Document soutenu par l'URFIG relatif à la globalisation
PORTO ALEGRE II - Forum social mondial 2002
Appel des mouvements sociaux :
"Résistance au néolibéralisme, à la guerre et au militarisme :
pour la paix et la justice sociale"
(31
janvier – 5 février 2002)
1) Face à la détérioration croissante
des conditions de vie des peuples, nous, mouvements sociaux du monde, nous
sommes réunis à plusieurs dizaines de milliers au second Forum social de Porto
Alegre. Nous sommes ici ensemble malgré les tentatives pour briser notre
solidarité. Nous sommes revenus pour poursuivre nos luttes contre le néolibéralisme
et la guerre, pour confirmer nos engagements de l’an passé et réaffirmer
qu’un autre monde est possible.
2) Notre diversité est grande - femmes
et hommes, jeunes et adultes, peuples indigènes, ruraux et urbains,
travailleurs et chômeurs, sans abris, retraités, étudiants, immigrés,
peuples de toutes croyances, couleurs et préférences sexuelles. Cette diversité
fait notre force. Elle est la base de notre unité. Notre mouvement de solidarité
est global, uni dans une même détermination contre la concentration de la
richesse, l’extension de la pauvreté et des inégalités, contre la
destruction de notre terre. Nous construisons des solutions alternatives, et
nous les mettons en oeuvre de façon créative. Nos luttes et résistances sont
le ciment d’une large alliance contre un système basé sur le sexisme, le
racisme et la violence, un système qui privilégie systématiquement le capital
et le patriarcat sur les besoins et les aspirations des peuples.
3) Ce système est dramatique. Chaque
jour, des femmes, des enfants, des personnes âgées meurent de faim, ou faute
d’accès aux soins médicaux. Des familles entières sont expulsées de leur
foyer par faits de guerres, par des projets industriels pharaoniques, par le
dessaisissement de leurs terres, et par des désastres environnementaux. Des
sociétés entières souffrent du chômage, des attaques contre les services
publics et des solidarités sociales. C’est pourquoi au Nord comme au Sud, on
voit se multiplier des luttes et des résistances pour la dignité et le
respect..
4) Les événements du 11 septembre ont
introduit une rupture dramatique. Après les attaques terroristes que nous
condamnons sans réserve, de même que nous condamnons toute attaque contre des
civils partout dans le monde, le gouvernement des Etats-Unis et ses alliés ont
déclenché une riposte militaire massive. Au nom de "la guerre contre le
terrorisme", des droits civiques et politiques sont remis en question
partout dans le monde. La guerre contre l’Afghanistan, dans laquelle des méthodes
terroristes sont utilisées, est en voie de s’étendre à d’autres fronts.
On assiste de ce fait au début d’une guerre globale permanente qui vise à
renforcer la domination du gouvernement des Etats-Unis et de ses alliés. Cette
guerre révèle une autre face du néolibéralisme, brutale et inacceptable.
L’islam est satanisé tandis que le racisme et la xénophobie sont délibérément
exacerbés. Les médias de masse prennent une part active dans cette campagne en
divisant le monde entre "bien et mal". L’opposition à la guerre est
constitutive de notre mouvement.
5) La déstabilisation du Moyen-Orient
s’en est trouvée accrue, fournissant un prétexte à une répression redoublée
contre le peuple palestinien. Nous considérons qu’il y a urgence à nous
mobiliser en solidarité avec le peuple palestinien et son combat pour l’autodétermination
alors qu’il subit une occupation brutale par l’Etat d’Israël. Cette
question est vitale pour la sécurité collective de tous les peuples de la région.
6) L’actualité inscrit nos combats
dans l’urgence. En Argentine, la crise financière causée par la politique
d’ajustement structurel du Fonds monétaire international, et une dette sans
fin, ont précipité la crise sociale et politique. Spontanément, les classes
moyennes et les travailleurs se sont mobilisés, subissant une répression
meurtrière et provoquant la chute de gouvernements. "Cacerolazos",
"piquetes" et mobilisations populaires, se sont développés autour de
demandes élémentaires, nourriture, emploi et logement. Nous rejetons la
criminalisation des mouvements sociaux en Argentine et condamnons les attaques
contre les droits démocratiques et la liberté. Nous condamnons également
l’avidité et le chantage pratiqués par les multinationales, appuyés par les
gouvernements des pays riches.
7) L’effondrement de la multinationale
Enron illustre la banqueroute de l’économie casino et la corruption
d’hommes d’affaires et de politiciens, qui ont délibérément sacrifié les
salaires et les retraites des salariés. Dans les pays en voie de développement,
cette multinationale menait des activités frauduleuses. Ces projets ont conduit
à l’expulsion de populations entières de leur terre et à de fortes hausses
du prix de l’eau et de l’électricité.
8) Le gouvernement des Etats-Unis, dans
ses efforts pour protéger les intérêts des grandes entreprises, s’est refusé
avec arrogance à respecter les accords de Kyoto sur le réchauffement de la
planète, les traités antimissiles et antibalistiques, les conventions sur la
biodiversité, la conférence de l’ONU contre le racisme et l’intolérance,
les discussions sur les livraisons d’armes légères. Tout ceci prouve, une
fois de plus, que l’unilatéralisme des Etats-Unis sape les tentatives pour
trouver des solutions multilatérales aux problèmes globaux.
9) A Gênes, le G8 a échoué dans la
fonction de gouvernement global qu’il s’était attribué. Confronté à une
mobilisation et à une résistance massives, les gouvernements du G8 ont répondu
par la violence et la répression, traitant comme des criminels ceux qui avaient
osé protester. Cette politique d’intimidation a échoué.
10) Tout ceci se déroule dans un contexte
de récession mondiale. Le modèle économique néolibéral détruit les droits
et les moyens d’existence des peuples. Ne reculant devant rien pour protéger
leurs marges de profits, les multinationales licencient, réduisent les salaires
et ferment les entreprises. Les gouvernements gèrent cette crise économique en
privatisant, en effectuant des coupes claires dans les budgets sociaux, et en
s’attaquant aux droits des travailleurs. Cette récession montre le caractère
mensonger des promesses néolibérales de croissance et de prospérité.
11) Le mouvement global pour la justice
sociale et la solidarité doit relever d’énormes défis : notre combat pour
la paix et la sécurité collective implique de s’attaquer à la pauvreté,
aux discriminations, aux dominations et de s’engager dans la construction
d’une société durable et alternative. Les mouvements sociaux condamnent énergiquement
la violence et le militarisme comme moyens de résolution des conflits. Ils
condamnent la multiplication des conflits de faible intensité, les opérations
militaires telles que le plan Colombie ou le plan Puebla-Panama, le commerce des
armes et l’augmentation des dépenses militaires, le blocus économique contre
les peuples, en particulier contre Cuba, mais aussi contre l’Irak et
d’autres pays. Ils condamnent l’escalade répressive contre les syndicats,
les mouvement sociaux et les militants.
Nous soutenons les luttes des syndicats et des
salariés tant du secteur traditionnel que du secteur informel. Ces luttes sont
essentielles pour défendre les conditions de travail et de vie, le droit de
s’organiser, de se mettre en grève, de négocier des accords collectifs à
différents niveaux, et d’obtenir l’égalité des salaires et des conditions
de travail entre femmes et hommes. Nous rejetons l’esclavage, l’exploitation
des enfants. Nous soutenons les luttes des syndicats et des travailleurs contre
la précarisation, la stratégie de sous-traitance du travail et de
licenciement.
Nous exigeons de
nouveaux droits transnationaux pour les salariés des compagnies multinationales
et de leurs filiales, en particulier dans le domaine de la syndicalisation et de
la négociation collective. Nous soutenons également les mouvements paysans,
les mouvements populaires en lutte pour la préservation de leurs terres, de
leurs forêts, de leur eau, pour des conditions de vie correctes.
12) Les politiques néolibérales génèrent
misère et insécurité.. Elles ont considérablement augmenté l’exploitation
sexuelle et les trafics de femmes et d’enfants. Pauvreté et insécurité créent
des millions de migrants qui se voient déniés leur dignité, leur liberté et
leurs droits fondamentaux. Nous exigeons le respect de la liberté de
circulation, le droit à l’intégrité physique et un statut légal pour tous
les migrants. Nous défendons le droit des peuples indigènes et exigeons
l’inclusion de l’article 169 de l’OIT dans les législations nationales,
et son application.
13) La dette externe des pays du Sud a été
remboursée plusieurs fois. Illégitime, injuste et frauduleuse, la dette
fonctionne comme un instrument de domination, au seul service d’un système
d’usure internationale. Les pays qui exigent le paiement de la dette sont
ceux-là mêmes qui exploitent les ressources naturelles et les savoirs
traditionnels du Sud. Nous demandons son annulation sans condition ainsi que la
réparation pour les dettes historiques, sociales et écologiques.
14) L’eau, la terre, les aliments, les
bois, les semences, les cultures et les identités des peuples sont le
patrimoine de l’humanité pour les générations actuelles et futures. Il est
donc fondamental de préserver la biodiversité. Les peuples ont droit à une
alimentation permanente et à une nourriture saine, libre de tout organisme génétiquement
modifié. Car l’autosuffisance alimentaire locale, régionale et nationale est
un droit élémentaire; en ce sens, les réformes agraires démocratiques et
l’accès des paysans à la terre sont fondamentaux.
15) Le sommet de Doha a confirmé le
caractère illégitime de l’Organisation mondiale du commerce. Son
"agenda de développement" défend uniquement les intérêts des
multinationales. En lançant un nouveau cycle, l’OMC se rapproche de son
objectif d’une marchandisation globale. Pour nous, la nourriture, les services
publics, l’agriculture, la santé et l’éducation ne sont pas à vendre. Les
licences ne doivent pas être utilisées contre les pays pauvres et leur
population. Nous rejetons donc le brevetage et le commerce du vivant. L’OMC
relaie ce programme global par des traités régionaux de libre-échange et des
accords sur les investissements. En protestant et en se mobilisant massivement
contre l’ALCA, les peuples expriment leur rejet de tels accords, assimilés à
une nouvelle colonisation à la destruction de droits et de valeurs
fondamentales, sociales, économiques, culturelles et environnementales.
16) Nous renforcerons notre mouvement en
menant des actions et des mobilisations communes pour la justice sociale, pour
le respect des droits et des libertés, pour la qualité de la vie, l’égalité,
la dignité et la paix.
Nous luttons :
- pour le droit des peuples à connaître et
critiquer les décisions de leur propre gouvernement, particulièrement en ce
qui concerne leur politique au sein des institutions internationales. Les
gouvernements sont comptables devant leur peuple. Alors que nous luttons pour
l’établissement d’une démocratie électorale et participative dans le
monde, nous insistons sur la nécessité de démocratiser les Etats et les sociétés,
de lutter contre les dictatures.
- pour l’abolition de la dette externe et
les réparations.
- pour contrer les activités spéculatives :
nous demandons la création de taxes spécifiques telles que la taxe Tobin et
l’abolition des paradis fiscaux.
- le droit à l’information.
- les droits des femmes, contre la violence,
la pauvreté et l’exploitation.
- pour la paix, nous affirmons le droit de
tous les peuples à la médiation internationale avec la participation
d’acteurs de la société civile indépendants. Contre la guerre et le
militarisme, contre les bases et les interventions militaires étrangères, et
l’escalade systématique de la violence, nous privilégions le dialogue, la négociation
et la résolution non violente des conflits.
- pour le droit des jeunes à l’accès à
une éducation publique gratuite, à l’autonomie sociale et pour l’abolition
du caractère obligatoire du service militaire.
- pour l’autodétermination de tous les
peuples, en particulier des peuples indigènes.
Pour l’avenir, nous organiserons des mobilisations collectives telles que
:
En 2002 :
-
8 mars, journée internationale de la femme.
- 17 avril, journée internationale de la lutte paysanne.
- 1er mai, fête du travail.
- 7 octobre, journée mondiale des sans-abris.
- 12 octobre, l’appel des exclus(es).
- 16 octobre, journée mondiale de l’alimentation.
D’autres mobilisations globales seront organisées :
-
15-16 mars : Barcelone (Espagne), sommet des chefs d’Etat de l’Union européenne.
- 18-22 mars : Monterrey (Mexique), conférence des Nations unies sur le
financement du développement.
- 1er mai :journée internationale d’action contre le militarisme et pour la
paix.
- 17-18 mai : Madrid (Espagne), sommet des chefs d’Etat d’Amérique latine,
des Caraïbes et de l’Europe.
- Mai :réunion annuelle de la banque asiatique de développement à Shangaï
(Chine).
- Fin mai :préparation de Rio + 10, Djakarta (Indonésie).
- 8-13 juin :Rome (Italie), sommet mondial de la FAO sur l’alimentation.
- 21-22 juin :Séville (Espagne), sommet des chefs d’Etat européens.
- Juillet :Toronto et Calgary (Canada), sommet du G8.
- 22 juillet : campagne américaine contre Coca Cola.
- Fin août :Johannesburg (Afrique du Sud), Rio + 10.
- Septembre : sommet Asie-Europe (ASEM), Copenhague (Danemark).
- Octobre : Quito (Equateur), forum continental social, "une nouvelle intégration
est possible".
- Novembre : La Havane (Cuba), deuxième rassemblement des Amériques contre
l’ALCA
- Novembre-décembre :Mexico (Mexique), conférence ministérielle de l’OMC.
- Décembre :Copenhague, sommet des chefs d’Etats européens.
En 2003 :
-
Fin janvier :Porto Alegre (Brésil), troisième Forum social mondial.
- Avril : Buenos Aires (Argentine), sommet des chefs d’Etats de l’ALCA.
- Juin : Thessalonique (Grèce), sommet des chefs d’Etat européens..
- Juin : France, sommet du G8.
- Rencontres annuelles de l’OMC, du FMI et de la Banque mondiale, nous serons
présents !