples Solidarity Network (SAPSN)

- South and East Africa Trade, Information and Negotiation Initiative  (Seatini) ·

- Tanzania Coalition on Debt and Development

- Tanzania Gender Networking Programme

- T.E.I.A  Mozambique

- Uganda - ActionAid

- World Council of Churches

- Zimbabwe Coalition on Debt and Development (ZIMCODD - Zimbabwe)

- YWCA of Kenya

 

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Campaign Against Neo-liberalism in South Africa (CANSA). Can be contacted at the Johannesburg Office of the Alternative Information and Development Centre (AIDC).

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