Document soutenu par l'URFIG relatif à l'OMC
Les Ambassadeurs du Tiers Monde et la résistance
aux
pressions en faveur d’un « Nouveau Round »
par
Martin KHOR
Le 14 mars 2001, le Third
World Network (TWN) a organisé un séminaire sur les « Développements
actuels à l’OMC : les perspectives vues du Sud.
Les participants étaient en majorité des diplomates des pays en développement
en poste à Genève et des officiels d’organisations internationales. Voici la
synthèse des débats de ce séminaire rédigée par Martin Khor, directeur du
TWN, et publiée dans le SUNS (South-North
Development Monitor) du 16
mars 2001.
Selon plusieurs ambassadeurs des
pays du Sud, résister aux pressions en faveur d’un nouveau round de négociations
sur le commerce incluant de nouvelles matières est un des défis et une des
priorités les plus importantes pour les pays en développement à l’OMC.
Lors des tables rondes, les
ambassadeurs ont parlé des « Défis et priorités des pays en développement. »
Ils ont aussi discuté de la conférence ministérielle du Qatar lors du séminaire
sur « les Développements actuels à l’OMC : les perspectives vues
du Sud organisé par le Third World Network, le
14 mars 2001.
Les porte-parole des tables
rondes ont aussi souligné la nécessité de faire pression pour que certaines
des exigences concernant les questions de mise en oeuvre soient prises en compte
et résolues avant la réunion ministérielle de Doha.
L’AMBASSADEUR HALIDA
d’INDONESIE a dit qu’il était important que des décisions substantielles
sur les questions de mise en oeuvre soient prises à l’OMC avant même que la
4ème conférence ministérielle ait lieu à Doha.
L’agenda incorporé et les révisions prévues par les accords sont
aussi des thèmes prioritaires pour les pays en développement.
Faisant référence aux
discussions sur les nouvelles matières proposées lors d’une session précédente,
Halida a dit que beaucoup de questions concernant les dangers posés par ces
nouvelles matières étaient réels pour les pays en développement.
Les pays en développement doivent prendre des décisions fermes, par
exemple, sur le bien fondé de charger l’OMC de la réglementation sur les
investissements. Elle a ajouté
qu’il était dangereux d’inclure les thèmes de l’investissement et de la
concurrence au sein de l’OMC et que la question de la transparence dans les
marchés publics devrait être considérée avec grande prudence.
Halida a ajouté que les pays en
développement devraient être capables de faire face aux pressions en faveur du
lancement d’un nouveau round et de nouvelles matières et que, pour ce faire,
une plus grande collaboration entre les pays en développement était nécessaire.
Selon l’AMBASSADEUR FAYZA
ABOULNAGA d’Egypte, la priorité première concerne les questions de mise en
oeuvre. Malgré les efforts
continus des pays en développement, les résultats obtenus jusqu’à présent
sur la mise en oeuvre ont été, au mieux, extrêmement faibles.
Pourtant, le fait d’avoir apporté les questions de la mise en oeuvre
au sein des débats à l’OMC a été une réussite non négligeable.
Les pays industrialisés ont reconnu le fait que ces questions étaient
bien réelles, qu’elles doivent être examinées et qu’elles vont perdurer.
« On a réussi à
maintenir la pression pour que les questions de mise en oeuvre restent au centre
du débat. On n’a pas succombé
aux pressions pour qu’elles soient écartées ou pour qu’elles soient noyées
dans un contexte plus large d’un nouveau round » a-t-elle dit en
ajoutant que la décision sur la mise en oeuvre devait être prise avant Doha.
Fayza a dit qu’un plus grand
effort devait être fait pour améliorer la transparence interne à l’OMC pour
qu’elle devienne « l’ordre du jour et de tous les jours » et
qu’elle soit institutionnalisée dans le travail de l’OMC et pas laissée au
gré des individus.
En ce qui concerne les nouvelles
matières, Fayza a dit que les questions traitées à la conférence ministérielle
de Singapour étaient en train d’être discutées au sein des groupes de
travail. Ces questions n’étaient,
pour le moment, pas mûres pour être soumises à de nouvelles négociations et
devaient encore être étudiées. Elles
devraient être exclues de Doha ainsi que de l’ordre du jour de l’éventuel
nouveau round. Elle a dit que
certains pays en développement ont fait savoir clairement, lors d’une réunion
spéciale du Conseil Général, que ces questions n’étaient pas encore mûres
pour être inscrites à l’ordre du jour de la 4ème conférence ministérielle.
Lors de certaines discussions,
des représentants des pays développés lui ont dit que les pays en développement
utilisaient les questions de mise en oeuvre pour bloquer le nouveau round et que
« nous demandons la lune. » L’émissaire
égyptien a ajouté : « lors de l’Uruguay Round, on nous avait
offert la lune, aujourd’hui, qu’avons-nous ? »
« Ces attaques continues
contre les pays en développement et ce genre d’attitude érodent le système
de commerce multilatéral et peuvent même conduire à son effondrement »
a-t-elle prévenu.
Elle a ajouté que les priorités
pour les pays en développement à l’OMC étaient d’insister pour que les
questions de mise en oeuvre soient résolues et que des résultats tangibles
soient obtenus avant Doha ; de s’assurer que seules les questions sur
lesquelles il y a un accord de tous les membres soient traitées à Doha ;
de s’assurer que les bénéfices l’emportent sur les coûts dans toutes négociations
éventuelles et futures (que ce soit lors d’un round ou dans un autre
contexte) ; de continuer à travailler d’une manière solidaire avec les
pauvres et les plus pauvres, tout en surmontant les tentatives de diviser les
pays en développement.
Elle a dit qu’il y avait de
fortes pressions sur les pays en développement « mais que l’on ne
devait pas prendre plus d’engagement que ceux que l’on peut digérer ».
Selon l’AMBASSADEUR RANSFORD
SMITH de la Jamaïque, la conférence ministérielle devrait évaluer l’état
du commerce mondial. « On ne
considère pas un nouveau round comme une priorité » a-t-il dit en
opposition aux arguments selon lesquels un nouveau round est nécessaire en
toute circonstance.
Smith, qui reflète souvent les
points de vues des pays Caribéens, a dit « On ne pense pas qu’un round
global puisse être un développement désirable ».
« Nous sommes stupéfaits
par plusieurs arguments invoqués en soutien du nouveau round ou pour le
justifier » a dit Smith. « Quand
l’économie mondiale bat son plein, on nous dit ‘on a besoin d’un
nouveau round pour ne pas retomber dans le protectionnisme’ ; quand
elle bat de l’aile, on nous dit ‘on a besoin d’un nouveau round pour
contrer le protectionnisme et pour sortir l’économie mondiale du marasme’.
On peut donc se demander, à quel moment n’aurons-nous pas besoin
d’un nouveau round. »
« Selon nous, » a
ajouté l’Ambassadeur jamaïcain, « nous n’avons pas besoin d’un
nouveau round, car une libéralisation majeure et significative du commerce
multilatéral a été atteinte il y a cinq ans.
Un grand nombre de pays n’ont pas encore fini de mettre en place les
engagements pris lors de ce round … Les négociations et révisions qui
sont à l’ordre du jour, les questions de mise en oeuvre, les initiatives
(existantes et celles qui peuvent être envisagées) portant sur les mesures de
confiance sont autant d’éléments pour lesquels il y a une quantité
importante de travail à faire, un travail qui doit être accompli. »
« Plus important encore,
nous ne pensons pas qu’un round global de négociations avec un tas de
nouveaux thèmes soit une suite désirable.
En effet, il suffit de regarder le programme envisagé par le groupe de
travail sur l’agriculture pour le restant de l’année – cinq réunions
formelles ou informelles sont envisagées – pour comprendre les problèmes de
logistique que suscite un nouveau round, sans parler des difficultés
substantielles pour les pays en développement qui sont à court d’argent. »
Dans ce contexte, le défi pour
les pays en développement, a dit l’émissaire jamaïcain, est de conserver la
priorité aux négociations qui sont à l’ordre du jour et les questions de
mise en oeuvre. « Nous
pensons qu’il faut limiter les procédures de préparation ministérielle à
un rôle de révision et d’évaluation. »
Conscient du droit des membres à soumettre des propositions pour de
nouvelles matières, « nous devons insister sur le principe de consensus
pour l’acceptation de tout sujet de négociation et, ayant en vue l’histoire
récente et les ressources limitées des pays en développement, insister pour
que toute nouvelle négociation envisagée réponde aux intérêts des pays en développement
et qu’elle soit limitée et gérable. »
En vue de la conférence ministérielle,
il a dit que le défi est d’assurer que le processus soit toujours
transparent, qu’il y ait une préparation adéquate et que les pays en développement
soient d’accord sur l’essentiel. Toute
négociation doit être basée sur un consensus et bénéficier aux pays en développement.
L’AMBASSADEUR BONIFACE
CHIDYAUSIKU du Zimbabwe était d’accord avec l’idée que les questions de
mise en oeuvre doivent être la priorité des priorités dans l’ordre du jour
des pays en développement et que les décisions sur ces questions devraient être
prises avant Doha. Les pays en développement
doivent évaluer leur efficacité passée et future dans les négociations qui
sont à l’ordre du jour portant sur l’agriculture et les services ainsi que
sur la manière dont ils peuvent travailler ensemble pour promouvoir leurs intérêts
d’une manière durable.
La révision des ADPIC pourrait
aussi être utilisée pour que les questions de brevets et de médicaments
soient prises en considération dans les débats qui sont aujourd’hui bien
plus intenses à l’extérieur de l’OMC qu’en son sein.
Ainsi, les ADPIC pourrait être modifiés pour inclure la question de
l’accès aux médicaments.
Il a ajouté que la préparation
et l’ordre du jour d’un nouveau round et la préparation et l’ordre du
jour de la 4ème conférence ministérielle étaient des sujets distincts et ne
devaient pas être confondus.
La leçon tirée de Seattle a été
« la nécessité de la transparence dans les négociations » ainsi
que le besoin d’empêcher une régression aux pratiques du passé et de
« respecter les règles et procédures au sein de l’OMC et, plus
particulièrement, au sein de la conférence ministérielle, ce qui ne fut pas
le cas à Seattle quand le groupe de travail sur les normes de travail fut mis
en place sans que ces questions soient discutées en session plénière … On
ne devrait pas se laisser reléguer à l’arrière scène. »
Il faut aussi que les officiels
des pays en développement basés à Genève parlent de la même voix que leurs
collègues basés dans les capitales. Parfois,
les partenaires commerciaux s’engagent auprès des hauts fonctionnaires dans
les capitales des pays en développement sans tenir compte de ceux qui sont basés
à Genève. Ceci devrait être évité.
L’AMBASSADEUR ALI MCHUMO de
Tanzanie a dit que le défi le plus important pour les pays les moins avancés
(PMA) est de faire entendre leur réponse à la proposition pour un nouveau
round. Il y a d’importantes
pressions sur eux pour qu’ils acceptent un round, il est urgent de donner nos
réponses.
Il a ajouté que si un nouveau
round est accepté, il doit être limité et ne doit pas inclure de nouveaux thèmes,
car ceux-ci imposeraient une charge supplémentaire et aucun bénéfice pour les
PMA.
Les négociations sur les
questions de mise en oeuvre sont des procédures en cours qui ne sont pas liées
à un nouveau round. Elles
continueront à être à l’ordre du jour bien après Doha.
Une autre priorité, a dit Mchumo, est d’insister sur la mise en place
du traitement spécial et différencié mentionné dans les accords.
Et pour les PMA, une des priorités les plus importantes est de
s’assurer que le thème de renforcement des capacités sera approfondi.
Selon l’AMBASSADEUR INDIEN S.
Narayanan, il est fondamental de veiller à ce que le cadre normatif de l’OMC,
qui est censé être un système opérationnel basé sur des règles, le soit réellement
et ne soit pas le déguisement d’un système basé sur le pouvoir et
l’influence. Si les pays en développement travaillent ensemble, « nous
pouvons créer un système plus équitable.»
Faisant référence à la
possibilité d’un nouveau cycle, Narayanan a dit que les négociations et
bilans prévus par les accords existants étaient des matières suffisamment
consistantes pour constituer le nouveau cycle. Ce serait une erreur
d’argumenter que seul un nouveau cycle avec une pléthore de nouveaux thèmes
peut aboutir à un résultat équitable. L’Uruguay
Round était important, mais on ne peut pas dire que les résultats ont été équitables,
loin de là, et la vie quotidienne des populations des pays en développement
nous le montre bien. Il est donc
faux de penser qu’un ordre du jour élargi peut aboutir à un résultat plus
équitable.
Il a ajouté que si les pays développés
montrent aussi peu de sincérité, il sera difficile de construire l’OMC.
Il a cité leur réticence à considérer la crise concernant les
questions de brevet et de prix des médicaments au sein de l’OMC ainsi que le
manque d’intérêt et de participation des pays développés au séminaire sur
le transfert des technologies à l’OMC.
« A moins d’effacer les
inégalités actuelles à l’OMC, je ne pense pas qu’un nouveau cycle soit
une bonne idée, » a-t-il conclu en ajoutant que les pays en développement
sont confrontés au défi d’agir de manière à faire entendre leur seule et
unique voix au monde.
Monsieur C. Raghavan, Rédacteur
en chef du North-South Development Monitor
et président de la session, déclara que si les conférenciers et les représentants
des pays en développement qui ont parlé aussi clairement lors du séminaire
parlent de même à l’OMC, les intérêts des populations du Sud seront sûrement
préservés. L’OMC ne comprend que les « non » catégoriques. Un
« oui, mais… » sera pris pour un consentement. Sinon, les pays en
développement, qui ont déjà perdu leur souveraineté économique, risquent de
perdre sous peu leur souveraineté politique aussi.
Faisant référence à la Conférence
ministérielle, l’AMBASSADEUR MUNIR AKRAM du Pakistan a dit que ce n’est un
secret pour personne que les principaux protagonistes souhaitent un nouveau
cycle. Il y aura une pression considérable, lors de la prochaine Conférence de
l’ONU sur les PMA, pour affaiblir la position des PMA (contre un nouveau
cycle) et pour obtenir leur appui en faveur d’un nouveau cycle.
La pression la plus forte en faveur d’un nouveau cycle vient de
l’Union européenne qui se justifie en estimant devoir compenser les
concessions qu’elle va devoir faire dans le secteur agricole par des gains
dans d’autres secteurs tels que celui des politiques en matière
d’investissement et de concurrence.
Il semble clair pourtant que les
partisans de ces diverses propositions ne savent pas ce qu’ils veulent. Les
discussions indiquent une certaine confusion politique, voire économique, sur
les processus à adopter et l’objectif que ces personnes veulent atteindre.
« Aux yeux des pays en développement, cette confusion est un
cadeau qui peut les sauver » a commenté avec ironie Akram.
La grande question est de savoir
quels sont les objectifs des Etats-Unis. Leur priorité semble être l’Accord de Libre Echange pour
les Amériques. Ils veulent aussi
obtenir le leadership des négociations commerciales pour le nouveau cycle. Cependant,
personne ne sait combien de temps va prendre la procédure qui permet au Congrès
de conférer un tel leadership. Jusqu’à ce qu’ils l’obtiennent, leur
capacité à promouvoir certaines prises de position sera très limitée.
Pour compliquer les choses
d’avantage, l’équilibre des pouvoirs au sein du Congrès est tel qu’il
est beaucoup plus probable que les démocrates fassent pression pour qu’il y
ait des décisions prises sur des questions concernant les droits sociaux et
l’environnement. Ces questions
seront-elle inclues dans la position qui sera adoptée par les Etats-Unis lors
des négociations ? Si tel est
le cas, cela anéantira toute possibilité d’un nouveau cycle.
Un autre cas de figure qui
endommagerait l’OMC porte sur l’accession de la Chine à l’organisation et
les positions chinoises et américaines. Méfiant,
l’Ambassadeur Akram a déclaré que « si la Chine n’entre pas à
l’OMC avant Doha, la possibilité d’un accord à Doha sur un cycle va être
diminuée, pas accrue».
Les Etats-Unis et la Commission
européenne sont conscients du fait qu’il y a un noyau de pays en développement
assez fort pour résister aux pressions politiques qui seraient exercées pour
forcer les pays du Tiers Monde à accepter un nouveau cycle.
Dans cette perspective, les défis
pour les pays en développement sont clairs. Ils vont devoir faire face à des pressions en matière
d’investissement, de politique de concurrence, de normes de travail,
d’environnement ainsi que sur des nouvelles matières, ce qui serait un désavantage
supplémentaire pour ces pays dans le cadre de l’OMC et des nouvelles
structures protectionnistes. Les
pays en développement ne devraient pas se contenter d’adopter une position de
défense. Ils devraient choisir une
position offensive et pousser pour que les thèmes qui sont dans leurs intérêts
soient mis sur table et négociés.
Ces nouveaux thèmes sont la
mise en œuvre et les sujets proposés aux paragraphes 21 et 22 du texte de
Mchumo et ce qui a été élaboré par ailleurs.
Une des réponses a été qu’il n’était pas possible de faire quoi
que ce soit à leur sujet pour l’instant et que les pays en développement
doivent attendre un nouveau cycle. Une fois que ce nouveau cycle sera lancé, ces sujets seront
traités. Pourtant, si quelque
chose peut être obtenu lors d’un nouveau cycle, politiquement, il ne devrait
avoir aucun problème à traiter ces sujets maintenant. La conditionnalité d’un nouveau cycle repose sur une
condition politique. Avant Seattle,
des pays en développement souhaitaient que ces sujets soient résolus avant
Seattle et d’autres dans l’année qui suivrait.
Selon Akram, les pays en développement doivent insister pour que les
questions de mise en oeuvre soient résolues avant Doha, et d’autres sujets
dans l’année qui suivra, jusqu’à la 5ème ministérielle. La mise en oeuvre est un problème politique et non pas
technique et la solution dépend de l’unité des pays en développement.
Un certain progrès a été réalisé
sur l’ordre du jour par les pays en développement dans plusieurs des domaines
de négociation, tel que l’agriculture (pour la « boîte » développement),
la sécurité alimentaire, le traitement spécial et différencié ; les
services pour mode 4 (livraison de services), mais qui doivent être étoffés ;
la révision de l’ADPIC et les problèmes majeurs les concernant, problèmes
qui ne font surface que maintenant – par exemple, le problème des brevets
pharmaceutiques. Il y avait la question d’un « ordre du jour positif. »
Les pays en développement devraient élaborer leurs propres propositions
concernant le commerce et la finance, le commerce et les produits de bases et un
bon nombre d’autres thèmes sur le développement.
L’AMBASSADEUR NATHAN IRUMBA de
l’Ouganda, qui a commenté la réponse des pays en développement sur les
nouvelles matières lors de cette session, a dit qu’ils devraient être guidés
par leurs expériences des questions de mise en oeuvre de l’Uruguay Round.
Les effets nocifs des concessions accordées par les pays en développement
lors de l’Uruguay Round sont très clairs – en guise d’exemple, l’ADPIC
et les questions concernant les médicaments génériques, le système de règlement
des différends, et une série d’autres sujets. L’expérience devrait guider
les pays en développement et leur apprendre à être plus attentifs lors de
nouveaux engagements. Les pays en développement avaient besoin de politiques de
concurrence intérieure et non pas de politiques internationales de concurrence
qui ne leur sont d’aucune aide. Pour
les investisseurs, la question la plus importante n’est pas l’existence ou
pas d’un accord, mais les conditions économiques du pays d’accueil.
En ce qui concerne la Conférence
des PMA à Bruxelles, les questions relatives à l’OMC ne sont pas à
l’ordre du jour, bien qu’il y
ait des pressions sur les PMA pour ce faire.
Faisant partie du Groupe 77 et à condition de se soutenir, les PMA
peuvent rester solidaires. Jusqu’à présent, la plupart des pays en développement
n’ont pas montré d’enthousiasme pour un nouveau cycle.
Malheureusement, chaque réunion ministérielle de l’OMC a été considérée
comme un événement pour lancer cette nouvelle initiative.
La préparation de la conférence ministérielle d’une part et celle du
cycle de négociations d’autre part devraient être séparées.
Le SECRETAIRE GENERAL DE LA
CNUCED, Monsieur Rubens Ricupero, qui a aussi parlé à la table ronde, a soulevé
deux points majeurs. Premièrement,
l’OMC n’est pas la seule voie digne de considération. Il existe aussi des initiatives aux niveaux bilatéral et
multilatéral qui ont un impact sur les pays en développement.
Par exemple, de nouveaux sujets sont négociés au travers d’accords
bilatéraux. Deuxièmement, les
questions de mise en oeuvre les plus importantes relèvent des efforts en vue
d’étendre le système d’échange multilatéral au-delà des questions
d’accès aux marchés et de la libéralisation des échanges.
Il existe donc aujourd’hui des questions telles que celles portant sur
les droits de propriété intellectuelle et les mesures concernant les
investissements et liées au commerce (MIC) qui limitent la marge de manœuvre
des pays en développement pour l’élaboration de leurs politiques de développement.
Ceci devrait être pris en compte lors des discussions à l’OMC sur
l’inclusion de nouvelles matières.
Il a ajouté qu’il n’était
pas souhaitable d’ouvrir l’accès aux marchés aux pays en développement
s’ils ne peuvent pas en tirer un profit commercial à cause des contraintes
qui pèsent sur eux. « Il
devrait avoir des limites à l’élargissement des matières soumises au système
d’échanges commerciaux. »
Monsieur Ricupero, qui a pris la
parole à la session matinale d’ouverture au séminaire et qui avait répondu
aux questions, a rappelé le point de vue qu’il avait exprimé lors du séminaire
de Third World Network l’an dernier.
Il a dit que ce n’était pas mauvais en soi si Seattle n’avait pas réussi
à lancer un nouveau cycle et que, du point de vue des pays en développement,
gagner du temps était généralement positif.
Mais, gagner du temps était utile seulement si le temps gagné était
utilisé pour leur permettre de mieux se préparer … « S’il est
seulement utilisé pour retarder des décisions, le résultat est que tôt ou
tard, on doit faire face à des difficultés ».
Les pays en développement, comme ceux du groupe de
Cairns, a-t-il noté, ont accepté de se soumettre à davantage d’obligations
au terme de l’Uruguay Round avec l’espoir et la conviction que cela élargirait
leur accès aux marchés en matière d’agriculture et accroîtrait leur part
de marché dans le système d’échanges agricoles mondial.
Mais si l’on regarde les données chiffrées, la part de marché des
pays en développement dans le système d’échanges agricoles mondial n’a
augmenté que d’un pour-cent. Ceci
est « trop peu en considération des peines et sacrifices et des efforts
qui ont été entrepris lors des négociations, » a ajouté Monsieur
Ricupero, en parlant de son expérience en tant que négociateur brésilien. Pour comprendre pourquoi cela est arrivé, les pays en développement
doivent analyser le passé en profondeur, établir un diagnostic correct,
appliquer les résultats à leurs problèmes actuels et modifier leur position
en conséquence.
Lors de l’Uruguay Round, les
pays en développement se sont souvent réunis et ont eu des discussions
approfondies sur divers thèmes. Même
si tous n’étaient pas du même avis – et il y avait des différences –
ils purent établir une évaluation claire et tout le monde sut qu’ils étaient
venus pour négocier.
Les pays intéressés par
l’agriculture ou les textiles ont pensé obtenir une valeur ajoutée, mais à
la fin des négociations, les résultats ne se sont pas avérés satisfaisants.
Quant à l’hypothèse
d’accords plurilatéraux sur de nouvelles matières telles que
l’investissement et la concurrence, entre autres, Ricupero a souligné la nécessité
d’une évaluation minutieuse d’une part sur la base du lancement de
l’Uruguay Round comme une « entreprise unique » ainsi que sa
conclusion en 1993 comme une « entreprise unique », chaque pays étant
obligé de signer et de mettre en oeuvre toutes les obligations, et d’autre
part, sur l’expérience du Tokyo Round, quand les pays n’ont pas été obligés
de signer tous les accords conclus et qu’il y eut quelques accords et codes
plurilatéraux.
Lors de sa participation à une
réunion récente à Bruxelles, un ancien négociateur américain au GATT,
maintenant dans le secteur privé, a dit que c’était une erreur pour les PMA
de rejoindre l’OMC, car ils ont très peu à y gagner et ne peuvent pas
supporter le poids de leurs obligations. Dans
la même veine, Ricupero s’est demandé si le fait d’avoir des accords
plurilatéraux sur de nouvelles matières donnerait une plus grande flexibilité.
Cette question, a-t-il ajouté, requiert une analyse minutieuse ainsi qu’un
diagnostic actuel du passé avant de pouvoir établir des conclusions.
Mais M. Raghavan, faisant référence
à une des questions posées par un participant sur ‘l’entreprise unique’
et aux points de vues du Professeur Gerry Helleiner à la conférence de Prebish
à la CNUCED concernant cette ‘entreprise unique’, a dit que
‘l’entreprise unique’ et le compromis pour des voies parallèles de négociation
sur les marchandises (lorsque l’entreprise unique est applicable) et les
services (qui étaient séparés) réalisé à la Punta del Este, avait été négocié
entre l’Inde et le Brésil d’un côté et la Commission Européenne et les
Etats-Unis de l’autre. Monsieur
Paulo Nogueira Batista du Brésil, un des négociateurs, ne l’est plus
aujourd’hui. Il a cependant pris
contact avec le négociateur indien, Monsieur S.P. Shukla après l’exposé de
G. Helleiner. M. Shukla lui a expliqué l’historique qui a été repris par le
SUNS no. 4810 (‘South may be ensnared
into a New Round’).
Les pays en développement, a
dit Raghavan, ne devraient pas tomber une nouvelle fois dans le piège qui
ferait que l’investissement ou toute autre matière soit placé au sein des négociations
de l’OMC, même sous le faux-semblant d’un accord plurilatéral pour ensuite
se retrouver face à plus de déséquilibres et de pressions supplémentaires
pour rejoindre cette accord plurilatéral.
En ce qui concerne les
discussions sur un accord plurilatéral en matière d’investissement ou celles
qui concernent une réduction encore plus importante de son champ
d’application par le seul fait d’y mentionner la transparence, Raghavan a
dit que les pays en développement se mettraient dans une position fort
dangereuse s’ils venaient à opter pour cela.
Alors que même des idéologues du libre échange tels que Jagdish
Bhagwati et T.N. Srinivasan concèdent que la protection de la propriété
intellectuelle, sous couvert d’être en rapport avec le commerce, n’a aucune
place dans les systèmes d’échanges commerciaux, ajouter des discussions sur
l’investissement n’aurait aucun sens.
Si l’investissement est inclus
dans l’OMC pour protéger les droits des investisseurs et des propriétaires
de capitaux sous prétexte que l’investissement a une relation avec le
commerce et la croissance, alors, au nom de l’équité, les droits des
travailleurs et des femmes, la parité et d’autres matières sociales doivent
aussi être inclus. Les ONG des
pays en développement qui s’opposent aujourd’hui à ces thèmes (à cause
de la surcharge du système d’échange et des équilibres du pouvoir) seraient
alors contraintes de rejoindre les mouvements pour inclure aussi la législation
du travail et d’autres matières, a-t-il signalé.