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La Déclaration de la Société Africaine sur le NEPAD

“Nous n’acceptons pas le NEPAD !  L’Afrique n’est pas à vendre”

 

Nous, les membres des mouvements sociaux, des syndicats, des organisations féminines et de la jeunesse, des organisations confessionnelles, universitaires, membres d’ONG et d’autres organisations de la société civile à travers l’Afrique, réunis à Port Shepstone, Afrique du Sud, le xx juillet 2002 à l’aube du lancement de l’Union Africaine et du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique qui aura lieu à Durban, avons procédé à un examen minutieux du NEPAD à la lumière des luttes pour le développement et l’émancipation de l’Afrique.  

Bien que consciente de l’importance que revêt un effort collectif pour le développement de l’Afrique, cette initiative qui se veut un « partenariat international nouveau néanmoins ignore et minimise les programmes et les efforts passés et présents des peuples africains visant à résoudre les crises de l’Afrique et à progresser à partir de programmes tels que le Plan d’Action de Lagos (1980) et le Traité d’Abuja (1991), le Cadre Alternatif du Programme d’Ajustement Structurel (AAF-SAAP, 1989), la Charte Africaine sur une Participation Populaire et le Développement (Charte d’Arusha, 1990) et le Programme du Caire (1994).

A la différence de ces programmes, le NEPAD est principalement concerné par la collecte de ressources financières extérieures auprès de gouvernements et d’institutions étrangères.  De plus, c’est un programme hiérarchisé, initié par les élites africaines et conçu avec des pouvoirs privés et les instruments institutionnels de la mondialisation.  Il est basé ni sur l’expérience, ni sur le savoir ni sur les exigences des peuples africains.  Un programme africain légitime se doit d’être initié par et pour le peuple africain.

Nous prenons comme point de départ les nombreuses critiques portant sur le fond même du NEPAD, critiques qui ont été émises un peu partout sur le continent africain, entre autres, les déclarations du Forum Social Africain (Bamako, Mali, janvier 2002) et celles du CODESIA (Council for Development and Social Science Research in Africa) avec le Third World Network-Afrique (Accra, avril 2002).  Nous avons développé notre examen du NEPAD à partir de ces déclarations.

Lors de nos délibérations et discussions portant sur de nombreuses questions, des aspects fondamentaux du NEPAD ont été examinés ainsi que le montrent les arguments cités ci-dessous.  Ces discussions nous ont permis de tirer de nombreuses conclusions également exposées ci-dessous.

I.                    NEPAD, DEMOCRATIE ET ‘BONNE GOUVERNANCE’

Nous avons discuté du caractère et du rôle de l’Etat post-colonial en Afrique ainsi que du rôle de l’Etat en développement dans ses premières phases de réussites économique, sociale et humaine post-indépendance.  Nous avons noté que le NEPAD :

·        ne prend pas compte du fait que le rôle de l’Etat en tant que garant des services sociaux et du développement, en particulier sous la tutelle de la Banque Mondiale, a été minimisé;

·        ignore la manière dont l’Etat ‘structurellement ajusté’ a, à son tour, minimisé le rôle des institutions et des processus démocratiques en Afrique;

·        ne reflète pas les luttes historiques de l’Afrique visant à défendre des formes de démocraties participatives et la décentralisation du pouvoir;

·        fait des promesses quant à la démocratie et la ‘bonne gouvernance’ qui sont, en grande partie, destinées à satisfaire les exigences des bailleurs de fonds étrangers et à donner des garanties aux investissements étrangers.

En conclusion :

1.      Notre engagement en faveur de la bonne gouvernance est indéniable.  Néanmoins, le traitement de ce concept tel qu’il apparaît dans le NEPAD, y compris le fait d’y intégrer des politiques économiques controversées, est inacceptable.  En effet, nous n’acceptons pas que ces notions soient intégrées au concept de bonne gouvernance en l’état.

2.      Nous faisons appel aux peuples africains pour qu’ils se mobilisent en faveur d’un développement participatif et d’un Etat capable de répondre à leurs besoins et à leurs aspirations, et de former des mouvements populaires et démocratiques en mesure de soutenir nos Etats et leurs responsabilités. 

II.                 NEPAD, PAIX ET STABILITE

Nous avons discuté des liens entre les conflits du continent et l’héritage colonial, l’exclusion économique, l’intolérance politique, la polarisation sociale, les frontières artificielles et l’accès inéquitable aux ressources en tant que sources des conflits actuels. 

Le NEPAD :

·        ignore la totalité de ces facteurs et traite ces problèmes principalement d’un point de vue technique dans le cadre d’opérations de maintien de la paix;

·        ne relève pas le problème des politiques d’ajustement structurel qui sont des facteurs aggravants des conflits locaux et de leur dérive vers la guerre;

·        ne fait pas cas d’une des principales sources de guerres et de conflits en Afrique, c’est-à-dire, des intérêts des entreprises transnationales, des profiteurs de guerre et des seigneurs de la guerre ni de leur détermination à contrôler et à exploiter nos ressources telles que pétrole, diamants et autres ressources précieuses.

En conclusion :

1.      Une paix qui se base sur la sécurité humaine tout en la garantissant requiert un environnement qui répond aux besoins des peuples, sans aucune forme de discrimination.

2.      La paix exige une réponse panafricaine pour faire face aux divisions et aux tensions créées par l’héritage d’une déstructuration sociale et de frontières coloniales arbitraires.

3.      La Déclaration de Kampala établissant la Conférence sur la Sécurité, la Stabilité, le Développement et la Coopération (CSSDCA) peut servir d’instrument majeur dans la construction de la paix

III.                LE NEPAD ET LES DROITS DE L’HOMME

Nos discussions ont porté sur les abus des Droits de l’Homme et leur déni dans la majorité des pays de l’Afrique.  Nous avons également traité de la pandémie HIV-SIDA et de ses effets dévastateurs sur nos peuples. 

Le NEPAD :

·        ne fait que de rares références aux Droits de l’Homme et, lorsque évoqué, le sujet est principalement traité de manière rhétorique;

·        ne traite que superficiellement de l’impact du HIV-SIDA sur les vies de nos populations;

·        ne garantit pas le droit à l’autodétermination des peuples et contient des politiques qui contredisent ou qui sont incompatibles avec la démocratie et les Droits de l’Homme;

·        promeut l’intégration économique régionale sans même évoquer la liberté de mouvement et de travail ni la libre circulation des travailleurs à l’intérieur de la communauté des Etats africains.

De plus, nous avons noté que, depuis la récente réunions des G8 à Kananaskis, le NEPAD à été assimilé au programme américain de lutte contre le ‘terrorisme’.  Il est donc maintenant possible d’utiliser le NEPAD comme levier pour introduire des lois qui violeraient des droits civils et politiques fondamentaux.

Nous nous engageons à continuer la lutte pour promouvoir et défendre les Droits de l’Homme dans leur sens le plus large et en y incluant les droits politiques, civils, économiques, sociaux, culturels et environnementaux.

IV.              LE NEPAD ET LES PROGRAMMES D’AJUSTEMENT STRUCTUREL

Nous avons analysé les politiques, leurs effets ainsi que nos expériences directes des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) au cours de ces dernières décennies dans nos pays.  Nous avons noté que, malgré des effets économiques, sociaux, politiques et environnementaux négatifs, le NEPAD :

·        accepte la paradigme des PAS, y compris les concepts néo-libéraux et inéquitables autour desquels celle-ci est construite et qui ont été une des principales causes de l’intensification des conflits africains ainsi que de la féminisation de la pauvreté;

·        soutien sans réserve aucune la version la plus récente des PAS, c’est-à-dire, le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) qui a été discrédité par de nombreux mouvements populaires;

·        lance une bouée de sauvetage au FMI et à la Banque Mondiale précisément au moment où ces institutions doivent faire face à une crise idéologique et institutionnelle qui n’est que le résultat de critiques incessantes et de luttes mondiales à leur égard.

Nous nous engageons à :

·        Continuer à informer l’opinion publique et à renforcer notre résistance contre toutes les politiques du FMI et de la Banque Mondiale aujourd’hui incorporées dans le NEPAD.

V.                 LE NEPAD ET LA MOBILISATION DES RESSOURCES

Nous avons examiné les défis et les problèmes concernant la mobilisation des ressources pour le développement. Le NEPAD :

·        ignore la question d’appropriation et de contrôle des ressources africaines par les peuples africains.  Il ne tient aucunement compte du fait que ces peuples sont non seulement la ressource la plus précieuse du continent mais également la raison d’être du développement;

·        ne vise pas à mobiliser les richesses naturelles de l’Afrique pour le développement Africain mais, au contraire, pour alimenter l’exploitation et le pillage menés par les compagnies étrangères;

·        n’a apparemment rien à dire au sujet de la mobilisation, redistribution et utilisation des terres africaines pour le développement, en particulier pour celui des femmes;

·        se concentre lourdement sur les ressources financières extérieures sans pour autant se préoccuper des coûts, ni des effets économiques, sociaux et environnementaux négatifs des investissements étrangers et de la libéralisation des capitaux.

En conclusion :

1.      Les espoirs quant à la mise à disposition des ressources financières extérieures se sont, dans le passé, avérés irréalistes.  La situation n’a guère changé.  Le caractère irréaliste de ces espoirs à, d’ailleurs, été confirmé lors de la réunion des G8.

2.      Les bailleurs de fonds et leurs opérateurs ont démontré que toute décision concernant le choix des pays qu’ils soutiendront ne sera prise qu’individuellement et sur la base de leurs intérêts propres et de leurs politiques internes.

3.      De la même manière, les propositions d’allègement de la dette seront limitées et accordées uniquement aux gouvernements qui auront consciencieusement suivi les préceptes néo-libéraux et inéquitables.

4.      Un allègement de la dette sur ces bases ne sera, néanmoins, même pas accordé à ces pays et ne servira qu’à renflouer les comptes des créditeurs.

5.      L’intégralité du projet de financement du NEPAD est au point mort.  Nous concentrerons donc nos efforts sur la mobilisation de ressources appropriées en y incluant les ressources financières africaines aujourd’hui transférées légalement et illégalement hors de l’Afrique.  Nous chercherons à rattacher toutes ces ressources à des stratégies de développement alternatif basées sur l’autonomie collective.

VI.              LE NEPAD ET LA DETTE

Nous avons examiné la nature, les sources et les causes de la ‘dette’ africaine.  Cette dette est une cause fondamentale du sous-développement, de la pauvreté et de l’inégalité en Afrique.  Elle est due aux même entités puissantes qui ont bénéficié de l’esclavage, de la colonisation et du néo-colonialisme et qui ont aidé à construire la richesse et le pouvoir de certaines élites africaines.  La dette n’est pas seulement un instrument financier, c’est également un instrument politique de domination et de contrôle du Nord sur l’Afrique.

Pourtant, nous avons noté que le NEPAD :

·        accepte l’obligation pour l’Afrique de payer cette dette illégitime au détriment des services sociaux fondamentaux et des besoins en matière de développement;

·        ignore les demandes d’une annulation totale de la dette, demandes qui ont été exprimées à travers de nombreuses campagne en Afrique, dans les pays du Sud et dans le monde.

D’après les arguments suscités :

1.      Nous demandons l’annulation totale et inconditionnelle de la dette.

2.      Nous réaffirmons les demandes de réparations pour les dommages sociaux, économiques et écologiques causés à l’Afrique et à ses peuples à travers l’esclavage et la colonisation.

3.      Nous appelons au retour des richesses de l’Afrique transférées dans les pays du Nord de manière malhonnête par les élites africaines.

4.      Nous nous engageons à intensifier la mobilisation populaire afin de faire pression sur les Gouvernements Africains pour répudier la dette.

VII.            NEPAD, COMMERCE ET MONDIALISATION

Nous avons fait le tour des arguments sur le rôle du commerce en Afrique ainsi que celui du système mondial actuel.  Nous avons noté que la libéralisation des échanges commerciaux indifféremment appliquée a conduit à une désindustrialisation, à l’augmentation des niveaux de chômage et à une paupérisation croissante.  De plus, elle a relégué l’Afrique au simple rôle de fournisseur de matières premières et de main d’œuvre bon marché. 

Le NEPAD :

·        ignore l’expérience et le grand nombre de preuves et d’analyses discréditant les théories selon lesquelles le commerce mène à la croissance qui, elle, mène au développement ;

·        accepte une croissance basée sur l’exportation et l’expansion des exportations traditionnelles  de l’Afrique qui sont déjà un facteur aggravant la détérioration des termes commerciaux de l’Afrique ;

·        vise à maintenir au centre des préoccupation de l’Afrique ‘l’accès’ aux marchés des pays les plus riches à travers des offres unilatérales mais illusoires telles que le « Tout sauf les armes » (EBA) de l’Union Européenne ;

·        soutien l’objectif de libre échange réciproque et des autres politiques de conditionnalité exigées par l’Union Européenne et les Etats Unis telles que la privatisation et la déréglementation du travail (que l’on retrouve dans les Accords de Cotonou) et la libéralisation des investissements (que l’on retrouve dans la Loi américaine sur le croissance et le commerce en Afrique (AGOA)) ;

·        accepte une description erronée de la ‘marginalisation’ de l’Afrique alors que l’Afrique a été, et ce depuis longtemps et de manière désavantageuse, intégrée dans l’économie mondiale ;

·        promeut une intégration plus intense dans l’actuel processus de mondialisation qui sert fondamentalement les intérêts des riches;

·        méprend le caractère inéquitable des accords commerciaux de l’OMC et des autres accords commerciaux connexes, en particulier l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) qui ne fait qu’aggraver l’appropriation mondiale des services et des ressources africaines.

En conclusion :

1.      Nous avons besoin de continuer nos efforts pour créer, d’une part, des échanges commerciaux différents aux niveaux local, régional et interrégional et, de l’autre, un rôle différent pour le secteur commercial dans nos économies.

2.      Nous continuerons à faire campagne pour faire pression sur nos gouvernements afin qu’ils résistent aux accords commerciaux unilatéraux, bilatéraux et multilatéraux qui ne prennent pas en compte le caractère inique du système économique mondial.

3.      Nous continuerons à faire campagne et à mobiliser les peuples Africains pour qu’ils fassent pression sur leur gouvernement afin que ces derniers résistent à l’expansion et aux pouvoirs de l’OMC à travers l’introduction de toujours plus de questions et pour que ces mêmes gouvernements résistent à un nouveau cycle de l’OMC que l’on cherche à mettre en place depuis la Conférence Ministérielle de Doha.

4.      Nous continuerons à construire le mouvement populaire aux niveaux national, continental et international contre une mondialisation économique néo-libérale et contre une Organisation Mondiale du Commerce qui joue le rôle de force institutionnelle principale de la mondialisation.

Sur ces bases, nous ne pouvons pas accepter le programme du NEPAD, que ce soit le processus qui y est développé ou son contenu.  Nous sommes engagés à joindre nos efforts pour le développement et l’émancipation de l’Afrique.  Nous en appelons à tous les mouvements et organisations des peuples africains à continuer leurs efforts de longue haleine afin de trouver des alternatives viables et justes qui bénéficieront à tous les peuples de l’Afrique. 

Une autre Afrique est possible !

Un autre monde est possible ! !

 

Third World Network Africa

Economic Justice Network

Jubilee South Africa

Environment Monitoring Group

Environmental Monitoring Group

ROPPA

Department of Economics (University of Swaziland)

ENDA TM

Africa Youth Forum

NAFAU

Social Development Network

Department of Sociology

Women for Change

AIDC

Gender and Trade Network in Africa

Inter-Africa Group

Zimbabwe Coalition on Debt & Development

Gender & Forum National De Lutte LA

AFRODAD

BOCONGO

TSOET / TCDD

Ecumenical Support Services

ESSET

EJC

Human Rights Committee of Youth Africa

Women in Business

Kenya Debt Relief Network

FEMNET

Development Network

Tanzania Social and Economic Trust

Zambia Congress of Trade Unions

Namibia Food and Allied Workers Union

Ledikasyon Pu Travayer (Mauritius)

Lalit (Mauritius)

South African Council of Churches

Wits University

Centre of Civil Society

Malawi Council of Churches

CECIDE

Friends of the Earth

Association of Farmers Education & Traders

Espace Associatif